lundi 19 novembre 2018

A l'arrière des berlines


A celles et ceux qui, un peu vite sans doute, souhaitent ranger la jacquerie en gilet jaune de ces derniers jours dans l'unique tiroir d'un néo-poujadisme bon teint, proposons cet article du Vent se lève.  

On sera d'accord, ou pas, avec l'analyse, assez économiciste il est vrai, de Marion Beauvalet. Au moins, aura t-on un peu touillé dans le bocal d'images toutes faites que nous trimballons dans notre musette. C'est déjà ça...

mercredi 14 novembre 2018

Les méthodes de l’antiterrorisme et de répression du grand banditisme appliquées au militantisme politique



Pour ce qui est des lutte contre le monde tel qu'il ne va pas, cet article de Libération sur les méthodes employées par la justice et la gendarmerie contre les opposants à la décharge nucléaire de Bure. Il semble que les leçons de Tarnac n'aient pas servies à grand chose... 
 
Aussi, on a un bel aperçu, pour ne pas dire une preuve, de l'inquiétude de l'Etat et de ses alliés (vu les moyens employés) face à toute révolte consciente et organisée. C'est édifiant et assez instructif quant à leur état d'esprit.
 

mardi 13 novembre 2018

Geworfenheit et dialectique




L’homme naît inachevé, il est jeté dans le monde parce qu’il y entre inachevé, il s’y retrouve comme assiégé. Il doit donc secréter la culture comme une carapace défensive et cet inachèvement constitue la base anthropologique de la pensée dialectique. (Lapassade dit que « la prématuration biologique de l’enfant crée davantage que la fixation durable aux premiers objets d’amour, cette prématuration est source d’un besoin de fusion inassouvi ». ) En effet « jeté dans le monde », l’enfant y constitue une totalité inachevée, incomplète, une nostalgie ou si on veut une intention de la totalité qui tend à se compléter et à se rendre autonome mais qui n’y arrivera qu’aux prix d’un effort. Cet effort de totalisation est l’ébauche de la praxis. La dialectique se définit comme une logique de l’inachèvement.

Joseph Gabel, Anthropologie et dialectique



mardi 6 novembre 2018

Le salut par les sorcières


Dans ce texte, les collègues du Vent se lève rendent compte du dernier essai de l'excellente Mona Chollet : Sorcières, La puissance invaincue des femmes.

Il y est dit que le bouquin, classé depuis sa parution dans les meilleures ventes d’essais, provoque un véritable engouement médiatique. Succès explicable dans une époque qui voit "le retour de la misogynie la plus décomplexée dans de nombreux Etats, aux Etats-Unis et au Brésil notamment, mais aussi dans un contexte de crise écologique sans précédent, où l’homme n’a jamais été si proche de détruire de manière irréversible son milieu vital. 

En réponse, la figure de la sorcière, comme incarnation d’une résistance contre le patriarcat et une certaine rationalité qui justifie l’exploitation de la nature, fait son grand retour. Mona Chollet s’appuie sur cette figure et sur ses avatars modernes pour faire entendre une parole émancipatrice".  

Et nos amis de conclure qu'à "l’heure où les droites conservatrices et misogynes s’imposent un peu partout dans le monde, il semble fondamental de ne pas renoncer au « combat culturel », toujours à mener. Si la sorcière est, comme le dit Mona Chollet, celle qui « surgit au crépuscule, alors que tout semble perdu », « celle qui parvient à trouver des réserves d’espoir au cœur du désespoir », alors ses sorcières apparaissent à point nommé, pour conjurer la domination et créer d’autres possibles". 


 

lundi 5 novembre 2018

Ne pas désespérer (totalement) de l'effondrement



Pessimistes de tous poils, catastrophistes éclairés et autres contempteurs de ce monde, voici l’entretien mené par François Ruffin avec Pablo Servigne. 

En ces temps de disparition assurée de notre espèce, ce dernier vient utilement présenter ses travaux en « collapsologie » ou science de l’effondrement. On y trouvera son boire et son manger, des raisons de ne pas être d’accord, et d’autres pour ne pas totalement désespérer. 


lundi 29 octobre 2018

La Plaine rompt mais ne se rend pas


On lira chez Jef Klak la façon dont les habitants et défenseurs de la Plaine s'opposent à la mairie de Marseille et à leurs copains promoteurs. La vie même...

jeudi 25 octobre 2018

La Plaine est en feu


Pour qui connait Marseille, la place de la Plaine est un lieu encore véritablement populaire. Le mélange des genres et des classes s'y fait plutôt bien même si le quotidien de certains fut, et demeure encore, difficile. 

Mais enfin, la vie y va comme elle peut et il ne nous est pas indifférent d'y avoir pu croiser n'importe qui ou, pour être plus clair, d'avoir pu rencontrer des êtres aux talents, destins, origines et fortunes très diverses. On peut dire qu'il y a peu encore, l'air de la Plaine émancipait. 

La sinistre équipe qui préside aux destinées de la ville a décidé de mettre fin à cet état des lieux. Elle poursuit ici son entreprise de gentrification cahotante de la cité. Après le Panier, la rue de la République et le Vieux port, elle continue d'expulser les pauvres du centre-ville. Les camarades de Lundi matin en rendent compte précisément ici.

mercredi 10 octobre 2018

Par la bouche de qui parle le dieu splendide


C’est d’ailleurs pourquoi l’on pourrait soutenir que Gloria est un Cassavetes mineur. L’intrigue de thriller est inessentielle et fait en quelque sorte double emploi, quand le sujet véritablement thrilling est la gloire de Gloria, le récital Gena Rowlands, le portrait d’une force (et d’une forcenée), le blason d’une personne, prêtresse par la bouche de qui parle le dieu splendide, ou bien soeur équivoque du destin. Et ainsi de suite.

Jean-Patrick Manchette, Charlie Hebdo, janvier 1981

mercredi 3 octobre 2018

Doxa

 


La jouissance qu'impose, par lavements progressifs de la sensibilité, la doxa actuelle est un éclair pauvre, dépouillé des embuscades, trébuchements et séduisantes erreurs que nous vivons quand nous nous laissons gagner par l'autre. 
La jouissance comme seul but nie le trésor broussailleux de la découverte. Et nous voilà enjoint à faire rimer le plus intime avec le mot de possession – possession d'un manque qui, de toute façon, ne se livre jamais. 
Le désir, lui, est échappée belle, offrande de sa faiblesse à l'autre qui nous tient dans la paume de ses envies et glisse sous la notre comme une truite.

Antoine Samano, Le prodige, madame...
 

jeudi 20 septembre 2018

Lire (ou relire) Bernanos


Si nous pensions que ce système est capable de se réformer, qu’il peut rompre de lui-même le cours de sa fatale évolution vers la Dictature – la Dictature de l’argent, de la race, de la classe ou de la Nation – nous nous refuserions certainement à courir le risque d’une explosion capable de détruire des choses précieuses qui ne se reconstruirons qu’avec beaucoup de temps, de persévérance, de désintéressement et d’amour. Mais le système ne changera pas le cours de son évolution, pour la bonne raison qu’il n’évolue déjà plus ; il s’organise seulement en vue de durer encore un moment, de survivre. Loin de prétendre résoudre ses propres contradictions, d’ailleurs probablement insolubles, il paraît disposer à les imposer par la force, grâce à une réglementation chaque jour plus minutieuse et plus stricte des activités particulières, faite au nom d’une espèce de socialisme d’État, forme démocratique de la dictature.

Georges Bernanos, La France contre les robots, 1945.