dimanche 6 novembre 2022

L'autonomie


"La liberté n'est pas l'anomie (absence de règle), mais l'autonomie (respecter les règles sur lesquelles on s'est mis d'accord)."

"L'autonomie matérielle ne repose pas sur le rêve individualiste d'être délivré des contraintes liées à l'interdépendance qui caractérise la condition terrestre : c'est une autonomie dans l'interdépendance qui assume que nous dépendons structurellement les uns des autres pour assurer notre subsistance."

"Aujourd'hui, le problème de l'autonomie n'est donc pas de supprimer toute dépendance, mais de sortir de celles qui nous ligotent aux grandes organisations privées et publiques, et au système industriel qu'elles constituent. Et donc, il s'agit de reconstruire des interdépendances personnelles permettant de desserrer l'étau des dépendances anonymes, et ce dans l'égalité. L'autonomie ne consiste pas à se débrouiller tout seul, mais à s'inscrire dans un monde d'interconnaissance où les obligations réciproques et les règles partagées tissent des liens de solidarité qui libèrent des formes de domination impersonnelles. Son acte fondateur n'est pas une "déclaration d'indépendance" mais une reconnaissance d'interdépendance."

Aurélien Berlan, Terre et Liberté, 2022.

 

mercredi 2 novembre 2022

Pasolini

 


Le 2 novembre 1975, sur une plage d'Ostie, était assassiné Pier Paolo Pasolini. Pour bien d'autres choses mais aussi pour mieux connaître les circonstances de cette mort restée mystérieuse, on pourra lire avec profit l'ouvrage de René de Ceccaty : Avec Pier Paolo Pasolini.

De son côté, la maison France Culture propose une sélection d'archives à l'occasion du centenaire de sa naissance.

 

mardi 18 octobre 2022

Le visage (et les mots) de l'adversaire


Dans le sud du Quercy, on s'oppose à une énième entreprise de salopage du pays par l'implantation d'une centrale industrielle photovoltaïque sur 200 hectares de terres agricoles et naturelles du Causse Comtal. Comme nous l'expliquent les camarades de P&MO, cette lutte, qui rassemble un collectif d'habitants des villages de Montcuq, Bouloc et Lauzerte est, pour l'instant, victorieuse : ils ont réussi à faire annuler le permis de construire de cette démentielle entreprise.  

Les péripéties de cette histoire quercynoise permettent, une nouvelle fois, à P&MO de lever le voile sur un personnage que celles et ceux qui mènent des combats similaires connaissent ou doivent se préparer à affronter : l'expert en acceptibilité sociale. Comme son nom l'indique, cette sinistre activité mercenaire a pour but de faire accepter à une opinion, ou à une population, l'implantation d'un projet industriel. 

Méthaniseur, aéroport, stockage de déchets, éoliennes, centrale industrielle photovoltaïque, incinérateur, retenue d'eau artificielle... Cet individu, stipendié par l'entreprise, la collectivité ou le consortium concernés par cette opération, assiste ces derniers et emploie toutes les ressources de la manipulation pour neutraliser les oppositions et faire passer la pilule auprès des populations plus ou moins hostiles à cette entreprise. La présence de l'un d'eux, démasqué lors d'une réunion du collectif quercynois, marque l'occasion de braquer le projecteur sur son activité

Nous nous sommes permis d'ajouter à cela un entretien donné par celui-ci en 2015, au salon Produrable, "le plus grand rendez-vous européen des acteurs et des solutions en faveur de l'économie durable(sic)" Le visionnage de cette courte séquence permettra à chacun de mesurer dans quel marigot mental patauge ce genre de contractuels et combien le langage, ici un pénible technolecte managérial, est révélateur de l'âme de celui qui l'emploie. En ces temps remuants, il est bon de savoir qui on trouvera en face. A bon entendeur, salut.

 


 

jeudi 29 septembre 2022

L'imaginaire à la question


Je sais seulement que l'imaginaire est aujourd'hui aux abois. A trop avoir cédé au terrorisme du réel, à trop avoir consenti à s'y mesurer, il semble ne plus bien savoir passer outre, s'arrêtant devant les objets au lieu de les emprunter comme autant de passages dérobés dans la foule des apparences.

Annie Le Brun, Les châteaux de la subversion

 

vendredi 9 septembre 2022

La bibliothèque de l'honnête homme (suite)

Les mois, pour ne pas dire les années qui s'annoncent, seront sans aucun doute mouvementés. Certains désastres annoncés marqueront peut-être aussi l'occasion de reprendre la main, de tenter modestement quelque chose. Il sera, tout le moins, de plus en plus difficile de demeurer spectateur. La praxis, alors, ne pourra que s'enrichir d'un certain bagage théorique, de quelques lectures. En voici quelques unes que nous avons trouvé particulièrement stimulantes.


 



mardi 6 septembre 2022

Faire face au chaos


Les camarades de Pièces & Main d'Oeuvre se racontent, et expliquent la nature et les moyens de leurs travail aux animateurs de Floraisons, un site de podcasts techno-critique et anti-industriel. 

De ces trois jours d’entretien, Floraisons a tiré une série de 19 podcasts, mis en ligne à raison d’un épisode par semaine sur leur site. On pourra ainsi mieux connaître les enquêteurs grenoblois, leur histoire, leur géographie, leur discours, leur méthode d’enquête critique, leur activité et davantage encore. De quoi s'y mettre à son tour...


lundi 5 septembre 2022

samedi 30 juillet 2022

Voix véritables

 


Si, de la maison Radio France, lentement démantelée par une succession de patrons très libéraux, il ne devait rester que quelques pierres, ce seraient celles de la mémoire. Parmi celles-ci, on trouverait quelques diamants, comme cet entretien entre André Breton, Pierre Reverdy et Francis Ponge débattant, en 1952, de la poésie et de son rôle social dans l'émission d'André Parinaud : Rencontre et Témoignages.

Ceci étant dit, on notera l'étonnement du journaliste qui présente cette pépite. En moderne conséquent, la discussion entre les trois poètes lui paraît « incroyable à bien des égards », non pas tant à cause de l’identité des protagonistes mais de ce qui est dit qui lui « paraît presque irréel . On constatera ainsi que ce jeune homme s'effare d'entendre ce qu'il n'entend plus aujourd'hui autour de lui : des hommes capables de s'exprimer avec cohérence et profondeur, bien au-delà du trio sujet-verbe-complément violenté par la majorité et particulièrement par ceux qui se prétendent écrivain.

Breton, Reverdy, Ponge. Voilà des hommes dont la pensée et les actions leur permettent d'user de la véritable langue natale. Pour qui écoutera leurs voix, le contraste n'en sera que plus cruel avec le pidgin ânonné par nos contemporains. On sait parler quand on sait vivre.

 

jeudi 16 juin 2022

Nous en sommes désormais aux comices agricoles

Glané sur le site de Ballast, cet impeccable entretien avec Eric Vuillard, auteur, entre autres choses, de 14 juillet et de La guerre des pauvres.

"La littérature porte en elle un désir secret, indécent, le désir de dire ce qu’on devrait taire. La célèbre sentence de Wittgenstein [« Les limites de mon langage signifient les limites de mon propre monde », ndlr] est peut-être valable lorsque l’on trace les limites formelles du sens, même si j’en doute, mais elle ne vaut pas un kopeck en littérature. C’est justement ce dont on a du mal à parler qu’il faut écrire, comme le notait espièglement Derrida. Saint-Simon écrivait à propos du roi : « Louis XIV ne fut regretté que de ses valets » ; Zola écrivait : « Le sujet de Nana est celui-ci : Toute une société se ruant sur le cul. » Il s’agit d’écrire ce qui est tu, ce qui est dissimulé, la vie réelle des classes supérieures, de mettre à nue leur médiocrité morale, l’hypocrisie de leurs pratiques sexuelles, leur dissipation éhontée et leur politique avaricieuse.

C’est une expérience commune qui nous jette un beau jour dans le monde : on assiste alors pour la première fois à une réunion de travail, à un groupe de réflexion, à un colloque, à un dîner mondain, on se trouve plongé dans un milieu professionnel, l’université, le palais de justice ou une agence immobilière, peu importe, et là, que découvre-t-on ? On y découvre les effets délétères de la hiérarchie sociale, qui n’entraîne pas toujours les plus désintéressés ni les plus finauds au sommet de son édifice. Il est même probable que la simple ascension sociale soit un facteur aggravant, qu’elle entraîne toutes sortes de troubles — que ceux que l’on désigne méchamment du nom de « parvenus » se trouvent en réalité au premier stade d’une maladie très longue, qu’on attrape au fur et à mesure de sa promotion, de son avancement, mal des montagnes, surestimation de soi, mépris pour les autres, aveuglement."

L'intégralité de l'entretien se trouve ici



La littérature porte en elle un désir secret, indécent, le désir de dire ce qu’on devrait taire. La célèbre sentence de Wittgenstein [« Les limites de mon langage signifient les limites de mon propre monde », ndlr] est peut-être valable lorsque l’on trace les limites formelles du sens, même si j’en doute, mais elle ne vaut pas un kopeck en littérature. C’est justement ce dont on a du mal à parler qu’il faut écrire, comme le notait espièglement Derrida. Saint-Simon écrivait à propos du roi : « Louis XIV ne fut regretté que de ses valets » ; Zola écrivait : « Le sujet de Nana est celui-ci : Toute une société se ruant sur le cul. » Il s’agit d’écrire ce qui est tu, ce qui est dissimulé, la vie réelle des classes supérieures, de mettre à nue leur médiocrité morale, l’hypocrisie de leurs pratiques sexuelles, leur dissipation éhontée et leur politique avaricieuse.

« Ne doit-on pas enfoncer le clou, creuser inlassablement, analyser et caractériser toujours plus précisément le dispositif central du pouvoir ? »

C’est une expérience commune qui nous jette un beau jour dans le monde : on assiste alors pour la première fois à une réunion de travail, à un groupe de réflexion, à un colloque, à un diner mondain, on se trouve plongé dans un milieu professionnel, l’université, le palais de justice ou une agence immobilière, peu importe, et là, que découvre-t-on ? On y découvre les effets délétères de la hiérarchie sociale, qui n’entraîne pas toujours les plus désintéressés ni les plus finauds au sommet de son édifice. Il est même probable que la simple ascension sociale soit un facteur aggravant, qu’elle entraîne toutes sortes de troubles — que ceux que l’on désigne méchamment du nom de « parvenus » se trouvent en réalité au premier stade d’une maladie très longue, qu’on attrape au fur et à mesure de sa promotion, de son avancement, mal des montagnes, surestimation de soi, mépris pour les autres, aveuglement

La littérature porte en elle un désir secret, indécent, le désir de dire ce qu’on devrait taire. La célèbre sentence de Wittgenstein [« Les limites de mon langage signifient les limites de mon propre monde », ndlr] est peut-être valable lorsque l’on trace les limites formelles du sens, même si j’en doute, mais elle ne vaut pas un kopeck en littérature. C’est justement ce dont on a du mal à parler qu’il faut écrire, comme le notait espièglement Derrida. Saint-Simon écrivait à propos du roi : « Louis XIV ne fut regretté que de ses valets » ; Zola écrivait : « Le sujet de Nana est celui-ci : Toute une société se ruant sur le cul. » Il s’agit d’écrire ce qui est tu, ce qui est dissimulé, la vie réelle des classes supérieures, de mettre à nue leur médiocrité morale, l’hypocrisie de leurs pratiques sexuelles, leur dissipation éhontée et leur politique avaricieuse.

« Ne doit-on pas enfoncer le clou, creuser inlassablement, analyser et caractériser toujours plus précisément le dispositif central du pouvoir ? »

C’est une expérience commune qui nous jette un beau jour dans le monde : on assiste alors pour la première fois à une réunion de travail, à un groupe de réflexion, à un colloque, à un diner mondain, on se trouve plongé dans un milieu professionnel, l’université, le palais de justice ou une agence immobilière, peu importe, et là, que découvre-t-on ? On y découvre les effets délétères de la hiérarchie sociale, qui n’entraîne pas toujours les plus désintéressés ni les plus finauds au sommet de son édifice. Il est même probable que la simple ascension sociale soit un facteur aggravant, qu’elle entraîne toutes sortes de troubles — que ceux que l’on désigne méchamment du nom de « parvenus » se trouvent en réalité au premier stade d’une maladie très longue, qu’on attrape au fur et à mesure de sa promotion, de son avancement, mal des montagnes, surestimation de soi, mépris pour les autres, aveuglement