Les collègues de Lundi matin s'entretiennent avec Eric Vuillard, l'auteur de l'excellent 14 juillet et du non moins précieux La guerre des pauvres qui décrit, comme l'écrivent les lundistes, la guerre des paysans qui secoua l'Allemagne de 1524 à 1526. Vuillard y évoque puissamment la figure de Thomas Müntzer, "prédicateur subversif qui entendait les paroles de Dieux comme autant d'appels à abattre les riches et les puissants". Parut récemment, et volontairement plus tôt que prévu, il est peu de dire que ce court texte colle au temps présent et en fait résonner ses échos les plus vifs.
lundi 11 mars 2019
mardi 12 février 2019
Banalités de base
François Bégaudeau, que nous ne connaissions que de loin, énonce à la Grande Table de France Culture certaines "banalités de base" avec clarté. Dans une époque où émerge à nouveau la question sociale, ce genre d'intervention n'est jamais inutile et gagne à être diffusée auprès de celles et ceux qui s'illusionnent encore sur le fonctionnement de notre démocratie.
Merci aux Âmes d'Atala, site sur lequel nous avons glané cet entretien.
lundi 11 février 2019
Cadeau d'un Passant de fortune
Dans le foyer de ma nuit noire
Une étincelle provocante
Heurte le tablier de cuir
Que je gardais par habitude
Autour de mes reins désoeuvrés.
Sans doute un mot bas de Cassandre !
Utile à quel avenir ?
Fallait-il qu'il se révélât
Entre cinq de mes différences
Au terme d'une parabole
De mensonge et de vérité ?
Se protéger est un acte vil.
Lève la tête, artisan moite
A qui toute clarté fut brève !
Cette source dans le ciel,
Au poison mille fois sucé,
N'était pas lune tarie
Mais l'étoile frottée de sel,
Cadeau d'un Passant de fortune.
René Char, Chant de la Balandrane.
vendredi 8 février 2019
Sevrage à venir
Dans
son blog Oil Man, Matthieu Auzanneau livre des éléments aussi
intéressants qu’alarmants sur le déclin
de la production mondiale de pétrole.
Il montre
notamment que 50% au moins de des importations de pétrole de l'Europe sont menacées de déclin et que notre organisation sociale et technique, basée
principalement sur l’usage de l'or noir, va devoir bientôt faire
face à un sevrage sévère.
Et Matthieu Auzanneau de s’interroger
sur les effets de la raréfaction du pétrole : « Rendre
d’urgence nos systèmes techniques (beaucoup) plus sobres est un
enjeu vital, non seulement pour le climat, mais aussi pour nous
éviter un monde à la Mad Max. La démocratie est-elle capable de
faire des choix rationnels qui lui réclament de s’écarter de la
pente de plus faible résistance qu’elle a jusqu’ici suivi ? …
Y’a du boulot. La démocratie moderne a germé dans
un bain d’abondance énergétique. Il me semble raisonnable de
craindre que l’hiver de cette ère soit tout proche. Je propose une
fois encore que nous examinions le danger sérieusement ».
jeudi 31 janvier 2019
Premier appel de l’Assemblée des assemblées
Émanant de l’Assemblée des assemblées qui, réunissant
quelque soixante-quinze délégations, mais aussi de très nombreux
observateurs, s’est tenue, les 26 et 27 janvier, à Commercy (Meuse), cet appel sera proposé à l’adoption dans chacune des assemblées locales qui la constituent.
Nous, Gilets Jaunes des ronds-points, des parkings, des places, des assemblées, des manifs, nous sommes réunis ces 26 et 27 janvier 2019 en « Assemblée des assemblées », réunissant une centaine de délégations, répondant à l’appel des Gilets Jaunes de Commercy.
Depuis le 17 novembre, du plus petit village du monde rural à la plus grande ville, nous nous sommes soulevés contre cette société profondément violente, injuste et insupportable. Nous ne nous laisserons plus faire ! Nous nous révoltons contre la vie chère, la précarité et la misère. Nous voulons, pour nos proches, nos familles et nos enfants, vivre dans la dignité. 26 milliardaires possèdent autant que la moitié de l’humanité, c’est inacceptable. Partageons la richesse et pas la misère ! Finissons-en avec les inégalités sociales ! Nous exigeons l’augmentation immédiate des salaires, des minimas sociaux, des allocations et des pensions, le droit inconditionnel au logement et à la santé, à l’éducation, des services publics gratuits et pour tous.
C’est pour tous ces droits que nous occupons quotidiennement des ronds-points, que nous organisons des actions, des manifestations et que nous débattons partout. Avec nos gilets jaunes, nous reprenons la parole, nous qui ne l’avons jamais. Et quelle est la réponse du gouvernement ? La répression, le mépris, le dénigrement. Des morts et des milliers de blessés, l’utilisation massive d’armes par tirs tendus qui mutilent, éborgnent, blessent et traumatisent. Plus de 1 000 personnes ont été arbitrairement condamnées et emprisonnées. Et maintenant la nouvelle loi dite « anti-casseurs » vise tout simplement à nous empêcher de manifester. Nous condamnons toutes les violences contre les manifestants qu’elles viennent des forces de l’ordre ou des groupuscules violents. Rien de tout cela ne nous arrêtera ! Manifester est un droit fondamental. Fin de l’impunité pour les forces de l’ordre ! Amnistie pour toutes les victimes de la répression !
Et quelle entourloupe que ce grand débat national qui est en fait une campagne de communication du gouvernement, qui instrumentalise nos volontés de débattre et décider ! La vraie démocratie, nous la pratiquons dans nos assemblées, sur nos ronds-points, elle n’est ni sur les plateaux télé ni dans les pseudos tables rondes organisées par Macron. Après nous avoir insultés et traités de moins que rien, voilà maintenant qu’il nous présente comme une foule haineuse fascisante et xénophobe. Mais nous, nous sommes tout le contraire : ni raciste, ni sexiste, ni homophobe, nous sommes fiers d’être ensemble avec nos différences pour construire une société solidaire. Nous sommes forts de la diversité de nos discussions : en ce moment même des centaines d’assemblées élaborent et proposent leurs propres revendications. Elles touchent à la démocratie réelle, à la justice sociale et fiscale, aux conditions de travail, à la justice écologique et climatique, à la fin des discriminations. Parmi les revendications et propositions stratégiques les plus débattues, nous trouvons : l’éradication de la misère sous toutes ses formes, la transformation des institutions (RIC, constituante, fin des privilèges des élus…), la transition écologique (précarité énergétique, pollutions industrielles…), l’égalité et la prise en compte de toutes et tous quelle que soit sa nationalité (personnes en situation de handicap, égalité hommes-femmes, fin de l’abandon des quartiers populaires, du monde rural et des outres-mers…).
Nous, Gilets Jaunes, invitons chacun avec ses moyens, à sa mesure, à nous rejoindre. Nous appelons à poursuivre les actes (acte 12 contre les violences policières devant les commissariats, actes 13, 14...), à continuer les occupations des ronds-points et le blocage de l’économie, à construire une grève massive et reconductible à partir du 5 février. Nous appelons à former des comités sur les lieux de travail, d’études et partout ailleurs pour que cette grève puisse être construite à la base par les grévistes eux-mêmes. Prenons nos affaires en main ! Ne restez pas seuls, rejoignez-nous ! Organisons-nous de façon démocratique, autonome et indépendante ! Cette assemblée des assemblées est une étape importante qui nous permet de discuter de nos revendications et de nos moyens d’actions. Fédérons-nous pour transformer la société ! Nous proposons à l’ensemble des Gilets Jaunes de faire circuler cet appel.
Si, en tant que groupe gilets jaunes, il vous convient, envoyez votre
signature à Commercy (assembleedesassemblees@gmail.com). N’hésitez pas à
discuter et formuler des propositions pour les prochaines « Assemblées
des assemblées », que nous préparons d’ores et déjà.
Macron démission !
Vive le pouvoir au peuple, pour le peuple et par le peuple !
L’Assemblée des assemblées
Commercy, le 27 janvier 2019.
mardi 15 janvier 2019
On ne parle pas avec n'importe qui
Un
ami nous écrivait récemment, concernant le débat, plus que borné,
auquel nous invite l’inénarrable Macron, à nous procurer et à
méditer le dernier ouvrage de Grégoire Chamayou, La
société ingouvernable.
En
s'appuyant essentiellement sur les écrits des défenseurs,
états-uniens pour la plupart, du capitalisme réellement existant,
Chamayou rend compte des « efforts » (comme dirait Zeus) déployés
par ces apôtres du système de la libre entreprise pour le défendre
contre les assauts qu'il essuyait dans les années 1960-1970. Le
travail abattu par Chamayou est impressionnant, et le résultat,
remarquable.
Dans
un
passage du
bouquin, " Chamayou, nous
dit l’ami, détaille la stratégie adoptée par la firme Nestlé pour annihiler
une campagne de boycott de ses produits. Totalement désemparés par
cette attaque, les dirigeants envisagèrent dans un premier temps de
recourir à un psychanalyste (ils étaient particulièrement
déprimés), avant de se rabattre plus sagement sur un ancien
officier du renseignement de l'armée américaine spécialiste de
Clausewitz et de Sun Tzu : Rafael Pagan.
L'expérience
aidant, Pagan élabora une typologie des activistes en quatre
catégories : les radicaux ; les réalistes ; les idéalistes ; les
opportunistes. L'objectif est d'isoler les premiers avec lesquels il
est impossible de discuter, afin de les marginaliser et de les rendre
ainsi inoffensifs ; pour cela, il faut entamer des discussions avec
les réalistes, les convaincre des bonnes intentions de la firme, et
feindre de leur accorder des concessions. Une fois qu'ils ont été
neutralisés, les deux dernières catégories s'alignent sur leur
position.
Bien
évidemment, il faut donner à ces interlocuteurs l'impression de
participer à une négociation alors que les dirigeants de
l'entreprise n'ont nullement l'intention de modifier leur programme.
Toute cette tactique, résume Chamayou, est fondée sur le dialogue, auquel il attribue six « vertus » en tant que stratégie de pouvoir : fonction de renseignement ; fonction de cantonnement ; fonction de diversion ; fonction de cooptation ; fonction de disqualification ; fonction de légitimation. Pagan et ses acolytes ont ainsi permis à Nestlé de continuer à vendre du lait en poudre pour bébés dans la brousse africaine. Ils ont ensuite fait bénéficier de leur savoir-faire Monsanto, Union Carbide, Shell, etc.
Comme
il est parfois écrit au début d'un livre ou d'un film, toute
éventuelle similitude avec des faits réels ou des événements
récents serait purement fortuite ».
jeudi 10 janvier 2019
L'acte IX, donc...
De passage dans la bonne ville de Lyon, nous nous sommes rendus au quartier de la Guillotière, à la librairie La Gryffe, lieu que nous avons fréquenté, il y a bien longtemps, lors de quelques réunions.
L'accueil chaleureux, ainsi que l'excellence du choix des livres, nous ont mis de bonne humeur.
Entre autre chose, nous avons rapporté de cette plaisante escale trois opuscules de la revue Temps critiques qui éclairent, avec acuité, l'actuelle révolte des Gilets jaunes.
On pourra les lire sur le site de la revue.
vendredi 21 décembre 2018
Comme Nankuo Tsa-ts'i
Au
dehors, le dos appuyé à la paroi, il a étendu ses jambes devant
lui. Son regard vagabonde en contrebas puis remonte vers les falaises
pour errer sur le causse qui, à cette heure, n'est plus qu'un
plateau de brume scintillante.
Le soleil a passé la barrière
d'yeuses et le réchauffe doucement. Son esprit se fait plus lent.
Ses pensées s’étiolent pour n'être plus que des sensations qui
s'éparpillent dans les arbres et les roches.
Mazet s’évanouit
dans un stand by si vaporeux qu'il en oublie sa dissolution.
A cet instant - mais peut-on parler d'instant dans ce long déroulé
qui l’abolit ? -, il n'est pas plus que la roche où il s'appuie,
pas moins que le rapace qui plane au-dessus des bois.
Il n'est pas moins absent que ce vieux Ferguson rouge et immobile au milieu du champ.
Il n’est pas plus présent que cette bille de brindilles que roule un scarabée à quelques centimètres de son pied. Peut-être est-il alors semblable à Nankuo Tsa-ts'i qui rendait son corps semblable au bois mort et son esprit pareil à la cendre ?
Il n'est pas moins absent que ce vieux Ferguson rouge et immobile au milieu du champ.
Il n’est pas plus présent que cette bille de brindilles que roule un scarabée à quelques centimètres de son pied. Peut-être est-il alors semblable à Nankuo Tsa-ts'i qui rendait son corps semblable au bois mort et son esprit pareil à la cendre ?
Un
chevreuil s'est approché et broute sans méfiance à ses côtés. Pourquoi se défierait-il de celui qui n'est pas plus qu'un arbre ?
L’animal mâche son herbe, la rivière coule en de lentes plaques
vertes et les nuages font comme des toupets au ras de l'horizon.
Lorsqu’il perçoit enfin la présence de l’animal celui-ci détale
d'un bond et disparaît.
Antoine Samano, Les enfants de Moloch
lundi 10 décembre 2018
Un pognon de dingue
Pour celles et ceux qui souhaiteraient juger l'intervention macronienne d'hier soir de façon un tantinet dialectique, nous vous proposons la lecture, in extenso, de l'article de Loan Nguyen dans l'Humanité du 4 décembre dernier.
L’Assemblée entérine 40 milliards d’euros de cadeau fiscal au patronat
Adoptée
en lecture définitive hier par les députés, la transformation du
CICE en allégement de cotisations sociales apparaît comme un
nouveau signe d’une politique aux antipodes des exigences des
gilets jaunes.
Complètement
à rebours des revendications sociales qui montent dans le pays
depuis quelques semaines, l’Assemblée nationale entérinait, hier,
la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2019, dont le
contenu ne fait que confirmer l’orientation austéritaire et
pro-patronale poursuivie par le gouvernement.
À côté des
restrictions posées aux budgets des hôpitaux, la majorité LaREM ne
bouge pas d’un cheveu sur sa politique de cadeaux aux grandes
entreprises en adoptant en lecture définitive le versement de 20
milliards d’euros de CICE (crédit d’impôt pour la compétitivité
et l’emploi) et de CITS (crédit d’impôt sur la taxe sur les
salaires) au titre de l’année 2018, mais également la
transformation de ces avantages en allégements pérennes de
cotisations patronales d’assurance maladie de 6 points pour
les rémunérations allant jusqu’à 2,5 Smic au 1er
janvier 2019. Puis dans un second temps, à compter du 1er
octobre 2019, un allégement supplémentaire de 4 points
imputés sur l’assurance chômage et les retraites complémentaires
pour les salaires au niveau du Smic et de manière dégressive
jusqu’à 1,6 Smic. Une facture salée pour les caisses de
l’État et disproportionnée par rapport aux effets de ce
dispositif observés sur l’emploi.
« La transformation du CICE
en réductions de cotisations sociales se traduit en 2019 par un
quasi-doublement du coût budgétaire, avec, d’un côté, la
créance de CICE au titre des années précédentes et, de l’autre,
la dépense fiscale due à la réduction des cotisations sociales
équivalentes pour les salaires de 2019 », soulignaient, en
octobre, des économistes de l’Institut des politiques publiques
(IPP), chiffrant par ailleurs à 0,8 point de PIB l’impact
d’une telle mesure sur le déficit public. La transformation de
cette aide en allégement de cotisation devrait, par ailleurs,
bénéficier aux secteurs intensifs en main-d’œuvre peu qualifiée
comme l’hôtellerie et la restauration, les services administratifs
ou encore la santé et l’action sociale, d’après l’IPP.
Créé
fin 2012 par le gouvernement de François Hollande pour
« alléger le coût du travail » et relancer la création
d’emplois, le CICE n’a eu de cesse de monter en puissance,
passant de 4 % à 6 % de la masse salariale en 2014, sans
pourtant jamais faire la preuve de son efficacité macroéconomique.
« Les évaluations de l’impact du CICE ont été plutôt
mitigées, avec des effets positifs sur les marges des entreprises,
mais des effets modestes sur l’emploi, et quasi nuls sur
l’investissement », rappelait l’IPP. Vu son mode de calcul, le
dispositif a essentiellement profité aux grands groupes.
Chez
Carrefour, premier employeur privé de France, la CGT estime à 744
millions d’euros le montant du CICE versé ces cinq dernières
années au poids lourd de la grande distribution. La Poste et la SNCF
touchent chacune environ 300 millions d’euros annuels au titre de
ce cadeau fiscal. Le groupe Banque Populaire – Caisse d’Épargne
en tire, de son côté, environ 100 millions d’euros par an. Mais
plutôt que d’utiliser cette manne pour créer des emplois, ces
groupes ont en grande partie favorisé la restauration de leurs
marges et le gonflement de leurs bénéfices. Un pur « effet
d’aubaine », pour la CGT.
Ironie
cruelle de l’affaire, à l’heure où les taxes sur les carburants
augmentent pour le commun des consommateurs au nom de la transition
écologique, c’est justement ces recettes issues de la fiscalité
écologique qui seront censées compenser en partie les trous
budgétaires laissés par la transformation du CICE en baisse de
cotisations. De quoi jeter encore de l’huile sur le feu.
vendredi 7 décembre 2018
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