vendredi 14 novembre 2025

Oups !



Une étude du Massachussetts Institute of Technologie portant sur 54 étudiants a montré que 83 % d’entre ceux qui avaient rédigé une dissertation en se servant de ChatGPT étaient incapables de se souvenir d’une seule phrase de ce qu’ils avaient écrit.

 

lundi 3 novembre 2025

La façon dont une société traite ses fous


Le 17 octobre dernier, l'agence régionale de santé (ARS), par l'intermédiaire de son antenne du Centre-Val de Loire, signifiait aux cliniques de la Borde et de la Chesnaie le non-renouvellement de leur autorisation d’activité de psychiatrie. 

Rappelons que ces deux cliniques furent le fer de lance de la psychiatrie institutionnelleCelle-ci, pour aller vite, considère que l’institution psychiatrique n’est pas un simple lieu de soins et d’enfermement mais est intégré au traitement pour devenir un lieu de vie structuré pour« soigner » les patients. Un lieu où tout est bon pour responsabiliser ces derniers, en leur faisant prendre une part active à la vie de l’établissement.

Dans son habituel technolecte managérial, l'ARS révèle sa conception du soin psychiatrique en affirmant qu'elle "ne remet pas en cause la qualité de leur travail ni la richesse de leur approche, mais traduit un constat partagé : une grande part des personnes aujourd’hui accueillies dans ces établissements relèvent davantage d’un accompagnement médico-social que d’une hospitalisation psychiatrique au sens défini par la réglementation la plus récente. Leurs besoins portent principalement sur la vie quotidienne, le soutien à l’autonomie et l’inclusion sociale, plutôt que sur des soins intensifs à visée thérapeutique hospitalière.

Traduction : une institution qui ne pratique pas suffisamment de contentions et d'injections médicamenteuses n'a plus droit au titre d'établissement psychiatrique. 

En 2009 déjà, Jean Oury, qui fut psychiatre ainsi que fondateur et directeur de la clinique de la Borde, parlait sans fard de la destruction de la psychiatrie par les gestionnaires : "On va supprimer les psychiatres, on va supprimer les infirmiers, on va supprimer les hôpitaux et tout ira bien. On voit le résultat, c'est une simplicité naïve, redoutable. (...) Ça y est, ils sont au pouvoir, ils ont gagné." 

Si l'on souhaite approfondir ses réflexions sur ce sujet, on pourra lire l'excellent article du psychiatre Matthieu Bellahsen.


jeudi 30 octobre 2025

Pier Paolo Pasolini, novembre 1975

 


Dans la nuit du 1er au 2 novembre 1975, Pier Paolo Pasolini était assassiné sur une plage d’Ostie. Dans son livre Massacro di un Poeta, la journaliste d’investigation Simona Zecchi éclaire de façon documentée et dialectique les circonstances de ce massacre : « Je m’inscris en faux contre la thèse conspirationniste qui voudrait qu’un pouvoir occulte ait tout orchestré. Ce dont je suis certaine, c’est qu’il y avait des gens au sein du pouvoir en place qui avaient intérêt à supprimer Pasolini. Dans ses Ecrits corsaires, Pasolini dénonçait les liens entre la Démocratie chrétienne et la mafia. Cela n’aurait aucun sens de dire que c’est Giulio Andreotti qui a ordonné l’assassinat. Les homicides ne se décidaient pas comme ça… on s’arrangeait pour que l’assassinat ait lieu. Les services de renseignements et des membres de la Démocratie chrétienne savaient que, dans les mouvances d’extrême droite, on voulait la peau de Pasolini. Beaucoup de personnes voulaient le mettre hors d’état de nuire. Leurs intérêts ont convergé jusqu’à cette nuit de massacre. »

*

« De sorte que, sous le spectaculaire intégré, on vit et on meurt au point de confluence d'un très grand nombre de mystères. »

Guy Debord, Commentaires sur la société du spectacle

 

vendredi 17 octobre 2025

Gianfranco Sanguinetti (1948-2025)

 


Gianfranco Sanguinetti fut membre de la section italienne de l’Internationale Situationniste. On lui doit le Véridique Rapport sur les dernières chances de sauver le capitalisme en Italie ainsi que Du terrorisme et de l'État. Gianfranco Sanguinetti est mort le 3 octobre dernier à Prague où il vivait depuis quelques années.

 

mercredi 15 octobre 2025

Intelligence artificielle


"La question centrale autour de la thématique de l’intelligence, quand elle est abordée par le rapport aux machines, est donc moins de savoir ce qui arrive aux machines quand on les compare aux humains, que ce qui arrive aux humains quand on les compare aux machines. Dans le test de Turing (comme dans l’expérience de Milgram), l’objet de l’expérience n’est pas celui que l’on croit. On pense tester une IA pour déterminer si elle est ou non intelligente ; mais on oublie de se demander ce que cette expérience fait aux humains. La réponse n’est pas brillante." 

Sur le site En finir avec ce monde, Nicolas Bonnani répond de façon brillante & argumentée à l'universitaire Cochoy, auteur d'un texte rien moins qu'intitulé : "Pour l’antiluddisme. Du bon accueil de l’IA parmi les humains", parangon d'entreprise d'acceptabilité ne servant qu'une chose : le camelotage de l’IA. 

L'article de Nicolas Bonnani est, avec les écrits de Jacques Luzi,  ce que nous avons lu de mieux en matière de critique de "l'intelligence artificielle".

mercredi 10 septembre 2025

Lecornu : comme au coin d'un bois

 


"Sébastien Lecornu illustre parfaitement ce qu’est la macronie finissante : un mélange de brutalité policière, de refus de la démocratie et de fidélité sans faille aux intérêts du capital et des lobbys réactionnaires – qu’il s’agisse du nucléaire, de la chasse, des industriels de l’armement ou des notables locaux. À chaque étape de sa carrière, il a incarné cette logique : taper sur les plus fragiles et les plus pauvres, réprimer les contestations, flatter les lobbys, tout en accumulant les postes et les privilèges. Son arrivée à Matignon, après l’échec de Bayrou, constitue la suite logique d’un système qui recycle ad vitam aeternam les mêmes profils interchangeables. Derrière la façade d’un « nouveau » Premier ministre, c’est toujours la même politique qui se poursuit : celle de Macron, autoritaire, antisociale et profondément réactionnaire."

La totalité de l'article concernant le parcours et la carrière de notre nouveau premier ministre pourra être lue sur le site de Frustration Magazine

Se souvenir de Jaroslav Hašek (1883-1923)


Bohumil Hrabal, qui s’y connaissait en matière de bières et de palabres, ne s’y trompait pas. C’est ainsi qu’il décrivit, à un plumitif qui l’interviouvait, cet écrivain « splendidement monstrueux et tendre et en même temps tellement vivant, tellement présent, dadaïste et réaliste à la fois et qui a disparu à l’âge de quarante ans ». Le plumitif de demander : « Vous parlez de Kafka ? » et Hrabal de répondre : « Hašek ! Hašek ! Jaroslav ! ».

Pauvre, poète, journaliste, tchèque, employé de bureau, anarchiste, commissaire politique, voleur de chiens, gros buveur, candidat à la mairie de Prague au nom du Parti pour un progrès modéré dans les limites de la Loi, Jaroslav Hašek gagne à être lu.

Attaquant dans ces récits & nouvelles l’État et l’Armée comme l’Église, et tout ce qui fait mine d’autorité, Hašek corrode par la dérision les ventres & les visages de toutes ces hiérarchies. Loin, très loin, des romans inoffensifs & masturbateurs que nous propose le Marché, on lira avec profit Le Brave soldat Chvéïk et ses suites, ainsi qu’un recueil de quelques unes de ses savoureuses et nombreuses nouvelles : Le guide du Rien.


vendredi 5 septembre 2025

10 septembre

                               

                                10 septembre

Face aux malheurs qui affligent le monde,  broyer du noir ne sert à rien. Il faut être à l’affût des possibles. 

 

jeudi 4 septembre 2025

Se souvenir de Jean Benoît (1922-2010)

 

En 1959, alors que les surréalistes préparaient une exposition consacrée à Éros, Jean Benoît exécuta le « Grand Cérémonial », c’est-à-dire l’Exécution du testament du Marquis de Sade, face à une centaine de personnes spécialement invitées. 

Devant eux, il se dépouilla une à une des pièces du formidable costume qu’il avait conçu avant de marquer au fer rouge le nom de Sade sur sa poitrine. Pour Annie Le Brun, il devenait ainsi possible de faire « scandaleusement coïncider la dimension sensible de Novalis avec la dimension physique de Sade ».

 

Le chien de Maldoror

Pourquoi (continuer à) parler de Jean Benoît aujourd’hui ? Parce que, comme l’explique très bien cette dernière : « Si l’époque n’avait pas été ce qu’elle est, si une épidémie de créativité n’était en train de devenir endémique, menaçant de réduire à rien la pensée, je n’aurais pas pris la peine d’attirer l’attention sur tout ce qui sépare Jean Benoît du contingent d’artistes qui produisent chaque saison leur petit tas d’œuvres d’art. »

Et de fait, « si exhibitionniste soit-il, il n'est pas de ceux qui font aujourd'hui profession de "donner à voir" mais il compte parmi les très rares qui donnent envie d'être". 


Costume du nécrophile en hommage au sergent Bertrand