mercredi 11 janvier 2017

14 juillet




Remarquable évocation du moment révolutionnaire, ce 14 juillet là nous raconte, sans cynisme ni dithyrambe, la prise de la Bastille. On y parle enfin du peuple, de la foule, de la populace, de la fange, du prochain qui, comme nous, apparaît un bref instant dans le miroir de l'Histoire avant d'être emporté par le grand souffle du néant. 

Vuillard y décortique avec talent ce moment qui fait tout basculer, ce moment où l'on conquiert l'égalité, où l'on prend d'assaut les prisons de l'injustice. Il nous dit comment se met en place cet instant où « on y va », inconscient, quelques minutes avant, de ce que nous allons renverser avant de découvrir, par la seule grâce de l'acte, toutes les possibilités de celui-ci. 


Une image fugitive de plus




On a peine à croire à quel point est insignifiante et vide, aux yeux du spectateur étranger, à quel point stupide et irréfléchie, chez l'acteur lui-même, l'existence que coulent la plupart des hommes : une agitation qui se traîne et se tourmente, une marche titubante et endormie, à travers les quatre âges de la vie, jusqu'à la mort, avec un cortège de pensées triviales. Ce sont des horloges qui, une fois montées, marchent sans savoir pourquoi. Chaque fois qu'un homme est conçu, l'horloge de la vie se remonte, et elle reprend sa petite ritournelle qu'elle a déjà jouée tant de fois, mesure par mesure, avec des variations insignifiantes. Chaque individu, chaque visage humain, chaque vie humaine, n'est qu'un rêve sans durée de l'esprit infini qui anime la nature, du vouloir vivre indestructible ; c'est une image fugitive de plus, qu'il esquisse en se jouant sur sa toile immense, l'espace et le temps, une image qu'il laisse subsister un instant, et qu'il efface aussitôt, pour faire place à d'autres.

Arthur Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation 


mercredi 4 janvier 2017

John Berger (1926-2017)




Romancier sensible, critique d’art marxiste rendu célèbre dans les années soixante-dix par son essai Voir le voir, John Berger fut aussi le scénariste du cinéaste Alain Tanner. 

Comme l'écrit Mona Chollet, John Berger ne sépara jamais la peinture et l’écriture de l’engagement politique. Il y vit des moyens de résistance très concrets. 

" La plupart des mots, aujourd’hui, sont salis par l’usage mensonger qu’en font les médias, les politiciens. Pas par les gens, je crois : c’est le pouvoir qui salit les mots. Les gens, de plus en plus, en réaction, disent “merde”. Et dans ce contexte, “merde”, c’est un mot très propre. "



jeudi 15 décembre 2016

Grand prix


Quand les gens me demandaient qui avait déjà reçu ce Grand Prix, je disais à chaque fois : que des trous du cul, et quand ils me demandaient de citer ces trous du cul, je leur citais toute une série de trous du cul, qui leur étaient tous inconnus ; ces trous du cul n'étaient connu que de moi !.. 
 
Thomas Bernhard, Mes prix littéraires


mercredi 14 décembre 2016

La grande bêtise




Nombreux sont les malins, peu usent de la bêtise.
L'esprit comme bois ou pierre est sans compréhension,
Pourtant en son milieu gît une clairvoyance :
Une certaine bêtise de l'idiotie diffère.

Chushi Fanqui (1296-1370) 

mardi 6 décembre 2016

Des plans qui ne sont pas là


Mon rêve c'est la persuasion clandestine. Je voudrais que les gens aient vu des plans qui ne sont pas là, qu'ils repensent à leur passé, qu'ils fassent une plongée dans leur passé. Je voudrais provoquer des associations d'idées, faire surgir des hasards, favoriser des rencontres plus ou moins concertées.

François Truffaut 

mardi 22 novembre 2016

Lucien Clergue (4)

Le Momo à Marseille




Alain Paire, qui sait de quoi il retourne, nous parle de la présence d'Antonin Artaud à Marseille dans ce film de huit minutes. On y voit le poète, les lieux qu'il a habité. On nous dit aussi ce qu'il en pensait. Ceci dit, on ne perdra pas son temps en allant sur le site d'Alain Paire car d'autres explorations du surréalisme s'y trouvent.



lundi 21 novembre 2016

L'herbe à Nicot




On se souvient surtout de James Matthew Barrie comme le créateur de Peter Pan. Il est aussi l'auteur de nombreux autres textes dont le très anglais, et fort savoureux, My Lady Nicotine publié aux éditions du Nouvel Attila. Cette ode au tabac, et aux pouvoirs de la fumée nicotinée, est aussi, sans avoir l'air d'y toucher – by the grace of the understatement - , une subtile réflexion sur la vie telle qu'elle va. 
Ainsi, on apprendra, dans la présentation qu'en font les éditions du Nouvel Attila, qu' un club de gentlemen anglais, fumeurs invétérés, se réunit chaque soir autour d’un tabac magique, l’Arcadie, pour discuter, se raconter des histoires, des souvenirs, bâtir des plans sur la comète et des châteaux en Espagne… L’impact du tabac sur leurs histoires d’amour, leur mariage, leurs vacances, leurs relations familiales et professionnelles, est raconté avec un humour terriblement écossais.