En ce brûlant mois de juillet, notre pays subit, avec d’autres, une troisième canicule et une sécheresse sans précédent. D’innombrables rivières sont à sec, des récoltes ont été perdues, les incendies se multiplient et, à l’image de 2022, ou plus de 300 communes avaient dû recourir à des livraisons d’eau par camion, 100 000 personnes ont déjà dû être approvisionnées via des camions-citernes pour leurs besoins élémentaires. Pourtant, alors que notre burlesque ministre de l’Écologie prône l’intérêt des douches courtes, nos députés ont adopté une loi « d’urgence agricole » pour doubler les stocks d’eau destinés à l’agriculture d’ici 2035.
L'eau, un choix politique
Qu’on ne s’y trompe pas, la pénurie vient aussi des choix politiques – permis de pompage, subventions, dérogations – qui favorisent certains acteurs au détriment des autres. Il faut savoir ainsi que notre agriculture, largement organisée autour du modèle techno-industriel, consomme 58 % de l’eau en France. Pour parler clair, si nous ne prenons pas les choses en main, notamment en laissant les lobbies agro-industriels et l’Etat établir les priorités concernant l’irrigation et les pratiques agricoles, dans vingt ans la totalité de notre territoire subira des pénuries d’eau qui seront, à minima, subies par les plus faibles : pauvres, personnes âgées, petits paysans, quartiers déshérités et villages (les petites communes rurales, moins équipées, sont plus vulnérables), etc.
Les méga bassines
Présentées comme une solution, les méga-bassines n’ont qu’une fonction : privatiser l’eau des nappes phréatiques pour l’agriculture industrielle. Soutenue par la droite et l’extrême droite, la loi d’urgence agricole garantit l’eau aux agriculteurs intensifs, au mépris des autres usages et de l’environnement. Bref, si l’eau est censée être un bien commun, son accès dépend surtout d’ententes entre des lobbies et un État qui accorde des priorités d’usage aux industriels et aux grands agriculteurs.
A contrario, des recours juridiques, comme l’annulation de l’autorisation de la méga bassine de Sainte-Soline en 2024, montrent que le droit peut encore limiter ces entourloupes même si l’État réprime les opposants, comme à Sainte-Soline et à Notre-Dame-des-Landes, et tolère les illégalités des lobbies agricoles. Car cette sinistre farce ne saurait être complète sans le personnage du lumpen prolétaire : il y a quelques jours, un responsable de la Coordination rurale, syndicat paysan d’extrême droite, appelait à ignorer les restrictions d’irrigation, promettant aux contrevenants une protection en cas de contrôle.
A contrario, des recours juridiques, comme l’annulation de l’autorisation de la méga bassine de Sainte-Soline en 2024, montrent que le droit peut encore limiter ces entourloupes même si l’État réprime les opposants, comme à Sainte-Soline et à Notre-Dame-des-Landes, et tolère les illégalités des lobbies agricoles. Car cette sinistre farce ne saurait être complète sans le personnage du lumpen prolétaire : il y a quelques jours, un responsable de la Coordination rurale, syndicat paysan d’extrême droite, appelait à ignorer les restrictions d’irrigation, promettant aux contrevenants une protection en cas de contrôle.
Les eaux troubles du profit
Quant à l’eau elle-même, le plus déconnecté de nos concitoyens n’ignore plus que la totalité des sources en France a de quoi lui retourner l’estomac. Il sait aussi que les pesticides comme l’acétamipride et les PFAS arrivent jusqu’à son robinet. Et voilà bien notre époque qui veut que boire de l’eau devient aussi périlleux que sauter à l’élastique au Brésil.
Le Capital, comme l’Etat, n’ont cure de ces eaux troubles : lorsqu’en 2025, des million de bouteilles de Perrier ont été contaminées par des bactéries pathogènes, la bien nommée Agence régionale de santé d’Occitanie a donné son feu vert pour la continuation de l’exploitation et de la vente de ce ragoutant breuvage.
Du côté de Volvic, en mars 2024, des militants écologistes découvraient des déchets plastiques dans la réserve naturelle située non loin d’une ancienne usine d’embouteillage, appartenant à la Société des eaux de Volvic. En 2025, cette même Société dégageait 41,2 millions d’euros de bénéfices.
Quant à l’eau elle-même, le plus déconnecté de nos concitoyens n’ignore plus que la totalité des sources en France a de quoi lui retourner l’estomac. Il sait aussi que les pesticides comme l’acétamipride et les PFAS arrivent jusqu’à son robinet. Et voilà bien notre époque qui veut que boire de l’eau devient aussi périlleux que sauter à l’élastique au Brésil.
Le Capital, comme l’Etat, n’ont cure de ces eaux troubles : lorsqu’en 2025, des million de bouteilles de Perrier ont été contaminées par des bactéries pathogènes, la bien nommée Agence régionale de santé d’Occitanie a donné son feu vert pour la continuation de l’exploitation et de la vente de ce ragoutant breuvage.
Du côté de Volvic, en mars 2024, des militants écologistes découvraient des déchets plastiques dans la réserve naturelle située non loin d’une ancienne usine d’embouteillage, appartenant à la Société des eaux de Volvic. En 2025, cette même Société dégageait 41,2 millions d’euros de bénéfices.
L'IA assoiffée et assoiffeuse
Nouvellement surgie dans ce tableau d’apocalypse, l’intelligence artificielle ne fait qu’aggraver les choses : les data centers ont consommé plus de 560 milliards de litres d’eau à l’échelle mondiale en 2023. Un chiffre qui pourrait plus que doubler d’ici à 2030.
En Arizona, l'un des États les plus chauds et secs des USA, plus d'une centaine de data centers se sont implantés non loin de Phoenix, au détriment des paysans locaux qui n’ont plus d’eau pour leur culture et se voient proposé par ces entreprises le rachat de leurs terres désormais gastes.
Plus modestement, en France, les 630 000 serveurs stockés dans le Campus Data Center PAR8 de La Courneuve ne gaspillent que 288 millions de litres par an. Pour mémoire, rappelons que 70 % à 80 % de l'eau utilisée pour refroidir ce genre de serveurs est tout simplement perdue sous forme d'évaporation dans l'air.
Face à cette course démentielle, de timides formes de contestations s’organisent. Ainsi, aux USA, l’Etat de New-York a imposé un moratoire d'un an interdisant l'approbation de nouveaux data centers afin d'évaluer leur impact sur l'environnement et le réseau. La ville de Monterey Park a interdit la construction de nouveaux data centers et plus de 14 États américains ont envisagé des moratoires ou des projets de loi pour stopper les constructions. En Europe, Amsterdam a plafonné la superficie des data center à 10 hectares et limité drastiquement leur raccordement au réseau électrique. En Irlande, face à une consommation électrique frôlant le quart de la production nationale, le pays a imposé une politique d'"autonomie énergétique" aux entreprises de la Tech avant de délivrer de nouveaux accords de connexion.
Chez l’average man américain une étude, publiée par deux des temples de la technophilie, le MIT et l’université du Michigan, montre que le nombre de réunions locales consacrées aux centres de données a été multiplié par 10 entre 2023 et 2026. Dans les prises de parole en assemblées locales, on note que l’opposition aux data centers émane davantage des citoyens que des élus locaux, qui finissent par se ranger à leurs côtés.
En France, selon le site Le nuage était sous nos pieds, 354 data centers se sont déjà implantés dans le pays, et une centaine sont en cours de déploiement. S’ajoutent à cela les 5000 petits data centers privés recensés par l’ADEME.
Ici aussi, la lutte s’organise peu à peu, comme à Wissous où un collectif local a déposé deux recours juridiques contre l’installation d’un data center d’Amazon (ils ont été rejetés par le tribunal de Versailles), ou comme à Marseille, contre le projet de l’entreprise US Digital Realty de construction d’un data center de colocation. A ce sujet, avec des articles bien référencés, une carte, répertoriant les data centers existants, les projets et les oppositions qui s'organisent en France autour de ces infrastructures est consultable sur ce même site.
L’Histoire n’aura eu de cesse de nous le montrer : il n’y a rien de bon à attendre des classes dominantes et de leurs séides, qu’ils appartiennent à l’Etat ou au Capital. Les catastrophes écologiques, politiques, sociales et sanitaires inhérentes à nos sociétés spectaculaires et marchandes, et la façon dont nos « élites » y répondent, en constituent la plus terrible des preuves.
Nature et politique sont intimement liées. Oublier que l'histoire des efforts de l'homme pour asservir la nature est également l'histoire de l'asservissement de l'homme par l'homme, c'est se condamner aux déclarations de principes, à l'impuissance consternée devant les ravages du présent. Toute résistance conséquente contre les nuisances du système techno-industriel ne peut faire l'impasse sur la remise en question du système lui-même. Dans ce domaine, comme dans bien d'autres, les solutions ou les possibles portes de sortie, quel qu'elles puissent être, ne naîtront jamais que de l'initiative et de l'organisation des habitants de ce pays.
Nouvellement surgie dans ce tableau d’apocalypse, l’intelligence artificielle ne fait qu’aggraver les choses : les data centers ont consommé plus de 560 milliards de litres d’eau à l’échelle mondiale en 2023. Un chiffre qui pourrait plus que doubler d’ici à 2030.
En Arizona, l'un des États les plus chauds et secs des USA, plus d'une centaine de data centers se sont implantés non loin de Phoenix, au détriment des paysans locaux qui n’ont plus d’eau pour leur culture et se voient proposé par ces entreprises le rachat de leurs terres désormais gastes.
Plus modestement, en France, les 630 000 serveurs stockés dans le Campus Data Center PAR8 de La Courneuve ne gaspillent que 288 millions de litres par an. Pour mémoire, rappelons que 70 % à 80 % de l'eau utilisée pour refroidir ce genre de serveurs est tout simplement perdue sous forme d'évaporation dans l'air.
Face à cette course démentielle, de timides formes de contestations s’organisent. Ainsi, aux USA, l’Etat de New-York a imposé un moratoire d'un an interdisant l'approbation de nouveaux data centers afin d'évaluer leur impact sur l'environnement et le réseau. La ville de Monterey Park a interdit la construction de nouveaux data centers et plus de 14 États américains ont envisagé des moratoires ou des projets de loi pour stopper les constructions. En Europe, Amsterdam a plafonné la superficie des data center à 10 hectares et limité drastiquement leur raccordement au réseau électrique. En Irlande, face à une consommation électrique frôlant le quart de la production nationale, le pays a imposé une politique d'"autonomie énergétique" aux entreprises de la Tech avant de délivrer de nouveaux accords de connexion.
Chez l’average man américain une étude, publiée par deux des temples de la technophilie, le MIT et l’université du Michigan, montre que le nombre de réunions locales consacrées aux centres de données a été multiplié par 10 entre 2023 et 2026. Dans les prises de parole en assemblées locales, on note que l’opposition aux data centers émane davantage des citoyens que des élus locaux, qui finissent par se ranger à leurs côtés.
En France, selon le site Le nuage était sous nos pieds, 354 data centers se sont déjà implantés dans le pays, et une centaine sont en cours de déploiement. S’ajoutent à cela les 5000 petits data centers privés recensés par l’ADEME.
Ici aussi, la lutte s’organise peu à peu, comme à Wissous où un collectif local a déposé deux recours juridiques contre l’installation d’un data center d’Amazon (ils ont été rejetés par le tribunal de Versailles), ou comme à Marseille, contre le projet de l’entreprise US Digital Realty de construction d’un data center de colocation. A ce sujet, avec des articles bien référencés, une carte, répertoriant les data centers existants, les projets et les oppositions qui s'organisent en France autour de ces infrastructures est consultable sur ce même site.
L’Histoire n’aura eu de cesse de nous le montrer : il n’y a rien de bon à attendre des classes dominantes et de leurs séides, qu’ils appartiennent à l’Etat ou au Capital. Les catastrophes écologiques, politiques, sociales et sanitaires inhérentes à nos sociétés spectaculaires et marchandes, et la façon dont nos « élites » y répondent, en constituent la plus terrible des preuves.
Nature et politique sont intimement liées. Oublier que l'histoire des efforts de l'homme pour asservir la nature est également l'histoire de l'asservissement de l'homme par l'homme, c'est se condamner aux déclarations de principes, à l'impuissance consternée devant les ravages du présent. Toute résistance conséquente contre les nuisances du système techno-industriel ne peut faire l'impasse sur la remise en question du système lui-même. Dans ce domaine, comme dans bien d'autres, les solutions ou les possibles portes de sortie, quel qu'elles puissent être, ne naîtront jamais que de l'initiative et de l'organisation des habitants de ce pays.
Parmi les références qui nous ont permis d'écrire ce texte, nous nous sommes lourdement appuyé sur l'article de Clément Sénéchal publié sur le site Frustrations.

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