mardi 10 novembre 2015

L'écriture aujourd'hui


Avant que la catastrophe ne prenne les proportions d'une disparition programmée de l'humanité, seuls les voyants, les véritables poètes décelaient les signes avant coureurs de l'effondrement.  
Aujourd'hui, la situation est telle que le plus distrait des quidams sent venir la fin et, comme un enfant effrayé par l'avancée de la nuit, se met à chantonner une mélopée pour faire reculer les ténèbres. 
Telle est l'écriture que tout le monde pratique aujourd'hui : l'inscription sur un écran, ou sur une feuille, de notre désarroi, chaque ligne témoignant de notre impuissance, de notre renoncement à changer les choses. Chaque mot dénonce, malgré nous, notre lâcheté, notre égoïsme, notre manque absolu d'imagination pour nous tirer du trou que nous avons creusé.

Antoine Samano, L'emprunt Gallinet.

5 commentaires:

nos consolations a dit…

Très intéressant, mais qui est cet Antoine Samano, cher Promeneur ? Je l'ai gougueulisé, et rien...

Le Promeneur a dit…

Antoine Samano ? Je l'ai rencontré il y a vingt ans dans une soirée. Un copain, passablement éméché et lyrique, me l'a présenté comme un "aristocrate brutal de la vérité". J'ai passé une bonne heure à discuter avec Samano. La quarantaine, se disant cuisinier sur des yachts (la soirée se passait dans le Var). Sympathique, ayant fait ses humanités puisque nous avons causé de Stevenson et de Segalen... Il avait bien aimé le Talon de fer de Jack London. Quelques jours plus tard, le hasard (?) a voulu que j'aille boire un verre chez une amie. Celle-ci avait une eu une aventure avec Samano et il lui avait laissé un manuscrit avant qu'ils se séparent. Elle me l'a donné car elle savait que je m'intéressais à la littérature. C'était L'emprunt Gallinet. Un truc remarquable au style baroque et coupant. L'histoire d'un provincial qui débarque à Paris pour être édité et croise des plumitifs véreux, des jumelles affriolantes et généreuses, le tout avec des bagarres, des beuveries et des poursuites dans des souterrains macabres. C'était bien fichu et... inachevé. Une bonne centaine de pages. Malgré mes efforts, je n'ai jamais pu contacter Samano. J'ai donc son manuscrit dont l'encre pâlit de plus en plus (il faudra que je trouve le courage de le copier). Je me suis dit qu'en publiant certains extraits de l'Emprunt sur ce blog, je ferai sortir mon cuistot du bois. Pour le moment, en vain...

Florence a dit…

Cette histoire a des accents modianesques...
Je m'étais dit que Antoine Samano était peut-être votre nom de plume, cher Promeneur... je me suis trompée !

Le Promeneur a dit…

Que nenni : ce gars existe bel et bien. Où se trouve-t-il à présent ? Ecrit-il encore ? A-t-il bouclé son Emprunt ? Il m'arrive de taper ce titre sur internet, au cas où il l'aurait publié : nada.
Mystère et boule de gomme et, effectivement, un souvenir modianesque de cette soirée.

nos consolations a dit…

C'est effectivement, un début de roman...