On pourra lire sur le site Le Vent se lève, la recension de l’enquête menée par le média israélien +972mag qui a révélé l’utilisation systématique par l’armée israélienne de deux outils d’intelligence artificielle, Lavender et Where’s Daddy ?, lors de la campagne de bombardement sur Gaza.
Une enquête solidement étayée
L’enquête menée par le journaliste Yuval Abraham, s’appuie sur six sources militaires israéliennes, un livre publié en 2021 par le responsable de l’unité de renseignement « Unit 8200 », décrivant et justifiant le programme d’IA, une conférence en 2023 à l’université de Tel-Aviv, où des officiers du renseignement ont présenté le fonctionnement du système, ainsi que des données montrant la cohérence entre les conclusions de l’enquête, le nombre élevé de familles tuées en début de guerre, et les révélations de CNN sur l’usage massif de bombes non-guidées à Gaza.
Lavender
Est ainsi décrit l’utilisation de Lavender, un programme IA basé sur le deep learning qui attribue à chaque gazaoui un score de 1 à 100 indiquant sa probabilité d’appartenir à la branche armée du Hamas. Ce score, qui est établi à partir des données de surveillance de masse recueillies par le renseignement israélien et des profils-types de combattants du Hamas, comporte aussi des critères aussi vagues qu’appartenir à un groupe WhatsApp suspect, recevoir un paiement du Hamas, ou être l’homonyme d’un militant de cette organisation.
Where's daddy ?
En second lieu, le programme IA Where’s Daddy ? localise le retour des personnes ciblées par Lavender à leur domicile, et permet le déclenchement d’une frappe en 20 secondes. La majorité des cibles, des militants sans grade, ont été tués avec des bombes non-guidées pour économiser les munitions précises, détruisant des logements entiers et tuant jusqu’à 20 civils par militant, voire plusieurs centaines pour un commandant.
Après 15 000 morts en quatre semaines, et face à la pénurie de cibles, l’armée israélienne a élargi les critères de Lavender, incluant même des fonctionnaires liés au Hamas, portant la kill list à plus de 37 000 personnes. Aujourd’hui, si le système n’est plus utilisé à Gaza - les destructions ont été telles qu’il n’y a plus de maisons à cibler -, +972mag laisse entendre qu’il pourrait être réactivé à Rafah, où plus d’un million de Palestiniens sont réfugiés.
