jeudi 3 septembre 2026

Appel à ne pas congeler ses ovocytes


Ces prochains jours, toutes les Françaises – et les Français – de 29 ans recevront un courrier les informant de leur « santé reproductive » et les invitant à envisager la congélation de leurs gamètes. Il s’agit de la mesure phare du plan de lutte contre l’infertilité qui fait suite à l’appel au « réarmement démographique » lancé par Emmanuel Macron en janvier 2024.

Si cette annonce suffit à elle seule à s’inquiéter du lancement de cette campagne qui tend à militariser l’imaginaire de la naissance, des dynamiques plus profondes semblent également à l’œuvre, laissant deviner un projet de société particulièrement dangereux pour l’autonomie et la santé féminines.

L’Appel à ne pas congeler ses ovocytes a été a rédigé par des « femmes indisponibles et indivisibles, contre l’ingénierie reproductive et son monde ». Il dénonce ce projet de femme augmentée et s’oppose à l’artificialisation et à la marchandisation du vivant pour ne pas céder à l’État et aux experts ces parts de leur autonomie.


mercredi 2 septembre 2026

La transition énergétique ? Un mythe.

 

En 2024, dans son livre Sans transition – Une nouvelle histoire de l’énergie, l’historien des techniques et de l’environnement Jean-Baptiste Fressoz montre qu’il n’y jamais eu de « transition énergétique » par le passé – et qu’une décarbonation de l’économie mondiale relève du miracle.

De fait, le mythe de « la transition énergétique » ne résiste pas à l’analyse historique. Les sources d’énergie ne se remplacent pas, elles s’additionnent. Le bois, le charbon, le pétrole et le gaz sont toujours consommés en quantités record, malgré l’émergence des énergies renouvelables. Aujourd’hui, le bois fournit deux fois plus d’énergie que le nucléaire ou l’hydroélectricité, et l’humanité n’a jamais autant brûlé de charbon.

Accumulations 

L’histoire de l’énergie n’est pas celle d’une succession d’âges – du bois, du charbon et du pétrole -, mais celle d’une accumulation symbiotique. Le charbon, par exemple, n’a pas fait disparaître le bois : il en a accru la consommation. Au XIXe siècle, les mines de charbon anglaises utilisaient des millions de mètres cubes de bois pour étayer les galeries.

De même, le pétrole, souvent présenté comme l’énergie du progrès, dépend de l’acier produit avec du charbon pour son extraction, son transport et son raffinage. Même paradoxe pour le bois : le pétrole a permis de mécaniser la sylviculture, augmentant ainsi la production de bois et, avec la destruction de la paysannerie au profit de l’agro-industrie, a favorisé indirectement le reboisement.

Idem, pour les huiles organiques qui, comme l’huile de baleine ou de palme, n’ont pas disparu avec l’arrivée du pétrole. Leur consommation a simplement changé d’usage en entrant dans la composition de lubrifiants ou de produits pharmaceutique - le XXe siècle a même vu une augmentation de la chasse à la baleine, grâce aux moteurs diesel plus performants. 

Coexistences 

Quant aux « énergies renouvelables »... En Chine, des parcs solaires et éoliens coexistent avec des centrales à charbon. En Norvège, le plus grand parc éolien flottant au monde alimente... des plateformes pétrolières. 

En ce qui concerne le recyclage, la complexité croissante de nos gadgets - un "smartphone" utilise 50 des 87 métaux de la table périodique - le rend impossible et renforce les interdépendances entre les matières premières. 

Autoamputation 

Pour l’auteur, stopper cette course démentielle nécessiterait « une énorme autoamputation énergétique », c’est-à-dire de « se défaire en quatre décennies de la part de l’énergie mondiale – plus des trois quarts – issue des fossiles ». On s’en doute, cette amputation ne se produira pas volontairement, les États et le monde économique rechignant à abandonner les énergies fossiles, sources importantes de leur pouvoir.

Et Fressoz de rappeler qu’historiquement les seules chutes notables des émissions de CO² se sont produites après des catastrophes : Première Guerre mondiale et grippe espagnole (- 17 %), crise de 1929 (- 25%), choc pétrolier de 1979 (- 6%), crise financière de 2008 (- 1%), pandémie de Covid (- 5%). L’histoire montre ainsi qu’une décroissance imposée par des chocs est la seule chose qui s’est montrée efficace pour faire baisser les émissions de gaz à effet de serre.

In summa, on retiendra que « la transition énergétique » est le mythe rassurant que les dominants servent à la population alors que la réalité est faite d’une destructions sans fin des ressources incompatible avec les limites planétaires. 

Pour ce second article sur le livre de Fressoz (cf. celui du 15 mai 2026 sur ce même site), nous nous sommes appuyés sur la critique publiée le 12 octobre 2025 par le site Greenwashing Economy et le texte de Jacques Luzi Raison et déraison de l’écologie.

 

mercredi 29 juillet 2026

Alerte à Babylone

 


En 2005, le documentariste Jean Druon, également auteur d’Un siècle de progrès sans merci, réalisait Alerte à Babylone

A travers les témoignages de penseurs critiques, de chercheurs en rupture de ban, de scientifiques plus ou moins organiques, d’agronomes, de magistrats et de pékins sans qualités, ce documentaire illustre le développement sans frein ni conscience des nuisances contemporaines : OGM, nanotechnologies, nucléaire, agriculture industrielle, chimie… 

On y retrouve, entre autres, les camarades de Pièces & Main d’Oeuvre, l'économiste Jean-Pierre Berlan mais également Jacques Philipponneau de l’Encyclopédie des Nuisances.

 

lundi 27 juillet 2026

Au creux des buissons

Chez Didier Hamey, les humains semblent avoir débarrassé le plancher, laissant au monde la possibilité de tourner en paix. Des êtres de sous-bois, des ours d’écorce, âmes feuillues au cœur de mousse, sont apparus, venus de derrière l’air, comme des présences dont les regards vous traversent sans brusquerie, immobiles qu’ils sont dans le balancement des buissons.

 

Les êtres d’Hamey sont nés d’une pointe sèche que n’aurait pas reniée un Dürer furetant dans les chênaies surréalistes. Face aux hybridations merveilleuses de ses personnages, certains évoquent Jérôme Bosch, d’autres citent Joan Miro. Qu’importe les étiquettes, le mieux est d’entrer dans ces fourrés et d’écouter les herbes chanter car, comme l’écrivait Manuel Jover : « L'empathie que ses œuvres suscitent ne doit guère étonner : c'est qu'il nous fait entrer dans la clarté d'un monde. »