dimanche 7 juin 2026

La société qui mange ses enfants

 

Les collègues du Colporteur nous parlent de la souffrance mentale des adolescents, et montrent combien, sur ce sujet et bien d'autres, les journalistes cancanent les pont-aux-ânes de la psychologie libérale en pointant du doigt les écrans ou le confinement, en évitant de désigner une lune autrement plus mauvaise qui instille ses rayons délétères dans l'esprit de nos enfants.

Ainsi, Johan Faerber, enseignant en lettres et essayiste, a une analyse très différente de ces souffrances, et dénonce la responsabilité de réformes ministérielles toxiques : « Alors oui, l’un des problèmes majeurs que nous rencontrons à l’école est le déficit de médecins et d’infirmières scolaires, particulièrement dans les secteurs en difficulté comme le 93. 

Mais, au-delà de cela, il y a une cause majeure de stress et de mal-être qui impacte la santé mentale des jeunes, c’est la détresse liée à Parcoursup qui crée un stress constant chez les élèves, une fragilisation de l’élève par rapport à sa propre expertise, voire même délite la relation de confiance qu’il pouvait avoir avec l’enseignant, dont les notations sont remises en cause par un système qui, pour masquer la pénurie [organisée, ndc] des places dans l’enseignement supérieur, pénalise et repousse des éléves ayant parfois un parcours honorable voire brillant. 

Les conséquences sont de plus en plus visibles chaque année depuis le bac Blanquer, avec des élèves fondant en larmes à la remise des notes. On ne mesure pas la violence du système mis en place, cette ère de management émotionnel toxique, cette culture de l’entrepreneuriat entraînant un stress exponentiel pendant les études. 

Et comme, dans le même temps, il y a de moins en moins d’adultes dans les collèges et les lycées, moins de professeurs, moins d’AESH, la souffrance des adolescents est tue, leur détresse devient une masse opaque dont sont désignés responsables TikTok ou les jeux vidéo alors que le temps passé sur les écrans est juste une manière de tenter de retrouver une certaine liberté, d’échapper à la toxicité du système éducatif actuel. Plutôt que de pondre l’idée d’un coupe-file, il faudrait d’abord se poser la question de la toxicité des réformes accumulées ces dernières années sur la santé mentale des jeunes, mais quel politique veut être mis face à ses responsabilités ? »