jeudi 6 décembre 2018

Histoire(s)



"Pour autant, la mobilisation des « gilets jaunes » est une forme de mobilisation très courante dans notre histoire. Seulement, nous ne sommes pas dans un mouvement ouvrier, mais un mouvement de consommateurs, c’est-à-dire de personnes qui partagent une expérience de consommation, celle d’un pouvoir d’achat trop bas, celle de la faim. Cette problématique est le propre des mouvements sociaux depuis le Moyen Age, où la question a toujours été de pouvoir se nourrir. Avant, c’était le prix du pain, maintenant, c’est le prix de l’essence".

On pourra lire la suite de ce court entretien publié par le Monde de Mathilde Larrère, historienne spécialiste des mouvements révolutionnaires en France au XIXᵉ siècle et maître de conférences à l’université Paris-Est-Marne-la-Vallée. 

Analyses

Laurent Mauduit Le crépuscule du macronisme Médiapart

(...) Ce régime est le plus régressif que l’on ait connu depuis les débuts de la Ve République, et le plus désinhibé : il conduit sa politique de déconstruction du modèle social français de la manière la plus violente. Presque avec ostentation. Cette caractéristique renvoie à un trait qui est sans doute celui d’Emmanuel Macron, mais qui plus largement a contaminé la haute fonction publique du ministère des finances : l’adoration, quasi fétichiste, pour les chiffres – les 3 % de déficit public, les 60 % d’endettement public… – qui ne sont, après tout, que des conventions ; et la détestation de la question sociale, sinon le mépris de classe… De ce trait un tantinet méprisant, on trouve d’innombrables indices. D’abord, les sorties d’Emmanuel Macron – tantôt des gaffes, tantôt du mépris assumé – qui donnent à comprendre ce qu’il pense des plus modestes : de ces ouvrières de chez Gad qui sont « pour beaucoup des illettrées » ; de ces ouvriers de Lunel, dans l’Hérault, qui n’ont pas compris que « la meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler » ; de ces « gens qui ne sont rien », que l’on croise dans les gares, à côté des « gens qui réussissent » ; de ces « fainéants » auxquels il ne veut rien céder, pas plus qu’aux « cyniques » ou aux « extrêmes » ; ou encore de ceux qui préfèrent « aller foutre le bordel » plutôt que « d’aller regarder s’ils ne peuvent pas avoir des postes ». Autant de formules qui, d'un bout à l'autre du pays, à tous les ronds-points occupés par des « gilets jaunes », n'ont évidemment pas été oubliées…(...)

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Frédéric Lordon, Fin de monde ? Le Monde diplomatique

(...) Mais l’on y verra surtout le retour de ce qu’on pourrait appeler « la situation La Boétie », celle que le pouvoir s’efforce de nous faire oublier constamment, et d’ailleurs que nous oublions constamment, tant elle semble un incompréhensible mystère : ils sont très peu et règnent sur nous qui sommes nombreux. Il arrive cependant que le voile se déchire et que fasse retour la cruelle réalité arithmétique du pouvoir. Et c’est bien cet aveu touchant de candeur qu’a consenti samedi soir le sous-ministre de l’intérieur, en reconnaissant qu’il ne pouvait guère engager davantage de troupe à Paris quand toute la carte de France clignote et demande de la garnison. Un manager de la startup nation trouverait sans doute à dire que le dispositif est « stressé ». Le « stress du dispositif », c’est le retour de La Boétie. Nous sommes les plus nombreux. Nous sommes même beaucoup plus nombreux qu’eux. C’est d’autant plus vrai que le plein est loin d’avoir été fait et qu’il y a encore une belle marge de progression. Tout ça se vérifiera bientôt : lycéens, étudiants, ambulanciers, agriculteurs, tant d’autres.


Mais alors quoi ? L’armée ? L’adolescent désaxé qui est à l’Élysée en est très capable : n’utilise-t-il pas contre sa population des grenades qui sont des armes de guerre, et n’a-t-il pas fait placer des snipers avec fusils à lunettes au sommet de quelques bâtiments parisiens, image des plus impressionnantes, étonnamment offerte par Le Monde qui est peut-être en train de se demander lui aussi s’il n’est pas temps de lâcher son encombrant protégé dans un virage ? (...)

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mercredi 5 décembre 2018

Se souvenir de René Char (1907-1988)


Contrairement à l'opinion avancée, le courage du désespoir fait peu d'adeptes. Une poignée d'hommes solitaires, jusqu'en 1942, tenta d'engager de près le combat. Le merveilleux est que cette cohorte disparate composées d'enfants trop choyés et mal aguerris, d'individualistes à tous crins, d'ouvriers par tradition soulevés, de croyants généreux, de garçons ayant l'exil du sol natal en horreur, de paysans au patriotisme fort obscur, d'imaginatifs instables, d'aventuriers précoces voisinant avec les vieux chevaux de retour de la Légion étrangère, les leurrés de la guerre d'Espagne ; ce conglomérat fut sur le point de devenir entre les mains d'hommes intelligents et clairvoyants un extraordinaire verger comme la France n'en avait connu que quatre ou cinq fois au cours de son existence. Mais... 

Notes sur le maquis, 1944



Il faudra toujours


Il faudra toujours, sans lui demander un avis qu’il ne peut pas donner, arracher le nouveau-né à son monde, lui imposer – sous peine de psychose – le renoncement à sa toute-puissance imaginaire, la reconnaissance du désir d’autrui comme aussi légitime que le sien, lui apprendre qu’il ne peut pas faire signifier aux mots ce qu’il voudrait qu’ils signifient, le faire accéder au monde tout court, au monde social et au monde des significations comme monde de tous et de personne.
Cornelius Castoriadis, L’institution imaginaire de la société

mardi 4 décembre 2018

Zu asche, zu staub



De la république de Weimar aux futures sections d'assaut. Ambiance, ambiance... Qu'il est tentant, à se laisser entraîner par cette hypnose de groupe, de glisser sur les sables du temps. La fin d'une époque ? Le début d'une nouvelle ? Le spectateur, finalement, ne fait qu'attendre la suite...

 

jeudi 29 novembre 2018

Se souvenir de Bohumil Hrabal (1914-1997)



Je ne sais pas distinguer les idées qui sont miennes de celles que j'ai lues. Car moi, lorsque je lis, je ne lis pas vraiment, je ramasse du bec une belle phrase et je la suce comme un bonbon, je la sirote comme un petit verre de liqueur jusqu'à ce que l'idée se dissolve en moi comme l'alcool ; elle s'infiltre en moi si lentement qu'elle n'imbibe pas seulement mon cerveau et mon coeur, elle pulse cahin-caha jusqu'aux racines de mes veines, jusqu'aux radicelles de mes capillaires.  

Une trop bruyante solitude


vendredi 23 novembre 2018

Ecrire




Écrire, c’est accepter d’être un homme, de le faire, de se le faire savoir, aux frontières de l’absurde et du précaire de notre condition.

Georges Perros 

 

lundi 19 novembre 2018

A l'arrière des berlines


A celles et ceux qui, un peu vite sans doute, souhaitent ranger la jacquerie en gilet jaune de ces derniers jours dans l'unique tiroir d'un néo-poujadisme bon teint, proposons cet article du Vent se lève.  

On sera d'accord, ou pas, avec l'analyse, assez économiciste il est vrai, de Marion Beauvalet. Au moins, aura t-on un peu touillé dans le bocal d'images toutes faites que nous trimballons dans notre musette. C'est déjà ça...

mercredi 14 novembre 2018

Les méthodes de l’antiterrorisme et de répression du grand banditisme appliquées au militantisme politique



Pour ce qui est des lutte contre le monde tel qu'il ne va pas, cet article de Libération sur les méthodes employées par la justice et la gendarmerie contre les opposants à la décharge nucléaire de Bure. Il semble que les leçons de Tarnac n'aient pas servies à grand chose... 
 
Aussi, on a un bel aperçu, pour ne pas dire une preuve, de l'inquiétude de l'Etat et de ses alliés (vu les moyens employés) face à toute révolte consciente et organisée. C'est édifiant et assez instructif quant à leur état d'esprit.