mardi 12 février 2019

Banalités de base



François Bégaudeau, que nous ne connaissions que de loin, énonce à la Grande Table de France Culture certaines "banalités de base" avec clarté. Dans une époque où émerge à nouveau la question sociale, ce genre d'intervention n'est jamais inutile et gagne à être diffusée auprès de celles et ceux qui s'illusionnent encore sur le fonctionnement de notre démocratie.

Merci aux Âmes d'Atala, site sur lequel nous avons glané cet entretien. 
 

lundi 11 février 2019

Cadeau d'un Passant de fortune




Dans le foyer de ma nuit noire
Une étincelle provocante
Heurte le tablier de cuir
Que je gardais par habitude
Autour de mes reins désoeuvrés.

Sans doute un mot bas de Cassandre !
Utile à quel avenir ?
Fallait-il qu'il se révélât
Entre cinq de mes différences
Au terme d'une parabole
De mensonge et de vérité ?
Se protéger est un acte vil.
Lève la tête, artisan moite
A qui toute clarté fut brève !
Cette source dans le ciel,
Au poison mille fois sucé,
N'était pas lune tarie
Mais l'étoile frottée de sel,
Cadeau d'un Passant de fortune.

René Char, Chant de la Balandrane.


vendredi 8 février 2019

Sevrage à venir


Dans son blog Oil Man, Matthieu Auzanneau livre des éléments aussi intéressants qu’alarmants sur le déclin de la production mondiale de pétrole. Il montre notamment que 50% au moins de des importations de pétrole de l'Europe sont menacées de déclin et que notre organisation sociale et technique, basée principalement sur l’usage de l'or noir, va devoir bientôt faire face à un sevrage sévère

Et Matthieu Auzanneau de s’interroger sur les effets de la raréfaction du pétrole : « Rendre d’urgence nos systèmes techniques (beaucoup) plus sobres est un enjeu vital, non seulement pour le climat, mais aussi pour nous éviter un monde à la Mad Max. La démocratie est-elle capable de faire des choix rationnels qui lui réclament de s’écarter de la pente de plus faible résistance qu’elle a jusqu’ici suivi ? … Y’a du boulot. La démocratie moderne a germé dans un bain d’abondance énergétique. Il me semble raisonnable de craindre que l’hiver de cette ère soit tout proche. Je propose une fois encore que nous examinions le danger sérieusement ».


jeudi 31 janvier 2019

Premier appel de l’Assemblée des assemblées



Émanant de l’Assemblée des assemblées qui, réunissant quelque soixante-quinze délégations, mais aussi de très nombreux observateurs, s’est tenue, les 26 et 27 janvier, à Commercy (Meuse), cet appel sera proposé à l’adoption dans chacune des assemblées locales qui la constituent.
 
Nous, Gilets Jaunes des ronds-points, des parkings, des places, des assemblées, des manifs, nous sommes réunis ces 26 et 27 janvier 2019 en « Assemblée des assemblées », réunissant une centaine de délégations, répondant à l’appel des Gilets Jaunes de Commercy.

Depuis le 17 novembre, du plus petit village du monde rural à la plus grande ville, nous nous sommes soulevés contre cette société profondément violente, injuste et insupportable. Nous ne nous laisserons plus faire ! Nous nous révoltons contre la vie chère, la précarité et la misère. Nous voulons, pour nos proches, nos familles et nos enfants, vivre dans la dignité. 26 milliardaires possèdent autant que la moitié de l’humanité, c’est inacceptable. Partageons la richesse et pas la misère ! Finissons-en avec les inégalités sociales ! Nous exigeons l’augmentation immédiate des salaires, des minimas sociaux, des allocations et des pensions, le droit inconditionnel au logement et à la santé, à l’éducation, des services publics gratuits et pour tous.

C’est pour tous ces droits que nous occupons quotidiennement des ronds-points, que nous organisons des actions, des manifestations et que nous débattons partout. Avec nos gilets jaunes, nous reprenons la parole, nous qui ne l’avons jamais. Et quelle est la réponse du gouvernement ? La répression, le mépris, le dénigrement. Des morts et des milliers de blessés, l’utilisation massive d’armes par tirs tendus qui mutilent, éborgnent, blessent et traumatisent. Plus de 1 000 personnes ont été arbitrairement condamnées et emprisonnées. Et maintenant la nouvelle loi dite « anti-casseurs » vise tout simplement à nous empêcher de manifester. Nous condamnons toutes les violences contre les manifestants qu’elles viennent des forces de l’ordre ou des groupuscules violents. Rien de tout cela ne nous arrêtera ! Manifester est un droit fondamental. Fin de l’impunité pour les forces de l’ordre ! Amnistie pour toutes les victimes de la répression !

Et quelle entourloupe que ce grand débat national qui est en fait une campagne de communication du gouvernement, qui instrumentalise nos volontés de débattre et décider ! La vraie démocratie, nous la pratiquons dans nos assemblées, sur nos ronds-points, elle n’est ni sur les plateaux télé ni dans les pseudos tables rondes organisées par Macron. Après nous avoir insultés et traités de moins que rien, voilà maintenant qu’il nous présente comme une foule haineuse fascisante et xénophobe. Mais nous, nous sommes tout le contraire : ni raciste, ni sexiste, ni homophobe, nous sommes fiers d’être ensemble avec nos différences pour construire une société solidaire. Nous sommes forts de la diversité de nos discussions : en ce moment même des centaines d’assemblées élaborent et proposent leurs propres revendications. Elles touchent à la démocratie réelle, à la justice sociale et fiscale, aux conditions de travail, à la justice écologique et climatique, à la fin des discriminations. Parmi les revendications et propositions stratégiques les plus débattues, nous trouvons : l’éradication de la misère sous toutes ses formes, la transformation des institutions (RIC, constituante, fin des privilèges des élus…), la transition écologique (précarité énergétique, pollutions industrielles…), l’égalité et la prise en compte de toutes et tous quelle que soit sa nationalité (personnes en situation de handicap, égalité hommes-femmes, fin de l’abandon des quartiers populaires, du monde rural et des outres-mers…).

Nous, Gilets Jaunes, invitons chacun avec ses moyens, à sa mesure, à nous rejoindre. Nous appelons à poursuivre les actes (acte 12 contre les violences policières devant les commissariats, actes 13, 14...), à continuer les occupations des ronds-points et le blocage de l’économie, à construire une grève massive et reconductible à partir du 5 février. Nous appelons à former des comités sur les lieux de travail, d’études et partout ailleurs pour que cette grève puisse être construite à la base par les grévistes eux-mêmes. Prenons nos affaires en main ! Ne restez pas seuls, rejoignez-nous ! Organisons-nous de façon démocratique, autonome et indépendante ! Cette assemblée des assemblées est une étape importante qui nous permet de discuter de nos revendications et de nos moyens d’actions. Fédérons-nous pour transformer la société ! Nous proposons à l’ensemble des Gilets Jaunes de faire circuler cet appel. 

Si, en tant que groupe gilets jaunes, il vous convient, envoyez votre signature à Commercy (assembleedesassemblees@gmail.com). N’hésitez pas à discuter et formuler des propositions pour les prochaines « Assemblées des assemblées », que nous préparons d’ores et déjà.

Macron démission !

Vive le pouvoir au peuple, pour le peuple et par le peuple !


L’Assemblée des assemblées
  
Commercy, le 27 janvier 2019.



mardi 15 janvier 2019

On ne parle pas avec n'importe qui


 
Un ami nous écrivait récemment, concernant le débat, plus que borné, auquel nous invite l’inénarrable Macron, à nous procurer et à méditer le dernier ouvrage de Grégoire Chamayou, La société ingouvernable
 
En s'appuyant essentiellement sur les écrits des défenseurs, états-uniens pour la plupart, du capitalisme réellement existant, Chamayou rend compte des « efforts » (comme dirait Zeus) déployés par ces apôtres du système de la libre entreprise pour le défendre contre les assauts qu'il essuyait dans les années 1960-1970. Le travail abattu par Chamayou est impressionnant, et le résultat, remarquable. 
 
Dans un passage du bouquin, " Chamayou, nous dit l’ami, détaille la stratégie adoptée par la firme Nestlé pour annihiler une campagne de boycott de ses produits. Totalement désemparés par cette attaque, les dirigeants envisagèrent dans un premier temps de recourir à un psychanalyste (ils étaient particulièrement déprimés), avant de se rabattre plus sagement sur un ancien officier du renseignement de l'armée américaine spécialiste de Clausewitz et de Sun Tzu : Rafael Pagan. 
 
L'expérience aidant, Pagan élabora une typologie des activistes en quatre catégories : les radicaux ; les réalistes ; les idéalistes ; les opportunistes. L'objectif est d'isoler les premiers avec lesquels il est impossible de discuter, afin de les marginaliser et de les rendre ainsi inoffensifs ; pour cela, il faut entamer des discussions avec les réalistes, les convaincre des bonnes intentions de la firme, et feindre de leur accorder des concessions. Une fois qu'ils ont été neutralisés, les deux dernières catégories s'alignent sur leur position. 
 
Bien évidemment, il faut donner à ces interlocuteurs l'impression de participer à une négociation alors que les dirigeants de l'entreprise n'ont nullement l'intention de modifier leur programme.

Toute cette tactique, résume Chamayou, est fondée sur le dialogue, auquel il attribue six « vertus » en tant que stratégie de pouvoir : fonction de renseignement ; fonction de cantonnement ; fonction de diversion ; fonction de cooptation ; fonction de disqualification ; fonction de légitimation. Pagan et ses acolytes ont ainsi permis à Nestlé de continuer à vendre du lait en poudre pour bébés dans la brousse africaine. Ils ont ensuite fait bénéficier de leur savoir-faire Monsanto, Union Carbide, Shell, etc. 
 
Comme il est parfois écrit au début d'un livre ou d'un film, toute éventuelle similitude avec des faits réels ou des événements récents serait purement fortuite ».



jeudi 10 janvier 2019

L'acte IX, donc...


De passage dans la bonne ville de Lyon, nous nous sommes rendus au quartier de la Guillotière, à la librairie La Gryffe, lieu que nous avons fréquenté, il y a bien longtemps, lors de quelques réunions.

L'accueil chaleureux, ainsi que l'excellence du choix des livres, nous ont mis de bonne humeur.

Entre autre chose, nous avons rapporté de cette plaisante escale trois opuscules de la revue Temps critiques qui éclairent, avec acuité, l'actuelle révolte des Gilets jaunes. 

On pourra les lire sur le site de la revue

vendredi 21 décembre 2018

Comme Nankuo Tsa-ts'i



Au dehors, le dos appuyé à la paroi, il a étendu ses jambes devant lui. Son regard vagabonde en contrebas puis remonte vers les falaises pour errer sur le causse qui, à cette heure, n'est plus qu'un plateau de brume scintillante. 
Le soleil a passé la barrière d'yeuses et le réchauffe doucement. Son esprit se fait plus lent. Ses pensées s’étiolent pour n'être plus que des sensations qui s'éparpillent dans les arbres et les roches. 
Mazet s’évanouit dans un stand by si vaporeux qu'il en oublie sa dissolution. A cet instant - mais peut-on parler d'instant dans ce long déroulé qui l’abolit ? -, il n'est pas plus que la roche où il s'appuie, pas moins que le rapace qui plane au-dessus des bois. 
Il n'est pas moins absent que ce vieux Ferguson rouge et immobile au milieu du champ. 
Il n’est pas plus présent que cette bille de brindilles que roule un scarabée à quelques centimètres de son pied. Peut-être est-il alors semblable à Nankuo Tsa-ts'i qui rendait son corps semblable au bois mort et son esprit pareil à la cendre ? 
Un chevreuil s'est approché et broute sans méfiance à ses côtés. Pourquoi se défierait-il de celui qui n'est pas plus qu'un arbre ? L’animal mâche son herbe, la rivière coule en de lentes plaques vertes et les nuages font comme des toupets au ras de l'horizon. Lorsqu’il perçoit enfin la présence de l’animal celui-ci détale d'un bond et disparaît. 

Antoine Samano, Les enfants de Moloch 

lundi 10 décembre 2018

Un pognon de dingue


Pour celles et ceux qui souhaiteraient juger l'intervention macronienne d'hier soir de façon un tantinet dialectique, nous vous proposons la lecture, in extenso, de l'article de Loan Nguyen dans l'Humanité du 4 décembre dernier.

L’Assemblée entérine 40 milliards d’euros de cadeau fiscal au patronat

Adoptée en lecture définitive hier par les députés, la transformation du CICE en allégement de cotisations sociales apparaît comme un nouveau signe d’une politique aux antipodes des exigences des gilets jaunes.

Complètement à rebours des revendications sociales qui montent dans le pays depuis quelques semaines, l’Assemblée nationale entérinait, hier, la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2019, dont le contenu ne fait que confirmer l’orientation austéritaire et pro-patronale poursuivie par le gouvernement. 

À côté des restrictions posées aux budgets des hôpitaux, la majorité LaREM ne bouge pas d’un cheveu sur sa politique de cadeaux aux grandes entreprises en adoptant en lecture définitive le versement de 20 milliards d’euros de CICE (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi) et de CITS (crédit d’impôt sur la taxe sur les salaires) au titre de l’année 2018, mais également la transformation de ces avantages en allégements pérennes de cotisations patronales d’assurance maladie de 6 points pour les rémunérations allant jusqu’à 2,5 Smic au 1er janvier 2019. Puis dans un second temps, à compter du 1er octobre 2019, un allégement supplémentaire de 4 points imputés sur l’assurance chômage et les retraites complémentaires pour les salaires au niveau du Smic et de manière dégressive jusqu’à 1,6 Smic. Une facture salée pour les caisses de l’État et disproportionnée par rapport aux effets de ce dispositif observés sur l’emploi. 

« La transformation du CICE en réductions de cotisations sociales se traduit en 2019 par un quasi-doublement du coût budgétaire, avec, d’un côté, la créance de CICE au titre des années précédentes et, de l’autre, la dépense fiscale due à la réduction des cotisations sociales équivalentes pour les salaires de 2019 », soulignaient, en octobre, des économistes de l’Institut des politiques publiques (IPP), chiffrant par ailleurs à 0,8 point de PIB l’impact d’une telle mesure sur le déficit public. La transformation de cette aide en allégement de cotisation devrait, par ailleurs, bénéficier aux secteurs intensifs en main-d’œuvre peu qualifiée comme l’hôtellerie et la restauration, les services administratifs ou encore la santé et l’action sociale, d’après l’IPP.

Créé fin 2012 par le gouvernement de François Hollande pour « alléger le coût du travail » et relancer la création d’emplois, le CICE n’a eu de cesse de monter en puissance, passant de 4 % à 6 % de la masse salariale en 2014, sans pourtant jamais faire la preuve de son efficacité macroéconomique. « Les évaluations de l’impact du CICE ont été plutôt mitigées, avec des effets positifs sur les marges des entreprises, mais des effets modestes sur l’emploi, et quasi nuls sur l’investissement », rappelait l’IPP. Vu son mode de calcul, le dispositif a essentiellement profité aux grands groupes. 

Chez Carrefour, premier employeur privé de France, la CGT estime à 744 millions d’euros le montant du CICE versé ces cinq dernières années au poids lourd de la grande distribution. La Poste et la SNCF touchent chacune environ 300 millions d’euros annuels au titre de ce cadeau fiscal. Le groupe Banque Populaire – Caisse d’Épargne en tire, de son côté, environ 100 millions d’euros par an. Mais plutôt que d’utiliser cette manne pour créer des emplois, ces groupes ont en grande partie favorisé la restauration de leurs marges et le gonflement de leurs bénéfices. Un pur « effet d’aubaine », pour la CGT.

Ironie cruelle de l’affaire, à l’heure où les taxes sur les carburants augmentent pour le commun des consommateurs au nom de la transition écologique, c’est justement ces recettes issues de la fiscalité écologique qui seront censées compenser en partie les trous budgétaires laissés par la transformation du CICE en baisse de cotisations. De quoi jeter encore de l’huile sur le feu.


jeudi 6 décembre 2018

Histoire(s)



"Pour autant, la mobilisation des « gilets jaunes » est une forme de mobilisation très courante dans notre histoire. Seulement, nous ne sommes pas dans un mouvement ouvrier, mais un mouvement de consommateurs, c’est-à-dire de personnes qui partagent une expérience de consommation, celle d’un pouvoir d’achat trop bas, celle de la faim. Cette problématique est le propre des mouvements sociaux depuis le Moyen Age, où la question a toujours été de pouvoir se nourrir. Avant, c’était le prix du pain, maintenant, c’est le prix de l’essence".

On pourra lire la suite de ce court entretien publié par le Monde de Mathilde Larrère, historienne spécialiste des mouvements révolutionnaires en France au XIXᵉ siècle et maître de conférences à l’université Paris-Est-Marne-la-Vallée.