vendredi 7 décembre 2018
jeudi 6 décembre 2018
Histoire(s)
"Pour autant, la mobilisation des « gilets jaunes » est une forme de
mobilisation très courante dans notre histoire. Seulement, nous ne
sommes pas dans un mouvement ouvrier, mais un mouvement de
consommateurs, c’est-à-dire de personnes qui partagent une expérience de
consommation, celle d’un pouvoir d’achat trop bas, celle de la faim.
Cette problématique est le propre des mouvements sociaux depuis le Moyen
Age, où la question a toujours été de pouvoir se nourrir. Avant,
c’était le prix du pain, maintenant, c’est le prix de l’essence".
On pourra lire la suite de ce court entretien publié par le Monde de Mathilde Larrère, historienne spécialiste des
mouvements révolutionnaires en France au XIXᵉ siècle et maître de
conférences à l’université Paris-Est-Marne-la-Vallée.
Analyses
Laurent
Mauduit Le crépuscule du macronisme
Médiapart
(...) Ce
régime est le plus régressif que l’on ait connu depuis les débuts
de la Ve République, et le plus désinhibé :
il conduit sa politique de déconstruction du modèle social français
de la manière la plus violente. Presque avec ostentation. Cette
caractéristique renvoie à un trait qui est sans doute celui
d’Emmanuel Macron, mais qui plus largement a contaminé la haute
fonction publique du ministère des finances : l’adoration,
quasi fétichiste, pour les chiffres – les 3 % de déficit
public, les 60 % d’endettement public… – qui ne sont,
après tout, que des conventions ; et la détestation de la
question sociale, sinon le mépris de classe… De ce trait un
tantinet méprisant, on trouve d’innombrables indices. D’abord,
les sorties d’Emmanuel Macron – tantôt des gaffes, tantôt du
mépris assumé – qui donnent à comprendre ce qu’il pense des
plus modestes : de ces ouvrières de chez Gad qui sont « pour
beaucoup des illettrées » ; de ces ouvriers de Lunel,
dans l’Hérault, qui n’ont pas compris que « la
meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler » ;
de ces « gens qui ne sont rien », que l’on
croise dans les gares, à côté des « gens qui
réussissent » ; de ces « fainéants »
auxquels il ne veut rien céder, pas plus qu’aux « cyniques »
ou aux « extrêmes » ; ou encore de ceux qui
préfèrent « aller foutre le bordel » plutôt que
« d’aller regarder s’ils ne peuvent pas avoir des
postes ». Autant de formules qui, d'un bout à l'autre du
pays, à tous les ronds-points occupés par des « gilets
jaunes », n'ont évidemment pas été oubliées…(...)
*
(...) Mais
l’on y verra surtout le retour de ce qu’on pourrait appeler « la
situation La Boétie », celle que le pouvoir s’efforce de
nous faire oublier constamment, et d’ailleurs que nous oublions
constamment, tant elle semble un incompréhensible mystère :
ils sont très peu et règnent sur nous qui sommes nombreux. Il
arrive cependant que le voile se déchire et que fasse retour la
cruelle réalité arithmétique du pouvoir. Et c’est bien cet aveu
touchant de candeur qu’a consenti samedi soir le sous-ministre de
l’intérieur, en reconnaissant qu’il ne pouvait guère engager
davantage de troupe à Paris quand toute la carte de France clignote
et demande de la garnison. Un manager de la startup nation trouverait
sans doute à dire que le dispositif est « stressé ». Le
« stress du dispositif », c’est le retour de La Boétie.
Nous sommes les plus nombreux. Nous sommes même beaucoup
plus nombreux qu’eux. C’est d’autant plus vrai que le plein est
loin d’avoir été fait et qu’il y a encore une belle marge de
progression. Tout ça se vérifiera bientôt : lycéens,
étudiants, ambulanciers, agriculteurs, tant d’autres.
Mais
alors quoi ? L’armée ? L’adolescent désaxé qui est à
l’Élysée en est très capable : n’utilise-t-il pas contre
sa population des grenades qui sont des armes de guerre, et n’a-t-il
pas fait placer des snipers avec fusils à lunettes au sommet de
quelques bâtiments parisiens, image des plus impressionnantes,
étonnamment offerte par Le Monde qui est peut-être en train
de se demander lui aussi s’il n’est pas temps de lâcher son
encombrant protégé dans un virage ? (...)
*
mercredi 5 décembre 2018
Se souvenir de René Char (1907-1988)
Contrairement
à l'opinion avancée, le courage du désespoir fait peu d'adeptes.
Une poignée d'hommes solitaires, jusqu'en 1942, tenta d'engager de
près le combat. Le merveilleux est que cette cohorte disparate
composées d'enfants trop choyés et mal aguerris, d'individualistes
à tous crins, d'ouvriers par tradition soulevés, de croyants
généreux, de garçons ayant l'exil du sol natal en horreur, de
paysans au patriotisme fort obscur, d'imaginatifs instables,
d'aventuriers précoces voisinant avec les vieux chevaux de retour de
la Légion étrangère, les leurrés de la guerre d'Espagne ; ce
conglomérat fut sur le point de devenir entre les mains d'hommes
intelligents et clairvoyants un extraordinaire verger comme la France
n'en avait connu que quatre ou cinq fois au cours de son existence.
Mais...
Notes sur le maquis, 1944
mardi 4 décembre 2018
Zu asche, zu staub
De la république de Weimar aux futures sections d'assaut. Ambiance, ambiance... Qu'il est tentant, à se laisser entraîner par cette hypnose de groupe, de glisser sur les sables du temps. La fin d'une époque ? Le début d'une nouvelle ? Le spectateur, finalement, ne fait qu'attendre la suite...
jeudi 29 novembre 2018
Se souvenir de Bohumil Hrabal (1914-1997)
Je ne sais pas distinguer les idées qui sont miennes de celles
que j'ai lues. Car moi, lorsque je lis, je ne lis pas vraiment, je
ramasse du bec une belle phrase et je la suce comme un bonbon, je la
sirote comme un petit verre de liqueur jusqu'à ce que l'idée se dissolve
en moi comme l'alcool ; elle s'infiltre en moi si lentement qu'elle
n'imbibe pas seulement mon cerveau et mon coeur, elle pulse cahin-caha
jusqu'aux racines de mes veines, jusqu'aux radicelles de mes
capillaires.
Une trop bruyante solitude
vendredi 23 novembre 2018
Ecrire
Écrire, c’est accepter d’être un homme, de le faire, de se le
faire savoir, aux frontières de l’absurde et du précaire de notre
condition.
Georges Perros
lundi 19 novembre 2018
A l'arrière des berlines
A celles et ceux qui, un peu vite sans doute, souhaitent ranger la jacquerie en gilet jaune de ces derniers jours dans l'unique tiroir d'un néo-poujadisme bon teint, proposons cet article du Vent se lève.
On sera d'accord, ou pas, avec l'analyse, assez économiciste il est vrai, de Marion Beauvalet. Au moins, aura t-on un peu touillé dans le bocal d'images toutes faites que nous trimballons dans notre musette. C'est déjà ça...
mercredi 14 novembre 2018
Les méthodes de l’antiterrorisme et de répression du grand banditisme appliquées au militantisme politique
Aussi,
on a un bel aperçu, pour ne pas dire une preuve, de l'inquiétude de
l'Etat et de ses alliés (vu les moyens employés) face à toute révolte
consciente et organisée. C'est édifiant et assez instructif
quant à leur état d'esprit.
mardi 13 novembre 2018
Geworfenheit et dialectique
L’homme naît
inachevé, il est jeté dans le monde parce qu’il y entre inachevé,
il s’y retrouve comme assiégé. Il doit donc secréter la culture
comme une carapace défensive et cet inachèvement constitue la base
anthropologique de la pensée dialectique. (Lapassade dit que « la
prématuration biologique de l’enfant crée davantage que la
fixation durable aux premiers objets d’amour, cette prématuration
est source d’un besoin de fusion inassouvi ». ) En effet
« jeté dans le monde », l’enfant y constitue une
totalité inachevée, incomplète, une nostalgie ou si on veut une
intention de la totalité qui tend à se compléter et à se rendre
autonome mais qui n’y arrivera qu’aux prix d’un effort. Cet
effort de totalisation est l’ébauche de la praxis. La dialectique
se définit comme une logique de l’inachèvement.
Joseph Gabel,
Anthropologie et dialectique
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