mardi 8 décembre 2015

La vitesse des femmes


Tôt happée par la technique, notre jeunesse s’est édifiée sur des étreintes aux crépuscules rapides. Déjà, ce qui se donnait pour un choix n’était qu’un labyrinthe où l’immédiateté était notre seule boussole. Ignobles années 90… Il me fallut peu de temps pour sentir combien la misère du résultat envahissait nos ombres les plus intimes. Aujourd’hui, le doute n’est plus permis : son influence a pesé sur ces rencontres comme une mauvaise odeur.
Ceci étant posé, qu’avons nous gagné à cette faculté d'obtenir instantanément ce qui, il y a quelques années, prenait une journée, une semaine ? Lettres, billets, pneumatiques, cabines téléphoniques... Qu'est devenue l'attente, et donc le désir, dans un monde qui octroie faussement ce que nous croyons convoiter ? Bref, que foutons-nous de ce temps gagné ?
J'aime croire à la vitesse des femmes. Cette faculté de prendre le temps du désir comme il vient, sans jouissances obligatoires. Il y a cette île formée par la conversation, cette lumineuse attention à l'autre, cet archipel de mots décorant l'envie de le sentir.
Dans les films de Truffaut, reviennent souvent, logés dans un dialogue, ces mots : « - Attends, attends... - Oui, j'attends. » Où le désir patiente, attentif à se faire rattraper par le désir de l'autre.

3 commentaires:

lucm.reze a dit…

Très beau texte sur la retenue et le plaisir de l’attente de l’autre

Florence a dit…

Notamment dans La femme d'à côté, n'est-ce pas ? Film sublime. Et oui, l'attente est merveilleuse.

Le Promeneur a dit…

La femme d'à coté, oui et, aussi, je pense, en manière d'auto-citation, dans Le dernier métro (une réplique, dite par la même Deneuve, dans la pièce de théâtre que monte la troupe).