lundi 25 mars 2024

L'irrationalité mythique

                                                                        

Glané sur le site Un et Commun, cette remarque, dont la pertinence n'a d'égale que celle des autres et nombreuses citations rassemblées régulièrement sur ce blogue par l'excellent Steka.

La souffrance, en tant qu'elle a une cause sociale, met d'autant plus en cause la domination qu'elle en expose l'arbitraire de manière flagrante et en pointe l'irrationalité. Elle est la preuve vécue que ce que l'on fait passer pour une organisation rationnelle de la société, fondée sur les lois immuables de l'économie, relève en réalité d'une irrationalité mythique que rien ne peut justifier en dernière instance. (Théodor Adorno)

A ce sujet, en lisant le Monde du 24 mars, on apprendra, avec un amusement dénué de toute surprise, que le théologien américain Harvey Cox, lisant, sur les conseils d'un ami qui lui avait assuré que c'était le meilleur moyen de comprendre la marche du monde, les pages du Wall Street Journal et celles, économiques, de Time ou de Newsweek a fait le constat suivant : "Je m'attendais à une terra incognita et je me suis au contraire retrouvé au pays du déjà-vu. Ces pages ressemblaient étrangement à la Genèse, à l'Epitre aux Romains, ou à La Cité de Dieu, de saint Augustin."

 

jeudi 21 mars 2024

Lourde & Lente

 

 

à André H., in memoriam

Une campagne de France. Au-delà de la ligne Bordeaux-Lyon. Un parc où les odeurs de lierre et de houx se mêlent harmonieusement à celles d’une terre humide et brune. Très douce, la pénombre est celle des grands arbres domestiqués de ce lieu qui hésite entre le faux naturel anglais et l’orgueilleux agencement d’un jardin à la française. Sur une des terrasses, une jeune femme m’attend. Elle a les cheveux châtains, légèrement ondulés. Elle a mis ses mains dans les poches d’un long manteau de laine noire. Je devine un haut de même couleur, des jean’s et des bottines de cuir marron. Son regard est d’un bleu qui n’a pas renoncé à une certaine mélancolie, ni à l’idée de ralentir le temps ou, du moins, à en extirper toute notion d’utilité. Derrière elle, le château où elle habite est une gentilhommière du XIVe siècle, restaurée par un industriel de la Belle Époque, oublié depuis. La jeune femme me regarde. Un sourire très pâle se devine sous ses pommettes. Elle m’attendait. Il règne autour d’elle un long parfum de sieste. Celle que l’on fait les yeux ouverts, dans le tic-tac paisible d’un été qui ne se dérobera jamais.