jeudi 21 mai 2026

Etat d'exception

 


Le 19 mai dernier, nos députés approuvaient la création d’un « état d’alerte de sécurité nationale » qui pourrait être déclenché par décret en Conseil des ministres en cas de « menace grave ».

Niché au cœur du projet de loi visant à actualiser la loi de programmation militaire 2024-2030, cet article renforce la dérive caporaliste de notre pays et de sa dynamique jumelle : la militarisation.

Comme nous l’exprimions dans un précédent texte, cet article participe des nombreuses manœuvres de sauvetage mises en place par le Capital et l’Etat pour tenter de prolonger un capitalisme financier en crise, comme le constate, avec quelques autres, le journaliste Romaric Godin : « L’accumulation du capital, moteur du capitalisme, est structurellement en panne », explique-t-il. Pour lui, l’incapacité du néolibéralisme à le faire repartir sonne la fin de ce mode de gestion du système et la naissance d’un autre, taillé pour écraser par la force brute tout ce qui fait obstacle à la course au profit : le capitalisme d’État d’urgence.

Dans ce contexte et dans celui, plus hexagonal, qui voit Macron, et les groupes d’intérêts qui le pilotent, user d’une constitution de 1958 déjà conçue comme régime d’exception (49.3, article 16, état d’urgence), le nouveau dispositif d’« état d’alerte de sécurité nationale » vient planter un nouveau clou dans le cercueil des libertés individuelles et publiques de notre beau pays.

Prévu pour répondre aux « menaces hybrides », ce dispositif pourra être déclenché par décret en Conseil des ministres sur la base d’un critère tout aussi délicieusement flou pour un pouvoir que celui d'une « menace grave et actuelle ». Ce faisant, notre exécutif pourra alors déroger temporairement au droit commun pour accélérer les réquisitions, la simplification des marchés publics, le déploiement rapide des forces armées, les aménagements logistiques ou industriels.

Ajoutons que ce texte prévoit des dérogations importantes en matière d’urbanisme, d’environnement, de transports, de communications ou de droit du travail. Des infrastructures militaires pourraient ainsi être construites sans certaines procédures habituelles ni consultations publiques.

Comme l’expliquent les collègues de Contre Attaque : « En lisant entre les lignes, on voit très bien qu’au nom de la guerre et de «l’unité nationale», c’est un régime autoritaire qui s’installe, et que n’importe quelle contestation pourra être interdite au prétexte de maintenir les «activités essentielles à la vie de la Nation ». Ce nouvel état d’exception pourra permettre de déroger au droit commun, (…) d’accélérer des projets industriels en suspendant les normes environnementales et les règles d’urbanisme pour aller plus vite. La ministre des Armées parle de construire des hangars pour stocker des Rafale sans passer par les critères du droit commun sur la protection des espèces. Un productivisme de guerre à marche forcée. L’état d’alerte de sécurité nationale permet aussi des fouilles, des restrictions d’accès, et étend les enquêtes administratives… »

vendredi 15 mai 2026

Transition énergétique


Sur le site CQFD, Gaëlle Desnos et Niel Kadereit s'entretiennent avec Jean-Baptiste Fressoz, historien des techniques. Dans son ouvrage Sans transition : une nouvelle histoire de l’énergie, l'historien critique le mythe de la transition énergétique, dénué selon lui, de tout fondement historique.  

"Dans l’histoire, jamais une énergie n’en a remplacé une autre, au contraire elles se sont toujours additionnées. La révolution industrielle comme transition énergétique, c’est du baratin. Après deux siècles de “transitions”, l’humanité n’a jamais brûlé autant de pétrole et de gaz, autant de charbon et même autant de bois !

Quelques chiffres pour en prendre la mesure : les États-Unis brûlent aujourd’hui deux fois plus de bois qu’en 1960 et l’Europe, trois fois plus qu’au début du XXe siècle. L’Angleterre, au XXe siècle, consomme plus de bois pour extraire du charbon qu’elle n’en brûlait au XVIIIe siècle. Sur le charbon : l’écrasante majorité a été sortie de terre après 1900 (95 %) et la moitié depuis l’an 2000 ! 

Des puissances asiatiques moyennes comme l’Indonésie en extraient actuellement deux fois plus que les vieux centres occidentaux des années 1900. Et si l’on prend en compte le charbon incorporé dans les importations, la Grande-Bretagne en consomme presque autant qu’à la veille des années 1980. De même, par ses importations, la France en consomme probablement une quantité proche de son maximum d’extraction des années 1960.

mardi 5 mai 2026

Ormuz

 

 

Présumez toujours l’incompétence avant de rechercher un complot, suggérait Machiavel : voilà le genre de sentence qui vient à la bouche de nombre d’interlocuteurs lorsqu’on évoque la préoccupante affaire d’Ormuz et ses embardées trumpesques.

On pourra introduire un peu de dialectique au sein de ces considérations, en lisant l'article de Guy Laron glané sur le site du Vent se Lève. Celui-ci explique que la guerre menée par les États-Unis contre l’Iran, malgré les foutraques improvisations de Trump, s’inscrit dans une stratégie globale visant à contenir la puissance de la Chine.

Pour Laron, le véritable enjeu serait aussi économique que géostratégique : la Chine domine les terres rares, indispensables aux technologies civiles et militaires américaines (F35, drone Predator, sous-marins de classe Virginia, missiles Tomahawk, etc.), ce qui lui donne un levier majeur dans la rivalité avec Washington qui aura, notamment, toujours contrôlé ses ressources stratégiques grâce à une supériorité militaire pour l’instant absolue.

Pour compenser cette dépendance, les États-Unis cherchent un point de pression équivalent en s’attaquant à l’énergie. Leur stratégie consisterait à fragiliser l’approvisionnement pétrolier chinois en ciblant des pays comme l’Iran et le Venezuela, dont la Chine dépend fortement pour son pétrole.

En bref, il n'est pas interdit de penser que ce mélange délétère d'improvisations et d'intérêt géostratégique bien compris constitue une des explications du chaos actuel. Un chaos dont bon nombre de Cassandre (plus ou moins stipendiés) nous assurent qu'en seront issus moult maux dans les mois à venir.