mardi 21 février 2017

14 juillet




"À une époque où un peuple se cherche, où il apparaît sur certaines places de temps à autre, il n’est peut-être pas inutile de raconter comment le peuple a surgi brusquement, et pour la première fois, sur la scène du monde."

Remarquable évocation du moment révolutionnaire, ce 14 juillet là nous raconte, sans cynisme ni dithyrambe, la prise de la Bastille. On y parle enfin du peuple, de la foule, de la populace, de la fange, du prochain qui, comme nous, apparaît un bref instant dans le miroir de l'Histoire avant d'être emporté par le grand souffle du néant. 

Vuillard y décortique avec talent ce moment qui fait tout basculer, ce moment où l'on conquiert l'égalité, où l'on prend d'assaut les prisons de l'injustice. Il nous dit comment se met en place cet instant où « on y va », inconscient, quelques minutes avant, de ce que nous allons renverser avant de découvrir, par la seule grâce de l'acte, toutes les possibilités de celui-ci. 



Petit viatique de l'honnête homme (7)





vendredi 17 février 2017

Une phrase infinie



Aucune phrase prononcée par un homme ne peut le sauver. Mais l'écriture, le récit de ses phrases, a elle, le pouvoir de le protéger de la folie et de la mort. 

Aldo Gargani, in La phrase infinie de Thomas Bernhard

 

jeudi 16 février 2017

Notre petit Marcel




C'est le film du mariage célébré en 1904 entre la fille du comte et de la comtesse Greffulhe, Elaine, et le duc Armand de Guiche. A la 37e seconde, un homme en redingote et chapeau melon descend l'escalier. Certains, comme Jean-Yves Tadié, y ont reconnu Marcel Proust. 

lundi 6 février 2017

Les soviets plus l'électricité


Sur le blog d'Oil Man, Gaël Giraud, directeur de recherche au CNRS et jésuite, glose sur le fait que, contrairement à ce qui est écrit dans tous les manuels d’économie, l’énergie (et non le capital) se révèle être LE facteur essentiel de la croissance. Une approche économiciste, certes, mais non dénuée d'intérêt en ce qu'elle nous change du discours habituel sur la croissance, ses heurs et malheurs...

lundi 30 janvier 2017

Un champ



C'est un champ qui ne demande qu'à être traversé. On peut même s'y arrêter et poser ses fesses sur une herbe que ponctuent ça et là quelques bouses de vaches. Il n'est pas en pente, ni particulièrement plat. Il s'est fait sans façon avec l'orchestre du vent. C'est un champ qui mène à un autre champ un peu plus petit où l'on croise parfois des lièvres. J'y ai suivi un chevreuil quelques minutes avant qu'il ne s'enfonce dans la nuit. C'est un champ qui, les jours de beaux temps, vous offre un ciel de derrière les fagots. Je ne sais pas à qui il appartient. J'y ai vu paître des brebis et parfois des vaches. Depuis son centre, on peut y voir une Auvergne crénelée de volcans. La barrière qui l'entoure a été plantée il y a longtemps. Parfois, il m'arrive de passer mes mains sur ses poteaux en me demandant quel âge j'avais quand il ont été plantés. J'examine, palpe et renifle ces bouts de bois torréfiés par le soleil et j'opte souvent pour l'année de mes dix ans. A la fin de l'été, les vents tièdes font bruisser les hêtres et les châtaigniers qui l'entourent comme des dizaine de colliers de perles que l'on agiterait doucement. C'est le chant du champ, sa mélopée de bienvenue et d'adieu qui me permet de le quitter avec la certitude de le retrouver.


Petit viatique de l'honnête homme (5)





Une vie ordinaire