lundi 30 juillet 2018
mercredi 11 juillet 2018
Ombres
Je peux enlever le chapeau d'un grand geste et, saluant les ruines de la maison paternelle, dire : "Me voilà, j'ai triomphé, je ne suis rien de ce que vous vouliez que je sois ; je ne possède rien de ce que vous prétendiez que je possède, il ne me reste rien. Je ne laisse rien."
Alberto Executor y Sàez de Miera
in Sombra de la Sombra de Paco Ignacio Taibo II
jeudi 5 juillet 2018
Mon royaume pour une étoile
On le sent, on le sait : la contemplation d'une colline, ou d'un ciel étoilé, fait du bien. Plus qu'on ne le croit à lire un des articles du nouveau numéro de la revue Hors sol que publient nos collègues grenoblois de Pièces & Main d'Oeuvre.
Selon cet article, un
groupe de cliniciens et de chercheurs suisses en psychiatrie a montré qu'il y a près de deux fois plus de
schizophrènes dans les centres urbains qu'en milieu rural. Un constat connu depuis 80 ans mais rarement
étudié.
Selon nos sagaces helvètes, le risque de schizophrénie est donc proportionnel au
nombre d'années passées en milieu urbain, notamment pendant
l'enfance. Plus un enfant est élevé en ville, plus il sera enclin à
la schizophrénie. Ainsi, entre 1965 et 1997, le nombre de schizophrènes
londoniens a plus que doublé.
mardi 3 juillet 2018
Voilà !
Si, devant des gens
en pleine santé, l’on prononce les mots ordinaires de la nature :
foin, herbe, prairie, saules, fleuves, sapins, montagnes, collines,
on les voit comme touchés par un doigt magique. Les bavards ne
parlent plus. Les forts gonflent doucement leurs muscles sous les
vestes, les rêveurs regardent droit devant eux. Si l’on écoutait
à ce moment là la petite voix de leur âme, on entendrait qu’elle
dit : voilà ! Comme si elle était enfin arrivée.
Jean Giono, Aux sources mêmes de l'espérance
vendredi 29 juin 2018
Loupiotes estivales
L’été est un
continent d’épices brûlées
dont les heures
crépitent autour des fontaines
son ciel tremble
ébloui par le plus
doué des anges
libre
je confie
mon ombre à son
échine
et de cette cache
- un lieu oublié
des satellites -
j’observe le
soleil faire la roue
loin d’une mer qui
a perdu son nom.
Antoine Samano, Leçons de ténèbres et autres loupiotes
vendredi 22 juin 2018
Ce qui n'a pas de prix
On
ne dira jamais assez combien la lecture des textes d’Annie Le Brun
illumine les quelques moments que nous réussissons à sauver des
griffes de ces temps désolants. Sa lucidité ne se dépare jamais de
l’éclair surréaliste – ce qui a été vécu une fois ne
s’oublie pas – qui
fait des ténèbres les plus hostiles une couleur d’où peut
jaillir l’espoir.
Dans
ce qui n’a pas de prix, Annie Le Brun nous décrit cet
enlaidissement du monde que nous connaissons bien. Laideur fomentée
par la collusion entre riches et artistes se réclamant du
contemporain à travers un « Art des vainqueur », entreprise de neutralisation visant à installer une domination
sans réplique et à camoufler la course d'un monde allant à sa perte.
« De
même que le régime soviétique visait à façonner les sensibilités
à travers l’art réaliste socialiste, il semble que le
néo-libéralisme en ait trouvé l’équivalent dans un certain art
contemporain (Koons,
Hirst, Kapoor et autre Cattelan, ndlr) dont
toute l’énergie passe à instaurer le règne de ce que
j’appellerais le réalisme
globaliste. À
cette différence près que, pour exercer cette emprise mondiale, nul
besoin de s’en remettre à des représentations édifiantes émanant
d’une idéologie précise. Car il ne s’agit plus d’imposer une
conception de la vie plus qu’une autre mais essentiellement des
processus ou des dispositifs en parfaite concordance avec ceux de la
financiarisation du monde. Et si la terreur du totalitarisme
idéologique est ici remplacée par les séductions du totalitarisme
marchand, la spécificité du réalisme
globaliste est
de nous convier à notre propre dressage ».
Un peu de Marx avant de partir récupérer ses forces de travail
En quoi consiste
l’aliénation du travail ?... Dans son travail, l’ouvrier ne
s’affirme pas mais se nie ; il ne s’y sent pas à l’aise, mais
malheureux ; il n’y déploie pas une libre activité physique et
intellectuelle, mais mortifie son corps et ruine son esprit. En
conséquence, l’ouvrier se sent auprès de soi-même seulement en
dehors du travail ; dans le travail, il se sent extérieur à
soi-même. Il est lui-même quand il ne travaille pas et, quand il
travaille, il ne se sent pas dans son propre élément. Son travail
n’est pas volontaire, mais contraint, travail forcé.
Il n’est donc pas la satisfaction d’un besoin, mais seulement un
moyen de satisfaire des besoins en dehors du travail ? Le caractère
étranger du travail apparaît nettement dans le fait que, dès qu’il
n’existe pas de contrainte physique ou autre, le travail est fui
comme la peste.
Karl
Marx, Ecrits de
jeunesse
vendredi 8 juin 2018
Vert (de gris)
En vérité, il n’y a pas d’action qui exprime plus hautement la liberté de l’homme que de fixer des limites à sa capacité d’agir, sous forme d’impératifs, de normes et de règles à validité universelle, et de s’y tenir. C’est par cette autolimitation que les individus deviennent des personnes autonomes entrant en communication les unes avec les autres. Penser cela, est-ce inévitablement verser dans le totalitarisme en politique ? C’est évidemment le contraire qui est vrai. Ou le débat démocratique au sujet des nouvelles menaces va porter de plus en plus sur les limites que les sociétés industrielles vont devoir s’imposer à elles-mêmes, en coordination les unes avec les autres, ou bien c’est un écofascisme terrifiant qui risque d’imposer sa loi à la planète.
Jean-Pierre Dupuy, Pour un catastrophisme éclairé
mardi 5 juin 2018
La moindre chance
Le
courage ? Je ne sais rien du courage. Il est à peine nécessaire
à mon action. La consolation ? Je n’en ai pas encore eu
besoin. L’espoir ? Je ne peux vous répondre qu’une chose :
par principe, connais pas. Mon principe est : s’il existe la
moindre chance, aussi infime soit-elle, de pouvoir contribuer à
quelque chose en intervenant dans cette situation épouvantable, dans
laquelle nous nous sommes mis, alors il faut le faire. (…) et si je
suis désespéré, que voulez-vous que j’y fasse ?
Günther
Anders
mercredi 23 mai 2018
Dada (hue)
Ce n’est pas un hasard si ceux qui se révoltent contre le capitalisme sans être possédés par l’idéologie industrialiste cherchent en général la liberté et l’égalité hors du monde des organisations et de l’éthos professionnel, dans celui des formes d’organisation communautaire, en tâchant de changer d’échelle, de revenir sur terre.
Aurélien Berlan , La fabrique des derniers hommes. Retour sur le présent avec Tönnies, Simmel et Weber
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