lundi 8 décembre 2025

Reconstruire son intelligence

 

On comprend sans doute mieux la nature véritable de la désolation présente ("dans quelle sorte de monde nous vivons") en s'en remettant à ses seuls sens, plutôt qu'à des systèmes d'interprétation, tous déroutés, qui n'apportent guère que des consolations : l'illusion d'une maîtrise, au moins intellectuelle. Se tenir ainsi à la perception sensible, s'y tenir sans pour autant en rester là, est de toute façon le passage obligé pour quiconque veut reconstruire son intelligence sur le tas, sans le filtre des représentations : c'est le début, forcément individuel, de toute désincarcération, d'aller réveiller au fond de soi la sensibilité atrophiée. Que cela soit, d'abord douloureux, comme toute désintoxication, montre seulement sur quels ravages intimes repose l'apparente adaptation de tous.

René Riesel, Du progrès dans la domestication.  


1 commentaire:

steka a dit…

Que l'intellect puisse devenir chez certains une machine à écraser le sensible, voilà qui est particulièrement affligeant. Rien n'est plus important sans doute que cette complémentarité naturelle entre les sphères du sensible et celles de la recherche d'une intelligence des choses, que le courant permanent qu'il faut maintenir entre elles. On remarquera que cela va tout à fait à l'encontre de cette I.A. que l'on cherche à nous imposer, de cette dictature des algorithmes travaillant à effacer ce qui, précisément, caractérise notre humanité.