A Rouen, l'usine Lubrizol continue à distiller ses poisons. Le site Révolution permanente a interviewé un ancien employé de l'entreprise. Ses propos confirment toutes les craintes que l'on peut avoir sur cette catastrophe. Une fois encore, on y décèlera sans peine la logique d'Etat (et du Capital) qui a produit ce délétère enchaînement des causes.
mardi 8 octobre 2019
Highwomen, of course
A écouter cette reprise du Fleetwood Mac par The Highwomen, on modifiera un tantinet son jugement sur la country, genre prétendument peuplé de bourrins consanguins étoilés à l'alcool de contrebande. The chain, ici bonnement exécuté, donne envie d'écouter plus avant ce quatuor de dames.
jeudi 3 octobre 2019
Il n'y a pas de fumée sans feu
L'homme
se dresse fièrement tout en haut de la pyramide du progrès
universel, et en posant dessus la clé de voûte de sa connaissance,
il a l'air d'apostropher la nature soumise alentour : « nous sommes
au but, nous sommes le but, nous sommes la nature achevée ». Européen superfier du dix-neuvième siècle, tu as la tête qui fume
! Ton savoir n'achève pas la nature, mais il tue la tienne.
Friedrich
Nietzsche, Considérations
inactuelles
mardi 1 octobre 2019
Préfecture
Dans un billet du 31 janvier 2018, nous avions évoqué la façon dont certaines préfectures sont autorisées à déroger aux
normes réglementaires concernant l’environnement, l’agriculture,
les forêts, l’aménagement du territoire et la politique de la
Ville, la construction de logements et l’urbanisme.
Nous citions alors le décret N° 2017-1845 du 29 décembre 2017 relatif
à l’expérimentation territoriale d’un droit de dérogation
reconnu au préfet. Celui-ci visait à « évaluer, par la voie
d’une expérimentation conduite pendant deux ans, l’intérêt de
reconnaître au préfet la faculté de déroger à certaines
dispositions réglementaires pour un motif d’intérêt général et
à apprécier la pertinence de celles-ci. A cet effet, il autorise,
dans certaines matières, le représentant de l’Etat à prendre des
décisions dérogeant à la réglementation, afin de tenir compte des
circonstances locales et dans le but d’alléger les démarches
administratives, de réduire les délais de procédure ou de
favoriser l’accès aux aides publiques ».
En juin 2018, le gouvernement publiait un décret réduisant le périmètre des projets soumis à évaluation environnementale.
Parmi les installations concernées figuraient les installations "Seveso". Malgré leur dangerosité, l'exécutif décida de
soustraire les modifications de ces établissements à une évaluation
environnementale systématique pour les soumettre à une procédure
d'examen au cas par cas.
On apprendra ainsi que la préfecture de Seine Maritime, profitant de ces "assouplissements de la réglementation" autorisait, en début
d’année, une augmentation des capacités de stockage de produits dangereux de
l’usine Lubrizol de Rouen à l’origine de la catastrophe. L’article d’Acti environnement, dont nous avons repris certains éléments, explique ce sinistre enchainement des
causes...
Rouen, colère noire
Nous venons d’entendre le préfet de
Seine-Maritime déclarer que l’état de l’air à Rouen était
«habituel». C’est à se demander d’où il parle pour
ne pas sentir, selon la direction et la force du vent, selon les
quartiers, cet air irrespirable qui nous asphyxie, s’infiltre dans
nos poumons, nos maisons, nos bureaux, nos lieux de travail, irrite
nos gorges, nos yeux, nous provoque des migraines, nous fait parfois
vomir et nous réveille la nuit. Cette affirmation est insoutenable
car elle fait passer pour des hystériques ou des mystificateurs
ceux, nombreux, qui continuent de subir cette odeur suffocante dans
une atmosphère toujours saturée à l’heure où nous écrivons…
Des centaines de milliers de personnes à
Rouen et ses environs, légitimement inquiètes, se sentent méprisées
par la suite de communiqués qui prétendent que tout est sous
contrôle. «Dormez tranquilles braves gens, les relevés n’indiquent
rien d’anormal.» L’empressement avec lequel on cherche à nous
rassurer en oubliant les simples mots de compassion, de sollicitude
après ce traumatisme ! Et aujourd’hui on nous assure que tout
est normal. Comme dans la chanson de Fontaine et Areski. Si c’est
vraiment le cas, changez vos méthodes et vos outils de mesure, car
il y a un vrai problème.
Nos enfants respirent un air malsain,
insalubre depuis des jours. Certains de nos jardins sont noircis
d’hydrocarbures rendant les cultures de nos potagers impropres à
la consommation. Pour combien de temps ? Nous y trouvons des
morceaux d’amiante, des débris non identifiés, de fines
poussières jaune-vert. Nos maisons sont tachées de suie noirâtre.
Nous toussons, nous respirons mal. Les plus fragiles sont
hospitalisés. Quand nous le pouvons, nous fuyons pour chercher l’air
sain auquel tout citoyen devrait avoir droit.
Notre ville, dont l’embellissement
récent nous rendait heureux, et où nous aimons vivre, est souillée,
abîmée, noircie, «clairement polluée». Agnès Buzyn,
ministre de la solidarité et de la santé, venue faire ce constat de
l’évidence, nous dit : «Il faut se laver les mains, et
il faut nettoyer.» Est-ce cela le plan du gouvernement après
une catastrophe industrielle Seveso ? Se laver les mains et
nettoyer ? C’est à nous Rouennais et habitants de
l’agglomération de décontaminer notre ville ? Nos jardins ?
Nos champs ?
Vous n’avez rien d’autre à nous
dire ?
Expliquez-nous pourquoi nous ne savons
toujours pas de quoi est composé l’air que nous avons respiré
depuis jeudi matin ?
Expliquez-nous pourquoi, puisqu’il
existe sur le secteur de Lubrizol un Plan de prévention des risques
technologiques piloté par la Dreal Normandie et que ce type de plan
s’applique aux zones présentant des risques majeurs, comme c’est
évidemment le cas d’une usine classée Seveso, rien n’ait,
semble-t-il, été mis en œuvre en conséquence vis-à-vis des
populations dès le déclenchement de l’incendie ?
Expliquez-nous pourquoi, si tout est si
normal, des policiers travaillent avec des masques à gaz ?
Expliquez-nous comment il est possible
qu’un site Seveso puisse être recouvert d’amiante ?
Dites-nous quelles dispositions le
gouvernement va prendre pour organiser le suivi épidémiologique de
toute la population des villes touchées par ce nuage toxique de
22 kilomètres de long et 6 km de large ? S’il a
l’intention de le faire ?
Expliquez-nous comment une usine classée
Seveso seuil haut peut exister à 500 mètres d’un
centre-ville avec un bassin de population aussi important, en face
d’un futur écoquartier ?
Expliquez-nous pourquoi un arrêté
préfectoral suspend pour 112 communes collecte du lait, d’œufs,
de miel, livraison d’animaux, interdit les récoltes, mais nous,
habitants, aurions respiré un air qui ne serait pas particulièrement
dangereux ?
Que dites-vous aux agriculteurs, aux
éleveurs, aux maraîchers, aux apiculteurs ? Dont pour certains
l’activité économique est déjà en péril ? Que dites-vous
aux malades ? Aux femmes enceintes ?
Que dites-vous aux salariés de l’usine,
vivant souvent près du site, désormais au chômage technique,
également secoués par cette catastrophe ? Aucun mot n’a été
prononcé publiquement à leur égard.
Que dites-vous aux professionnels du
tourisme qui reçoivent des annulations en série ?
Que répondez-vous aux médecins qui
s’alarment de découvrir les taux affolants de plomb et autres
métaux lourds auxquels nous avons pu être exposés ?
Les conséquences immédiates et à
venir de ce désastre sont si nombreuses que nous ne pouvons pas
toutes les énumérer. Mais nous enrageons de recevoir si peu
d’égards, de soutien, et surtout d’informations claires. Sur ce
qui s’est passé et ce qui va se passer à l’avenir.
Par ailleurs, nous avons entendu le
président de Lubrizol, Frédéric Henry, dire que le secteur de
l’usine où l’incendie s’est déclenché était un lieu de
stockage, sans activité industrielle, et donc qu’il ne faisait pas
partie des secteurs du site où l’entreprise avait anticipé
d’éventuels accidents dans ses scénarios et exercices de crise.
Si nous avons bien compris son propos, il nous semble grave.
Nous, Rouennais, ou liés à
cette ville, habitants des villes environnantes, signataires de ce
texte demandons :
- La reconnaissance de l’état de
catastrophe technologique.
- Une refonte totale de la législation
concernant tous les sites Seveso sur le territoire français en
tenant compte de l’avis des premiers concernés : les
habitants. Car soyez bien certains que cette catastrophe se
reproduira. A Rouen, où nous vivons sur un baril de poudre, ou
ailleurs.
- Une réponse gouvernementale à la
hauteur de ce qui a eu lieu : une catastrophe majeure.
- Et enfin, que les dirigeants de
l’usine Lubrizol dont les prises de paroles depuis jeudi sont
affligeantes de lâcheté et de cynisme soient mis le plus vite
possible devant leurs responsabilités qui sont immenses.
vendredi 27 septembre 2019
Do androids dream of electric sheep ?
Dans leur dernière livraison, les camarades de Pièces & Main d'Oeuvre éclaircissent le buisson progressiste derrière lequel se cache la procréation médicalement assistée.
Parmi les différents exemples de l'artificialisation de la vie, et des effets de la technologie sur celle-ci, on notera que, "d’après
sociologues et gynécologues, les écrans éteignent la vie sexuelle.
Selon une étude de l’université de Cambridge, les couples anglais
ont 40% de rapports sexuels de moins en 2010 qu’en 1990. A ce
rythme, c’est fini en 2030. Aux Etats-Unis, les couples ont neuf
fois moins de rapports sexuels dans les années 2010 que vingt ans
avant, et les «Millenials»
(nés après 1990) sont les plus touchés. La plupart reconnaissent
consacrer plus de temps à leur smartphone qu’à leur partenaire.
On le savait depuis les années soixante, la natalité baisse avec
la télé. Avec Internet, le porno est à portée de vue permanente
des adolescents. Selon les spécialistes, cela en détourne
beaucoup de la sexualité avec des humains en chair et en os. L’
écran fait écran." Nulle doute qu'à ce régime là, nos éprouvettes ont un bel avenir.
vendredi 20 septembre 2019
L'âme menacée
Il
dit à Béata : aujourd'hui, j'aimerais vous parler d'un champ
qui ne demande qu'à être traversé. On peut s'y arrêter et poser
ses fesses sur une herbe que ponctuent des bouses de vaches. Il n'est
pas en pente, ni particulièrement plat. C'est un champ qui mène à
un autre champ un peu plus petit où l'on croise parfois des lièvres.
Un jour, j'y ai suivi un chevreuil quelques minutes avant qu'il ne
s'enfonce dans la nuit. C'est un champ qui vous offre un ciel de
derrière les fagots. Je ne sais pas à qui il appartient. J'y ai vu
paître des brebis et parfois des vaches. Depuis son centre, on peut
y voir une Auvergne crénelée de volcans. La barrière qui l'entoure
a été plantée il y a longtemps. Parfois, il m'arrive de passer mes
mains sur ses poteaux en me demandant quel âge j'avais quand il ont
été plantés. J'examine ces bouts de bois et j'opte pour l'année
de mes dix ans. A la fin de l'été, les vents font bruire les arbres
qui l'entourent. C'est le chant du champ, un truc qui me permet de le
quitter avec la certitude de le retrouver.
-
C'est un refuge ?, demande Béata.
-
Un lieu précaire.
-
Pourquoi ?
-
On veut y prospecter du gaz, y planter des éoliennes, y installer un
élevage hors-sol, une station bio-masse, un méthaniseur. C'est un
lieu précaire.
lundi 16 septembre 2019
Le Lot se méthanise
Cahors, Figeac, Rocamadour… Le Lot est beau, le Lot est vert, le Lot est campagnard, le Lot est touristique. On y trouve encore parfois, au détour d’un chemin, les traces d’anciennes civilités et les vestiges, toujours émouvants, de la civilisation paysanne. On s’y promène, on s’y baigne, on y visite ses grottes préhistoriques, on y travaille, on y vit. On y installe un méthaniseur industriel qui traitera 65 000 tonnes de déchets par an.
Construit à Gramat, dans le nord du Lot, cette usine traite des déchets importés de cinq départements alentours. Issus de restaurations collectives, d’élevages industriels, de laiteries, de stations d’épuration et d’abattoirs ces déchets contiennent des métaux lourds, des perturbateurs endocriniens, des germes, des pesticides, des produits chimiques, des médicaments ainsi que d'autres éléments minéraux et organiques très divers. Cerise sur le gâteau : un autre méthaniseur industriel sera construit également sur le causse de Martel à Mayrac : il traitera 20 000 tonnes de déchets de toutes sortes par an et épandra ses digestats sur le causse de Martel.
Il faut, en effet, savoir qu’avec ces déchets, les méthaniseurs de Gramat et Mayrac produiront du méthane et de l’électricité mais surtout un sous-produit : le digestat. Celui-ci est présenté par la société Bioquercy1, qui exploite l’usine, comme un « fertilisant » qui sera épandu sur 4000 hectares de causse au cœur du parc naturel des causses du Quercy et des 800 ha du causse de Martel.
Or, le digestat est non seulement un résidu fluide qui s’infiltre immédiatement dans les sols mais il se trouve que partiellement « hygiénisé », il peut charrier des germes pathogènes (kystes de parasites, Bacillus cereus et clostridies), des virus émergent et d'autres résidus d'antibiotiques.
La région calcaire des causses est un milieu particulièrement vulnérable, déjà victime des épandages du lisier des élevages industriels. Ceux-ci ont provoqué l’expansion extraordinaire de la végétation aquatique dans le lit de la Dordogne, du Célé et de leurs affluents ainsi que des pollutions d’eau potable enregistrées notamment à Cahors au printemps 2017.
En sus de l’odeur de merde que supportent les riverains de l’usine, de la mort étrange d’essaims d’abeilles sur les lieux où a été épandu ce digestat, il est plus que probable que son épandage souillera les eaux souterraines, les rivières et les adductions d’eau potable de ce coin de pays.
mercredi 11 septembre 2019
Ne vous effondrez pas n'importe comment
Glané sur l'excellent site Le marque page, ce commentaire de Robert
Spire, en réaction à l'article sur les différentes fortunes
éditoriales du concept de collapsologie (l'étude des catastrophes)
"Sur le sujet, dans son article (« La fin du monde n’aura pas lieu
» dans le Diplo du mois d’août), le journaliste Jean-Baptiste
Malet pose la question : « Catastrophisme éclairé ou grande peur
obscurantiste. » L’article se termine sur les propos d’un
chercheur écologiste américain, le professeur Jason W Moore : "Je
suis très inquiet de la capacité qu’à ce concept d’anthropocène
de renforcer cette vieille farce bourgeoise selon laquelle la
responsabilité des problèmes émanant du capitalisme reviendrait à
l’humanité tout entière. Nous sommes en train de vivre
l’effondrement du capitalisme. C’est la position la plus
optimiste que l’on puisse embrasser. Il ne faut pas craindre
l’effondrement. Il faut l’accepter. Ce n’est pas l’effondrement
des gens et des bâtiments, mais des relations de pouvoir qui ont
transformé les humains et le reste de la nature en objets mis au
travail gratuitement pour le capitalisme. » Vision moins
angoissante ? ?"
jeudi 11 juillet 2019
Le passage du Nord-Ouest
Partir par les chemins creux. Gagner le causse, siffler les milans et goûter, près des sources, à la délicatesse des fougères. Franchir les collines au milieu des hêtres, du schiste et des chataigniers. Au bout de la route, une fenêtre illuminée et les promesses du Malbec. Santé, simplicité. Le bonjour chez vous.
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