En 2024, dans son livre Sans
transition – Une nouvelle histoire de l’énergie, l’historien des
techniques et de l’environnement Jean-Baptiste Fressoz montre qu’il n’y jamais
eu de « transition énergétique » par le passé – et qu’une
décarbonation de l’économie mondiale relève du
miracle.
De fait, le mythe de « la transition énergétique »
ne résiste pas à l’analyse historique. Les sources d’énergie ne se remplacent
pas, elles s’additionnent. Le bois, le charbon, le pétrole et le gaz sont
toujours consommés en quantités record, malgré l’émergence des énergies
renouvelables. Aujourd’hui, le bois fournit deux fois plus d’énergie que le
nucléaire ou l’hydroélectricité, et l’humanité n’a jamais autant brûlé de
charbon.
Accumulations
L’histoire de l’énergie n’est pas celle d’une
succession d’âges – du bois, du charbon et du pétrole -, mais celle d’une accumulation
symbiotique. Le charbon, par exemple, n’a pas fait disparaître le bois : il en
a accru la consommation. Au XIXe siècle, les mines de charbon anglaises
utilisaient des millions de mètres cubes de bois pour étayer les galeries.
De même, le pétrole, souvent présenté comme l’énergie
du progrès, dépend de l’acier produit avec du charbon pour son extraction, son
transport et son raffinage. Même paradoxe pour le bois : le pétrole a permis de
mécaniser la sylviculture, augmentant ainsi la production de bois et, avec la
destruction de la paysannerie au profit de l’agro-industrie, a favorisé
indirectement le reboisement.
Idem, pour les huiles organiques qui, comme l’huile de baleine
ou de palme, n’ont pas disparu avec l’arrivée du pétrole. Leur
consommation a simplement changé d’usage en entrant dans la composition de lubrifiants
ou de produits pharmaceutique - le XXe siècle a même vu une augmentation de la
chasse à la baleine, grâce aux moteurs diesel plus performants.
Coexistences
Quant aux « énergies renouvelables »... En Chine, des parcs solaires et éoliens
coexistent avec des centrales à charbon. En Norvège, le plus grand parc éolien
flottant au monde alimente... des plateformes pétrolières.
En ce qui concerne le recyclage, la complexité croissante de nos gadgets - un "smartphone" utilise 50 des 87 métaux de la table périodique - le rend impossible
et renforce les interdépendances entre les matières premières.
Autoamputation
Pour l’auteur, stopper cette course
démentielle nécessiterait « une énorme autoamputation énergétique »,
c’est-à-dire de « se défaire en quatre décennies de la part de l’énergie mondiale
– plus des trois quarts – issue des fossiles ». On s’en doute, cette
amputation ne se produira pas volontairement, les États et le monde économique rechignant
à abandonner les énergies fossiles, sources importantes de leur pouvoir.
Et Fressoz de rappeler
qu’historiquement les seules chutes notables des émissions de CO² se sont
produites après des catastrophes : Première Guerre mondiale et grippe
espagnole (- 17 %), crise de 1929 (- 25%), choc pétrolier de 1979 (-
6%), crise financière de 2008 (- 1%), pandémie de Covid (- 5%). L’histoire
montre ainsi qu’une décroissance imposée par des chocs est la seule chose qui
s’est montrée efficace pour faire baisser les émissions de gaz à effet de
serre.
In summa, on
retiendra que « la transition énergétique » est le mythe rassurant
que les dominants servent à la population alors que la réalité est faite d’une destructions
sans fin des ressources incompatible avec les limites planétaires.
Pour ce second article sur le livre de Fressoz (cf. celui du 15 mai 2026 sur ce même site), nous nous sommes appuyés sur la critique
publiée le 12 octobre 2025 par le site Greenwashing Economy et le texte de Jacques
Luzi Raison et déraison de l’écologie.