mardi 30 mars 2021

Un grand soir indien ?


Pendant que ce qu'il demeure de notre paysannerie succombe sous les coups conjugués de l'Etat et de l'agro-industrie, les paysans indiens mènent depuis des mois une lutte pour éviter de disparaître sous l'effet des manoeuvres de ces mêmes ennemis.

Dans un article glané sur le site Et vous n'avez encore rien vu..., on apprendra le détail de ce mouvement qui regroupe des centaines de milliers de paysans avec ou sans terre, de pauvres et d'ouvriers agricoles. 

Un mouvement qui pratique l'auto organisation, notamment au sein des villages ad-hoc encerclant Delhi pour accentuer la lutte contre le gouvernement de Narendra Modi, et qui, au vu de la politique de privatisation tout azimut mené par ce dernier, s'est vu rejoint par des syndicats de travailleurs du secteur public et bon nombre de personnes issues, comme l'on dit, de la « société civile ». 

Avec déjà plusieurs grève générale (celle du 20 novembre dernier a rassemblé plus 250 millions de grévistes), des fraternisations inter-castes, une forme de "convergence des luttes" et la mise en cause des grands groupes et de leurs séides, il semblerait que l'Inde entre dans une période de contestation affirmée de l'ordre régnant.

Il ne sera donc pas inutile de suivre comme on le pourra, car nos médias sont avares d'information issues de ces contrées, le développement de ce mouvement. Et cela d'autant plus que des luttes d'une égale importance ont lieu actuellement chez leurs proches ou lointains voisins que sont le Pakistan et la Birmanie. 

 

lundi 1 mars 2021

La vie dénouée

Très heureusement, les éditions Corti viennent de publier des inédits de Julien Gracq : Noeuds de vie. Plutôt que de livrer des constatations dithyrambiques qui ne siéront qu'à l'auteur de ses lignes sans plus renseigner le lecteur sur la qualité de l'ouvrage, encourageons ce dernier à juger sur pièce le poids de braise de ce livre puis à aller se le procurer.

*

Le minimum d'immobilité qui permet à une époque d'être, d'être autre chose qu'un courant d'air entre deux portes, aura été refusé pour la première fois à la nôtre. 

*

Petits bonheurs marginaux. Les grands naufrages collectifs ne sont jamais sans quelque contrepartie, qu'on oublie - par pudeur peut-être, ou remord d'en avoir profité au milieu du malheur général. Sous l'occupation allemande, le piéton jouissait d'un luxe de privauté inouï avec la grand-route, quelle qu'elle fut : on se promenait sur l'asphalte des routes nationales comme dans une allée de jardin (moi, sac au dos, sur les routes normandes et finalement en mai 1944, revenant de Caen à Saint-Florent à bicyclette sans croiser pratiquement sur la route aucun véhicule).

Le clair de lune ressuscité sur les villes. Angers, par une nuit claire de pleine lune : la masse noire du château, les flèches noires de la cathédrale vue de la Doutre, les nuages au-dessus courant sur la lune enflammée, comme dans la Mort du loup, la Maine tapie, enténébrée, mais argentée et saliveuse à tous les remous.

La vie, la circulation générale, raréfiées, engourdies, descendaient jusqu'à un étiage jamais atteint - au-dessus de cet étiage, des pans de nature brute, ensevelis, recouverts jusque-là par le mouvement et le vacarme, émergeaient plus nus que ces platures qui ne se découvrent qu'aux marées du siècle ; des silences opaques, stupéfiés, des nuits d'encre, des ruisseaux redevenus jaseurs, des routes désaffectées qui semblaient se recoucher dans un bâillement, et rêver de n'aller plus nulle part.

 

mercredi 24 février 2021

Orwell, again


 

1984, La ferme des animaux... La chute, (c'est le mot), des oeuvres de George Orwell dans le domaine public a généré nombre de travaux, de commentaires et surtout de traductions. Il apparaît que Gallimard conserve la palme des plus mauvaises. Après celle, catastrophique, de 1984 faite par Josée Kamoun (qui semble avoir été retirée des étals par l'éditeur), les nouvelles traductions de ce dernier titre et de la Ferme des animaux, exécutées par Philippe Jaworski, et publiées par l'immarcescible Gallimard, n'échappent pas à la critique

A contrario, et pour ce que l'on en sait, celles réalisées par Célia Izoard, chez Agone, pour 1984 et celle de Philippe Mortimer, chez Libertalia, pour la Ferme des animaux, semblent être d'une honnêteté scrupuleuse.

A contempler ce champ de manoeuvres, il apparaît que l'oeuvre d'Orwell, tout comme sa personne, sont en butte à de nombreuses tentatives de dégradation et de maspérisation. Trop lucide, trop honnête, trop visionnaire, trop à gauche finalement pour le parti de celles et ceux qui n'ont pas intérêt à ce que l'ordre des choses change, Orwell conserve son utile fonction de scrupule dans la chaussure de ces derniers. 

 

jeudi 18 février 2021

Comment on tue les paysans


Le Collectif de paysan.ne.s contre les normes, créé en réaction au meurtre d’État de Jérome Laronze le 20 Mai 2017 à Sailly (71) à cause de ses positionnements contre les normes et l’administration, a publié un texte intéressant à l'occasion de rencontres organisées les 9 et 10 janvier derniers dans le Puy de Dôme.

Ce texte montre la façon dont l'Etat et la Phinance s'attaquent aux exploitations paysannes familiales au nom de la sacro sainte "traçabilité" et du "bien être animal : "L’élevage familial en France subit en effet depuis quelques années une nouvelle salve d’attaques de la part de l’administration, visant cette fois à le faire disparaître. Le but est le même que lors des précédentes phases d’industrialisation du secteur, le vocabulaire, lui, a été actualisé à la sauce environnementaliste  et  larmoyante : trop polluant, trop « émetteur de gaz à effets de serre », trop maltraitant… mais surtout encore trop autonome". A travers les cas de deux petits éleveurs, le Collectif dénonce cette guerre qui ne dit pas son nom. 

Une guerre qui n'est qu'un des aspects de la façon dont "le monde capitaliste actuel et les sociétés humaines qui en découlent, promeuvent, développent, privilégient certaines technologies, qui s’agrègent entre elles : manipulations génétiques, nanotechnologies, « augmentation » de l’humain (génétique, robotique, informatique), surveillance et numérisation de la société et des vies pour une société de plus en plus automatisée, centralisée et autoritaire, qui est présentée comme « innovante » et « meilleure »" face à l'incertitude du crottin et du vivant. 


jeudi 11 février 2021

Se faire vacciner contre la bêtise ?

 



Alors que pouvoirs publics et médias nous incitent à nous faire piquer, que les débats entre pro et anti vaccins font rage avec les finesses argumentatives que l'on connaît, il serait bon de savoir de quoi l'on parle quand on cause "vaccin", "virus" et autres "ARN messager". 

Pour ce faire, nous vous invitons à visionner cette intervention, fort claire et très pédagogique, donnée par Christian Velot. Généticien moléculaire à l'université de Paris-Saclay, ce dernier offre, dans un langage et des conceptions accessibles à tous, les moyens de comprendre ce qu'est un virus, un vaccin, ainsi que les potentialités et les dangers des différentes stratégies vaccinales mises en place récemment.


vendredi 15 janvier 2021

Surveiller (& punir)


Alors que la totalité des média radiodiffusés, imprimés, télévisés et numérisés poussait des hauts cris lors de l'invasion du Capitole par une centaine d'individus trumpisés, bien plus discrète fut la recension par ces derniers de la décision du Conseil d'Etat de ne pas retoquer les décrets proprement scélérats publiés par le gouvernement le 4 décembre dernier.

Avec ces décrets, policiers et pandores peuvent désormais ficher n'importe quel quidam au sein du PASP (prévention des atteintes à la sécurité publique), du GIPASP (gestion de l’information et prévention des atteintes à la sécurité publique) et du EASP (enquêtes administratives liées à la sécurité publique) en fonction de ses opinions politiques , convictions philosophiques et religieuses, appartenance syndicale, et d'y enregistrer des informations relatives aux troubles psychologiques aux habitudes de vie et aux activités sur les réseaux sociaux de ce dernier.

Nul besoin de posséder une conscience politique ou historique très aiguë pour sentir combien le filet se resserre, d'une façon de plus en plus totalitaire, sur ledit quidam. 

La situation économique, sociale et sanitaire étant ce qu'elle est, il n'est pas non plus interdit de deviner, dans ce qui ressemble à une pré mesure contre insurrectionnelle, la crainte des puissants de voir surgir des mouvements sociaux autrement plus désespérés et décidés qu'un défilé du 1er mai. 

 

mercredi 30 décembre 2020

Bernard Charbonneau trahit par le Monde




Celles et ceux qui auront lu Le jardin de Babylone, ou d'autres oeuvres de Bernard Charbonneau, seront, au mieux, étonnés par l'article qu'un certain Chatel a publié dernièrement dans le Monde

Entre autres énormités, ce dernier qualifie  l'auteur de Feu vert de "théologien protestant" lui qui, comme l'explique l'article des collègues de Pièce & Main d'Oeuvre, reçut une vague instruction catholique avant de devenir un chaud contempteur du christianisme. 

La parution dans ces colonnes de semblables distorsions de la vérité ou, au mieux de manoeuvre de récupération d'un homme et de son oeuvre, n'étonnera que ceux qui croient encore à l'objectivité du journalisme en général et du Monde en particulier.

Et P&MO de rappeler, fort sainement, ces mots de Bernard Charbonneau qui remettent bien les actuels récupérateurs et falsificateurs de la pensée réellement écologique à leur place : celle du marigot plus ou moins nauséabond du pouvoir.

"Un beau jour, le pouvoir sera bien contraint de pratiquer l’écologie. Une prospective sans illusion peut mener à penser que, sauf catastrophe, le virage écologique ne sera pas le fait d’une opposition très minoritaire, dépourvue de moyens, mais de la bourgeoisie dirigeante, le jour où elle ne pourra faire autrement. Ce seront les divers responsables de la ruine de la terre qui organiseront le sauvetage du peu qui en restera, et qui après l’abondance géreront la pénurie et la survie. Car ceux-là n’ont aucun préjugé, ils ne croient pas plus au développement qu’à l’écologie ; ils ne croient qu’au pouvoir, qui est celui de faire ce qui ne peut être fait autrement *".   

 

* Bernard Charbonneau, Le Feu vert

jeudi 24 décembre 2020

Sexe & Mégamachine

Avec les fêtes, ou ce qu'il en reste, s'offre l'occasion de récupérer ses forces de travail mais aussi de faire un peu de lecture, à défaut de s'affaisser sur le canapé, l'esprit en berne, devant une série barattée par un consortium voué au retour sur investissement.


La fin de la mégamachine de l'allemand Fabian Scheidler se révèle être l'une des plus brillantes synthèses actuelles de l'histoire de notre civilisation que nous connaissons, comme le résume bien la quatrième de couverture du bouquin en expliquant que ce livre "offre enfin la clé de compréhension des désastres climatiques, écologiques, pandémiques et économiques contemporains. Accuser Sapiens, un humain indifférencié et fautif depuis toujours, est une imposture. Notre histoire est sociale : c’est celle des structures de domination nées il y a cinq mille ans, et renforcées depuis cinq siècles de capitalisme, qui ont constitué un engrenage destructeur de la Terre et de l’avenir de l’humanité, une mégamachine. 

Mais ces forces peuvent aussi être déjouées et la mégamachine ébranlée. Alors que les alternatives ne manquent pas, quel déclic nous faut-il pour changer de cap et abandonner une voie manifestement suicidaire ? La réponse est dans ce récit. Car seul celui qui connaît sa propre histoire peut être capable de l’infléchir". 

Pour résumer : le très haut de gamme des "banalités de base". Indispensables à tout honnête homme.


Non moins indispensable, et sainement provocateur, le livre de Kristen Ghodsee, Pourquoi les femmes ont une meilleure vie sexuelle sous le socialisme. Plaidoyer pour l’indépendance économique. Cet opus montre comment, dans les pays de l'Est, et particulièrement dans l'ex RDA, la vie sexuelle des femmes étaient bien plus épanouie qu'à l'Ouest ne serait-ce que parce qu'elles disposaient, entre autre chose, de leur indépendance économique. 

Une lecture qui, nous n'en doutons pas, saura provoquer nombre de débats savoureux à la table de nos agapes...

 




vendredi 27 novembre 2020

Interdiction de diffuser des images de policiers, drones, reconnaissance faciale : ce que veut le gouvernement

Publié ici-même in extenso, l'article des collègues de Reporterre sur la proposition de loi relative à la "sécurité globale", nous montre les tentatives répétées pour rogner les rares libertés qu'il nous reste. 
 
A lire cette analyse, on comprend à quel point le pouvoir, toujours craintif de révoltes possibles et à venir, restreint dès qu'il le peut les terrains d'expression de celles-ci. Du préventif, en somme, que l'on tente de faire passer, en loucedé, occupés que nous sommes par cette survie imposée en temps d'épidémie. Rien de nouveau sous le soleil, sinon cette constante et sombre aggravation...
 



Le Parlement commence l’examen d’une proposition de loi qui vise à renforcer fortement les pouvoirs des forces de l’ordre et à entraver la liberté d’informer.

Rappelez-vous l’affaire Benalla, ou l’affaire Cédric Chouviat… Dans ces deux cas, filmer les forces de l’ordre avait permis de révéler la vérité. Cela sera-t-il encore possible ? Pas certain. La proposition de loi relative à la « sécurité globale », examinée ce mercredi 4 novembre en commission des lois à l’Assemblée nationale, pourrait fortement restreindre la possibilité de diffuser des images des forces de l’ordre — et donc les violences policières.

Présenté par deux députés En Marche, l’avocate Alice Thourot et Jean-Michel Fauvergue, ancien chef du Raid et commissaire de police à la retraite, le texte vise à « relever les nouveaux défis pour la sécurité des Français ». Il comporte une grande diversité des mesures : renforcement des pouvoirs de la police municipale et des agents de sécurité privée, utilisation des drones et caméras portées directement par les agents dans une grande variété de situations, forte limitation de la diffusion des images d’agents des forces de l’ordre sur les réseaux sociaux, possibilité ouverte aux policiers de conserver sur eux leur arme de service hors des heures de travail y compris dans les lieux publics…

Ce texte « est un fantasme des plus réactionnaires et des plus sécuritaires », dénonçait mardi 3 novembre l’avocat Arié Alimi, membre du bureau national de Ligue des droits de l’Homme, dans une interview au site Regards.

Les députés En Marche tiennent une promesse ministérielle

Attardons-nous sur la forme, d’abord, qui interroge. Ce texte est une proposition de loi, donc présentée par des députés. Elle est pourtant défendue par le ministre de l’Intérieur lui-même, Gérald Darmanin, dans les médias. Le 2 novembre, sur BFM, il se félicitait que le texte lui permette de tenir sa promesse « de ne plus pouvoir diffuser les images des policiers et les gendarmes sur les réseaux sociaux ».

Ce choix a deux avantages pour le gouvernement. Premièrement, contrairement à un projet de loi — présenté par l’exécutif —, la proposition de loi peut se dispenser d’étude d’impact et d’avis du Conseil d’État. Seule exception : le journal Nextinpcat a affirmé que le Conseil d’État publierait dans la semaine un avis sur la disposition concernant les drones, mais seulement eux.

Deuxième avantage pour l’exécutif, passer par une proposition de loi lui permet de gagner du temps. Alors que la fin du quinquennat approche, que la crise sanitaire a retardé les travaux parlementaires, l'exécutif craint de ne pouvoir faire aboutir tous ses projets législatifs. Or, confier un texte à un député permet de l’étudier sur le temps imparti aux parlementaires, plutôt que d’empiéter sur le planning de l’exécutif.

« Quand on attribue de gros pouvoirs, il faut prévoir les abus de pouvoir »

Sur le fond, la proposition de loi assure vouloir assurer un « continuum de sécurité », d’où la formule de « sécurité globale ». La coordination entre forces de l’ordre nationales, policiers municipaux et agents de sécurité privée doit être améliorée, selon l’exposé des motifs. Ainsi, une expérimentation de trois ans pour étendre les pouvoirs des policiers municipaux est prévue (possibilité de faire des relevés d’identité pour trafic de drogue ou conduite sans permis, d’immobiliser un véhicule, etc). La création d’une police municipale à Paris est autorisée.

Les pouvoirs des agents de sécurité privée seraient également étendus. Ils pourraient notamment constater des infractions, dresser des procès-verbaux, prendre l’identité des personnes et contacter des officiers de police ou de gendarmerie. La personne « interpellée » devrait alors attendre que les forces de l’ordre soient contactées, sous peine d’amende et de deux mois de prison.

« Les personnes qui vont exercer ces nouveaux pouvoir auront-elles la formation [adéquate] ? Des mécanismes de responsabilité sont-ils prévus en cas de violation des droits humains ? Voilà les questions que l’on doit se poser » à propos de ces deux premiers titres de la loi, dit à Reporterre Anne-Sophie Simpere, chargée de plaidoyer à Amnesty International France. « Quand on attribue de gros pouvoirs, il faut prévoir les abus de pouvoir. » Notons que son association a été la seule organisation de défense des libertés auditionnée par les députés lors de la préparation de la proposition de loi qui prévoit d’étendre les pouvoirs des policiers et gendarmes. La « sécurité globale » passe par « une utilisation adaptée des outils technologiques à disposition », explique l’exposé des motifs. Ces « outils technologiques » sont en l’espèce les caméras-piétons, c’est-à-dire les petites caméras que les agents peuvent porter sur leur uniforme ; et les drones ou autres moyens de filmer de façon aérienne.

« C’est un passage à la surveillance de masse »

L’article 21 élargit l’usage des images captées par les caméras-piétons des forces de l’ordre : ces images pourront désormais être diffusées « pour l’information du public ». « Que vont-ils faire ? Diffuser largement les images de ces caméras-piétons ? Cela ne permet pas le respect de la vie privée », s’inquiète Anne-Sophie Simpere.

Par ailleurs, ces images pourront aussi désormais être visualisées en temps réel « au poste de commandement ». Or, « la police est autorisée depuis 2012 à utiliser des logiciels de reconnaissance faciale », rappelle La Quadrature du Net dans son analyse de la loi. Il serait alors possible, dans les manifestations, de « renseigner en direct les agents de terrain sur l’identité des nombreux militants et militantes qu’ils croiseront », éventuellement pour les interpeller préventivement et les empêcher de manifester, s’inquiète l’association.

Il serait possible, dans les manifestations, de « renseigner en direct les agents de terrain sur l’identité des nombreux militants qu’ils croiseront ».

Enfin, les agents portant la caméra pourront désormais visualiser les images, ce qui n’était pas le cas avant. Une interdiction d’ailleurs considérée par la Cnil (Commission nationale informatique et libertés) comme une « garantie essentielle ». En effet, explique Anne-Sophie Simpere, « il y a un risque d’usage malveillant, que les policiers ou gendarmes visualisent les images et se mettent d’accord sur une version des faits ».

Ce n’est pas tout. L’article 22 s’intéresse lui aux « caméras aéroportées ». Comprenez les drones ou caméras installées sur des hélicoptères. Une longue liste de circonstances dans lesquelles ils peuvent être utilisés est dressée. Manifestations et rassemblements sur la voie publique, prévention du terrorisme, protection des bâtiments publics, constat des infractions… Bref, « on peut filmer absolument partout », résume Anne-Sophie Simpere. Certes, il est prévu d’informer les personnes qu’elles sont filmées, « sauf lorsque les circonstances l’interdisent ou que cette information entrerait en contradiction avec les objectifs poursuivis », précise l’article.

Là encore, la reconnaissance faciale pourrait être utilisée sur ces images. « C’est un passage à la surveillance de masse et donc une atteinte disproportionné au droit à la vie privée », poursuit Mme Sampere. « Ce que l’on essaye de faire avec cette loi, c’est d’appliquer la reconnaissance faciale de manière généralisée », estime Arié Alimi dans son entretien avec Regards. « On veut surveiller de manière généralisée la population, sans que la population puisse regarder les abus de la police. »

Un an d’emprisonnement en cas de diffusion de l’image du visage d’un policier ou d’un gendarme

Enfin, un chapitre est consacré à un renforcement des pouvoirs et protections des « forces de sécurité intérieure ». L’article 23 limite les remises de peine pour les infractions commises à l’encontre d’un élu, d’un militaire, d’un gendarme, d’un policier ou d’un sapeur-pompier. L’article 24 attente à la liberté d’informer : il prévoit de punir « d’un an d’emprisonnement et de 45.000 euros d’amende le fait de diffuser (…) l’image du visage ou tout autre élément d’identification » d’un policier ou d’un gendarme « lorsqu’il agit dans le cadre d’une opération de police. »

Une précision est apportée : les images doivent être diffusées dans le but de porter atteinte à l’« intégrité physique ou psychique » de l’agent. « Mais concrètement, selon Arié Alimi, à partir du moment où une personne diffuse ces images, le procureur a tout loisir de renvoyer devant un tribunal correctionnel en disant ‘je ne sais pas quelle est l’intention, ce sera au juge de le déterminer’. Les procédures baillons risquent de se multiplier. »

Manifestation du 1er mai 2019, à Paris.

Anne-Sophie Simpere juge cette loi « liberticide » : « On restreint la possibilité de filmer la police et on renforce celle de filmer les citoyens. La proposition de loi est liberticide car elle porte atteinte à la liberté d’informer et à la vie privée. On nous parle de protéger la police, mais ce déséquilibre se voit et va contribuer à la dégradation des rapports police – population. »

Les discussions ne font que commencer, mais il semble que le gouvernement ait prévu d’encore durcir le texte dans un sens encore plus contraire aux libertés publiques et à la désobéissance civile. Il a déposé 32 amendements. L’un prévoit notamment d'alourdir les sanctions en cas d’intrusion sur la piste d’un aéroport. D’une sanction administrative de 750 euros, on passerait à six mois d’emprisonnement et 7.500 euros d’amende. Le double si c’est en réunion. La disposition semble étrangement viser les actions militantes contre le trafic aérien qui se sont multipliées ces derniers mois.


mardi 24 novembre 2020

Vaccin & COVID : ça vous gratouille, ou ça vous chatouille ?


A l'heure où l'annonce de la production de vaccins sensés prémunir du COVID suscite la méfiance d'une partie de la population, l'habituelle claque journalistique vilipende ce réflexe obscurantiste d'un peuple prompt à enfourcher la moindre vessie complotiste. 

Peut-être faudrait-il rappeler à ces consternants plumitifs la conduite passée de l'industrie pharmaceutique et des officines du pouvoir censées contrôler leurs élans philanthropiques...

Pour ce faire, nous reproduisons ici la liste, pourtant peu exhaustive, dressée par Philippe Descamps dans le dernier numéro numérique du Diplo.

. Dépakine. Commercialisé depuis 1967 pour traiter l’épilepsie, le valproate de sodium (Dépakine) agit comme un anticonvulsivant. Alors que des effets tératogènes (provoquant des malformations de l’embryon au cours d’une grossesse) sont connus depuis le début des années 1980, la pharmacovigilance fait défaut. Il faut attendre 2004 pour que l’accumulation des risques justifie une information pour les prescripteurs et les patients, mais celle-ci n’interviendra pleinement qu’en 2010. En février 2020, Sanofi, qui produit la Dépakine, a été mis en examen pour « tromperie aggravée » et « blessures involontaires ». L’État a été condamné à indemniser plusieurs victimes.

. Mediator. Dès 1978, le benfluorex (Mediator), vendu officiellement comme traitement du diabète, s’avère inefficace, toxique et très cher. Détourné pour servir de coupe-faim, il provoque de nombreuses valvulopathies cardiaques, mais reste commercialisé jusqu’en 2009 par Servier, qui se montre très généreux avec les médecins et le monde médical. Le procès, dont le jugement est attendu en 2021, a vu comparaître aux côtés des dirigeants de l’entreprise un ancien membre de la Haute Autorité de santé, plusieurs responsables de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps, devenue ANSM), un ex-directeur général de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et une sénatrice.

. Paxil. En 2001, l’étude 329 conclut à l’efficacité et à l’innocuité de la paroxétine (Paxil, Deroxat, Seroxat, Divarius), un antidépresseur vendu par GlaxoSmithKline (GSK) pour les enfants et les adolescents. En compulsant les données de cet essai thérapeutique, en 2015, le British Medical Journal démontre qu’elles permettent de tirer la conclusion inverse et font notamment état d’un risque de suicide. Aucun des vingt-deux signataires officiels de cette étude n’avait participé à sa rédaction, confiée à un « auteur fantôme » rémunéré par GSK.

. Vioxx. En 2004, cinq ans après l’avoir mis sur le marché et avoir dépensé un montant record en publicité, Merck retire le rofécoxib (Vioxx), un anti-inflammatoire non stéroïdien. L’administration américaine des denrées alimentaires et des médicaments (Food and Drug Administration, FDA) lui impute plusieurs dizaines de milliers de morts par arrêt cardiaque. Des auteurs employés par Merck considéraient qu’il était « bien toléré », alors que les essais contre placebo montraient une forte mortalité.

. Tamiflu. En 2009, la campagne de vaccination contre la grippe A (H1N1) tourne au fiasco, tandis que le risque apparaît surévalué. Plusieurs gouvernements ont fait des réserves de vaccins et d’antiviral oséltamivir (Tamiflu), commercialisé par Roche. Une enquête du British Medical Journal démontre que plusieurs auteurs des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur l’utilisation des antiviraux avaient des contrats occultes avec des sociétés pharmaceutiques qui les fabriquent. Alors que les preuves d’efficacité faisaient défaut depuis le début, l’OMS n’a retiré l’oséltamivir de sa liste des médicaments essentiels qu’en 2017.

. Opioïdes. Depuis 2015, on attribue une partie de la baisse de l’espérance de vie aux États-Unis à un analgésique stupéfiant, l’oxycodone (Oxycontin, Oxynorm), qui provoque une forte dépendance. Avec le fentanyl, il s’avère responsable de centaines de milliers de morts par surdose. Il a été consommé massivement en raison d’une commercialisation agressive des visiteurs médicaux de Purdue Pharma, qui ont poussé les médecins à élargir la prescription au-delà des douleurs cancéreuses et en sous-estimant le risque, comme le fit également la FDA. D’autres sociétés, dont Johnson et Johnson, doivent elles aussi faire face à des demandes de dommages évalués à plusieurs milliards de dollars. L’entreprise a déposé le bilan et devra payer plus de 8 milliards de dollars d’amendes et de dommages après avoir plaidé coupable, notamment pour le versement de pots-de-vin aux médecins.