jeudi 9 juillet 2020

Un point de situation

Dominique Costagliola

Glané sur le site The conversation,  cette interview de Dominique Costagliola, directrice adjointe de l’Institut Pierre-Louis d’épidémiologie et de santé publique (Sorbonne Université, Inserm). Membre de l’Académie des sciences, elle participe au conseil scientifique du consortium REACTing*. Une voix, plutôt étatique, parmi bien d'autres, pour tenter de piger ce qui nous arrive.

The Conversation : En quoi les recherches en cours ont-elles changé notre vision de l’épidémie ?
 
Dominique Costagliola : Grâce aux résultats préliminaires d’analyses de prélèvements effectués en janvier sur des cohortes de patients, on s’aperçoit que le virus circulait déjà à bas bruit en France dans certains endroits à cette époque. C’est par exemple le cas dans l’Oise, comme l’ont révélé les recherches d'Arnaud Fontanet de l'Intistut Pasteur et de ses collaborateurs. D’autres travaux sont en cours pour évaluer la présence du coronavirus encore plus tôt, dès novembre ou octobre dernier.
Le modèle qui se dessine semble être le suivant : pendant des semaines, le coronavirus aurait circulé à très bas bruit, sans que la situation ne devienne épidémique (au sens où les cas ne se sont pas mis à augmenter de façon exponentielle). Pourquoi ? Parce qu’il semblerait que les chaînes de transmission du virus sont, la plupart du temps, relativement courtes. Cependant, dans certains cas, il arrive que survienne un événement de « super-propagation », c’est-à-dire des circonstances particulières qui font qu’une chaîne de transmission va s’emballer, et devenir épidémique.

T.C. : Quelles sont les caractéristiques de ces événements de « super-propagation » ?

D.C. : Ils se produisent plutôt en intérieur, impliquent une densité de population importante, et durent généralement assez longtemps. Il peut s’agir par exemple d’une grande réunion de famille, d’une chorale, etc. L’archétype étant le rassemblement évangélique de Mulhouse, fin février… Ce type d’événement provoque une diffusion massive du virus. C’est ce qui s’est passé en mars, mais le SARS-CoV-2 était probablement là depuis janvier et peut-être même avant, évoluant à bas bruit.
C’est une autre chose que nous a apprise l’épidémie : quand on prend une décision en se basant sur les cas observés, on a plusieurs semaines de retard sur le virus, en raison de la durée d’établissement du diagnostic, du fait que les malades sont contaminants avant de présenter des symptômes, etc. On le sait maintenant, il aurait probablement été encore plus efficace de confiner dès la fin du mois de février. Mais ça n’aurait probablement pas été possible à l’époque, peu de gens auraient compris pourquoi on prenait ces mesures…
Aujourd’hui, il semble qu’on soit revenu à la situation de janvier, à ceci près qu’on a conscience de la présence du virus : on le surveille, on teste…

T.C. : Justement, alors que l’épidémie semble décliner en Europe, certains, se basant notamment sur la dynamique d’autres épidémies, craignent la survenue d’une seconde vague. Que faut-il en penser ?

D.C. : Je pense que raisonner par analogie est une mauvaise idée, car chaque virus a son « génie » propre. Personnellement, je n’en sais rien. Ce qui est sûr c’est que le virus continue à circuler, donc si on lui offre de nouvelles occasions de « super-propagation », il les saisira. En effet, si l’arrivée des beaux jours a peut-être un peu contribué à la diminution des contaminations, il ne semble pas que le recul observé soit dû à la hausse des températures. On ne peut donc pas exclure que l’épidémie reprenne.

T.C. : L’accalmie actuelle serait donc plutôt le résultat des mesures de confinement ?

D.C. : Oui, car le confinement sévère a permis de briser les chaînes de transmission. À ce titre d’ailleurs, si de nouvelles contaminations survenaient, je ne sais pas s’il faudrait parler de deuxième vague. En effet, le confinement ne fait pas partie de l’évolution « naturelle » de cette épidémie. Cette mesure, qui a consisté à enfermer tout le monde pour éviter que le virus ne se répande, a été efficace. Mais si on assistait, dans les semaines ou mois à venir, à de nouvelles contaminations, ce serait peut-être tout simplement la suite de cette même première vague, qui se poursuivrait, plutôt qu’une réelle deuxième vague.
Concernant les effets du confinement, on voit bien la différence avec la situation dans les pays qui n’ont pas pris ces mesures, alors que l’épidémie devenait hors de contrôle, comme les États-Unis par exemple. De nombreux États ont nié la réalité et n’ont pas fait ce qu’il fallait pour briser les chaînes de transmission. La circulation y est restée quasi-permanente.
La situation là-bas, qui se dégrade, illustre a posteriori que, arrivé à un certain point, il n’y a pas d’autre solution que le confinement pour contenir l’épidémie. On peut s’en passer uniquement si on arrive à ne pas se laisser déborder, parce qu’on surveille attentivement, qu’on met en place des tests très tôt, qu’on prend des mesures de quarantaine et qu’on respecte les mesures barrières (distanciation physique, lavage régulier des mains, port du masque)… Si à un moment on se laisse déborder, c’est terminé.


T.C. : Pour éviter une nouvelle flambée, il est faut donc continuer à être vigilant, en particulier dans certaines situations potentiellement « super-propagatrices » ?

D.C. : Exactement. Il faut en particulier souligner qu’il est très important de veiller à porter correctement son masque dans les transports en commun, par exemple. Trop de gens le portent sous le nez, ce qui ne sert à rien. Et le réajuster après coup n’est pas la solution, au contraire : si le masque est contaminé par le coronavirus, c’est une des meilleures façons de s’infecter !
Certaines professions ou activités, également, sont plus à risque que d’autres. On pense immédiatement aux soignants, aux personnes au contact du public (dans les supermarchés par exemple…), aux sorties en boîtes de nuit (comme l’ont récemment expérimenté nos voisins suisses).

T.C. : Mais d’autres activités à risque sont moins évidentes à identifier, comme en témoignent les clusters identifiés dans les abattoirs…

D.C. : Oui. Il est probable que dans ce cas précis les contaminations soient liées à la proximité des personnes, au fait qu’elles font des efforts physiques : elles respirent plus fort, projettent plus de gouttelettes. Le port du masque sur de longues périodes, durant de telles activités, est certainement compliqué… Les conditions d’humidité et de température ont sans doute aussi joué un rôle. Mais étant donné le nombre de facteurs impliqués, il est difficile de déterminer la proportion respective de chacun d’entre eux.
On voit bien que la situation est complexe, et pose de nombreuses questions, y compris en matière de reprise du travail. Si cesser de télétravailler implique de reprendre les transports en commun, par exemple, cela signifie qu’on ne contrôle plus le risque d’exposition auquel on est confronté. Certaines personnes n’ont pas le choix, mais d’autres peuvent décider de continuer le télétravail ou pas. La question qui se pose est de savoir si on donne aux gens les moyens de réfléchir et de déterminer eux-mêmes s’ils prennent le risque de s’exposer ou pas, ou quelles mesures ils peuvent prendre pour réduire ledit risque. En particulier s’ils sont porteurs de comorbidités, ou si des gens de leur entourage le sont.
Il est à mon avis profitable de rendre les gens acteurs de leurs propres décisions. Çe qui ne remet pas en question le fait que, quand on a pris la décision de confinement, il n’y avait pas d’autre choix : on était dans une situation dramatique, apocalyptique pour les soignants, qui mettait certains d’entre eux en danger également.

T.C. : Ne faudrait-il pas confiner les populations vulnérables et laisser l’épidémie se développer pour atteindre une immunité grégaire qui limiterait la diffusion du virus ?

D.C. : Le problème est que l’immunité collective semble très difficile à atteindre. Une étude parue très récemment dans The Lancet, menée sur un échantillon représentatif de la population espagnole, montre que la seroprévalence reste très faible chez nos voisins, bien que leur pays ait été très durement touché. Elle plafonne aux environs de 5 %, sur l’ensemble du territoire, même si on observe des variations importantes suivant les régions. Après une vague qui a fait de tels dégâts, 5 % c’est peu… Cela s’explique par la façon dont se développe l’épidémie de Covid-19.
Dans le cas d’une épidémie comme celle de la grippe, où la transmission est relativement homogène, c’est-à-dire que chacun a la même probabilité d’infecter les autres, les modèles indiquent que l’immunité collective est atteinte lorsque 60 à 70 % de la population a été infectée et a développé des anticorps neutralisants. Mais la dynamique de l’épidémie de Covid-19 est différente. Le fait que le virus puisse circuler à bas bruit, comme dans l’Oise, jusqu’à ce que survienne un événement de super-propagation indique que la plupart du temps le risque de transmission n’est pas homogène.
Il existe des exceptions, dans certaines situations très particulières comme ce fut le cas sur le porte-avions Charles de Gaulle par exemple. Les niveaux requis pour bénéficier de l’immunité grégaire y avaient été facilement atteints : en quelques semaines à peine, plus de 60 % des personnels avaient été infectés (ce qui met d’ailleurs à mal les hypothèses de protection croisée…). Mais il s’agit de conditions quasi-expérimentales, où la transmission du virus se fait de façon homogène, ce qui n’est pas le cas habituellement.
Le point positif, c’est que cette hétérogénéité de l’épidémie pourrait impliquer que le seuil à atteindre pour bénéficier de l’immunité grégaire pourrait être plus bas que prévu.

* Le consortium REACTing, est coordonné par l’Inserm, avec le soutien du ministère des Solidarités et de la Santé et du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. Multidisciplinaire, il rassemble des équipes et des laboratoires qui travaillent sur des thématiques comme la modélisation de l’épidémie, la recherche de traitement ou la prévention.

mardi 7 juillet 2020

Histoire sans paroles



Image glanée sur un tuiteur dont nous avons oublié le nom. Il se reconnaîtra.

mercredi 17 juin 2020

Les "héros" oubliés...

 
 
 
«Cette femme, c’est ma mère. 50 ans, infirmière, elle a bossé pendant 3 mois entre 12 et 14 heures par jour. A eu le covid. Aujourd’hui, elle manifestait pour qu’on revalorise son salaire, qu’on reconnaisse son travail. Elle est asthmatique. Elle avait sa blouse. Elle fait 1m55».
 
Imen Mellaz
 
Glané sur le site du percutant Moine bleu
 

lundi 15 juin 2020

Nevermore




Quels avènements confortent en vous l'idée que l'aimée vous va ? Est-ce un mot dans le courant d'une conversation ? L'atmosphère qu'elle sait créer autour de vous ? Cette façon, pour l'air, de se densifier quand elle entre dans la pièce ? Un acte ? Une façon de réagir ? Où, comme le dit Truffaut, ce moment où vous réalisez que vous agissez contre vos intérêts – preuve absolue dans une époque qui voue un culte féroce au retour sur investissement ?
Amélie avait, dans le balancement du plaisir, un sourire qui en épurait les scories. Son bonheur recouvrait notre chambre d'or tranquille. Dans le roulis, ses seins étaient comme deux barges de débarquement. Ce n'était pas rien, ce don, dans l'océan où nous nous débattions. J'ai aimé son calme, son habileté à détailler la beauté, cette attention aux souffles les plus légers. Elle écrivait un mémoire sur les hôtels particuliers de la vieille ville. Ai-je dit que nous aimions les livres ?
C'est au soir de je ne sais quel hiver. Au-dehors la neige n’a cessé de tomber depuis le matin et recouvre tout. Le pays voit ses routes et l’électricité coupées. Le monde a repris taille humaine, il se meut désormais à la seule force des pieds. Amélie est assise face à la cheminée. Son profil danse doucement. Il n’y a plus de téléphone, plus de mensonges, il n’y a plus que les collines et les arbres autour de la maison immobilisée par les flocons. Sur la table, il y a un bol empli de noix, deux livres et son paquet de cigarettes. Je suis allé chercher du bois. Demain, je n’irai pas travailler. Amélie me regarde : voilà le monde que nous désirons. Nous nous enlaçons face aux flammes. Son parfum est une poudre étoilée, sa bouche se pose sur mon cou. Le silence nous enveloppe. Tissé par l’instant, le présent redevient quelque chose de possible.
Nous sommes allé dîner au Puy après une journée à lézarder devant la maison qu'on nous a prêté près du lac du Boucher. Dans un restaurant de la vieille ville, nous mangeons deux pigeons accompagnés d'une bouteille de ce Chanturgue qu'Amélie a voulu me faire connaître. Ce vin m'étonne, Amélie m'assure que César en fait mention dans la Guerre des Gaules. J'aime la façon dont sa main entoure son verre et décortique la chair du volatile. Elle boit jusqu'à en avoir les joues roses et me donne à chaque fois l'impression de laper une source. Quand nous sortons, les lampadaires qui éclairent la ruelle sont éteints. Nous sommes un peu saouls. L’air sent le feu de bois et la pierre humide. Amélie m’embrasse et son rire s’élève pour annoncer l’An mille.

vendredi 12 juin 2020

Démasquez les scientifiques ! Videz les laboratoires !






« Il y a un scénario probable qui émerge. Le virus de chauve-souris a été collecté dans des grottes du Yunnan. Ce virus étant peu infectieux, les Chinois l’ont modifié pour l’étudier et faire au passage une publication dans Nature. Ils l’ont rendu transmissible à l’homme en trafiquant la spike- la probabilité que la séquence de la spike soit d'origine naturelle est à peu près égale à zéro- et en insérant un site furine très visible et quasi impossible à acquérir naturellement. On voit la main du correcteur et les bricolages moléculaires. Ils ont infecté des animaux pour voir. Un jour, un animal a toussé ou respiré près d’un chercheur, qui a ensuite contaminé les gens près du marché de Wuhan ».

Faisant fi de tout soupçon de complotisme, les collègues de Pièces & Main d'Oeuvre nous invitent à réfléchir un peu en examinant les pièces d'un dossier qui démontrerait la responsabilité de la Science, et de ses serviteurs aussi zélés qu'intéressés, dans l'actuelle pandémie.  

Cet exercice salutaire n'est pas aisé, tant le domaine est complexe et les implications politico-financières tortueuses. Mais enfin, en cette époque où le flou cousine avec le n'importe quoi, il n'est pas mauvais que les pékins de base que nous sommes tentent d'y voir clair par leur propres moyens. 

Au boulot ! 

P.S. : S'il nous a été difficile de trancher sur cette question - virus "augmenté" ou virus naturel - , il demeure cependant que la responsabilité de l'homme, et d'un système qui a fait du retour sur investissement et de l'exploitation/destruction de la nature son corollaire, est totale dans l'apparition de ce virus. A la lecture du dossier de Pièces & Main d'Oeuvre il nous est bien évidemment apparu que notre lecture de cette sinistre pantomime devait être d'abord et surtout politique.


vendredi 5 juin 2020

L'art de croire





Je fus longtemps impressionné par les gens ayant l'art de croire à leur réalité. D'où vient qu'on puisse faire de ce rien qu'est notre présence sur terre un monument ?

Georges Perros


mercredi 20 mai 2020

17 juin - Agir contre la réintoxication du monde


Nous avons aperçu pour la première fois dans nos existences ce qui serait encore possible si la machine infernale s’arrêtait enfin, in extremis. Nous devons maintenant agir concrètement pour qu'elle ne se relance pas. 
 
Certes, nous ne reviendrons pas sur les espèces disparues, les millions d'hectares de terres ravagées, de forêts détruites, sur les océans de plastique et sur le réchauffement planétaire. Mais de manière inédite dans le capitalocène, les gaz à effet de serre ont diminué partout ou à peu près. Des pans de mers, de terres ont commencé doucement à se désintoxiquer, tout comme l'air des villes suffoquées de pollution. Les oiseaux sont revenus chanter. 

Alors, pour qui se soucie des formes de vie qui peuplent cette planète plutôt que d'achever de la rendre inhabitable, la pandémie mondiale dans laquelle nous sommes plongé.es, en dépit de tous les drames qu'elle charrie, pourrait aussi représenter un espoir historique. Nous avons paradoxalement vu se dessiner le tournant que l’humanité aurait dû prendre depuis bien longtemps : faire chuter drastiquement la nocivité globale de ses activités. Ce tournant, même les incendies de territoires immenses, les sécheresses consécutives ou les déflagrations à la Lubrizol des mois derniers n’avaient pas réussi à nous le faire prendre.

Cependant, ce tournant que nous désirions tant, nous n'avons généralement pas pu l'éprouver dans nos chairs parce que nous étions enfermé.es. Car mis à part dans certains territoires ruraux et espaces urbains solidaires où existent déjà un autre rapport au collectif, à la production ou au soin du vivant, le confinement a été pour la majorité de la population le début d'un cauchemar. Une période qui renforce encore brutalement les inégalités sociales, sous pression policière. Et le drame absolu c’est que, malgré tout ce que la situation a de bouleversant, nos gouvernants n'en étaient pas moins déterminés à relancer dès que possible tout ce qui empoisonne ce monde et nos vies - tout en nous maintenant par ailleurs isolé.es et contrôlé.es dans des cellules numériques, coupé.es de ce qui fait le sel et la matérialité de l'existence.

Rien ne les fera bifurquer, si on ne les y contraint pas maintenant

Au cours des deux derniers mois, les exposés et tribunes se sont accumulés sur nos écrans à une rapidité inversement proportionnelle à notre capacité à se projeter sur des actions concrètes. Les analyses nécessaires ont été faites sur le lien entre cette épidémie et les flux économiques mondialisés et leurs dizaines de milliers d'avions, la déforestation et l'artificialisation des milieux naturels qui réduisent les habitats des animaux sauvages ou encore l’élevage intensif. Tout a été dit sur la dimension annonciatrice de la pandémie, sur la suite de confinements et de désastres à venir si nous n’en tirons pas les leçons. D'autant que la marche courante de l'économie et des productions sur lesquelles reposent notre mode de vie, va continuer à tuer dans les décennies à venir bien davantage et plus durablement que le covid-19 (2). 

Mais pour l’État et pour les lobbys agro-industriels, aéronautiques, chimiques ou nucléaires qui guident ses politiques, les conséquences à tirer de la crise sanitaire sont visiblement toutes autres. Ils en ont tout simplement profité pour faire sauter quelques lois environnementales et déverser des pesticides encore plus près des maisons, pour relancer la construction d’avions ou l’extraction minière en Guyane… Il est donc maintenant avéré qu’aucune crise, aussi grave soit-elle, ne les fera dévier du nihilisme absolu de leur obsession économique. Nous avons eu deux longs mois pour nous en rendre compte. A nous maintenant d’agir et d’y mettre fin.

Le gouvernement parle du mois de juin comme d’une "nouvelle marche" dans un déconfinement qui n'est pour lui qu'une remise en marche de l'économie et de la destruction du vivant. La seule "marche" sensée c’est au contraire d’agir concrètement pour l’arrêt des secteurs de productions les plus empoisonnants. Nous appelons donc à une première série de mobilisations simultanées le mercredi 17 juin.

Comment agir ? 
 
Le déconfinement en cours doit être un élan historique de reprise en main sur nos territoires, sur ce qui est construit et produit sur notre planète. Il doit permettre de dessiner ce qui est désirable pour nos existences et ce dont nous avons réellement besoin. C'est une question de survie, davantage que toutes les mesures et tous les nouveaux types de confinements que l'on nous fera accepter à l’avenir. Cela signifie construire de nouvelles manières d'habiter le monde, chacun de nos territoires, mais aussi accepter de rentrer en conflit direct avec ce qui les empoisonne. Il y a des industries qui ne se sont pas arrêtées pendant le confinement et qui doivent aujourd’hui cesser. Il y en a d’autres qui ont été interrompues et dont l'activité ne doit pas reprendre. Cela ne pourra se faire sans constituer chemin faisant des liens avec les travailleurs qui en dépendent économiquement. 

L’urgence sociale c’est de penser avec elles et eux les mutations possibles des activités et les réappropriations nécessaires des lieux de travail. C'est aussi de contribuer à maintenir un rapport de force permettant de garantir les revenus pendant les périodes de transition et les besoins fondamentaux de ceux dont la crise aggrave encore la précarité. Nous n'atteindrons pas immédiatement toutes les productions qui devraient l'être. Mais il faut commencer, en stopper un certain nombre aujourd'hui pour continuer avec d'autres demain.

Nous appelons en ce sens, les habitant.e.s des villes et campagnes à déterminer localement les secteurs qui leur semblent le plus évidemment toxiques - cimenteries, usines de pesticides ou productions de gaz et grenades de la police, industrie aéronautique, publicitaire ou construction de plates-formes amazon sur des terres arables, unité d'élevage intensif ou installations de nouvelles antennes 5G, clusters développant la numérisation de l’existence et un monde sans contact avec le vivant, destructions de forêts et prairies en cours... 

Nous invitons chacun.e localement à dresser de premières cartographies de ce qui ne doit pas redémarrer, de ce qui doit immédiatement cesser autour d'eux, en s'appuyant sur les cartes et luttes existantes (1). Puis nous appelons le 17 juin à une première série d'actions, blocages, rassemblements... occupations...Viser sérieusement à se défaire de certains pans du monde marchand, c’est aussi se doter des formes d’autonomies à même de répondre aux besoins fondamentaux de celles et ceux que la crise sanitaire et sociale plonge dans une situation de précarité aggravée. Nous appelons donc aussi le 17 juin, dans la dynamique des campagnes covid-entraide et « bas les masques », à des occupations de terres en villes ou dans les zones péri-urbaines pour des projets de cultures vivrières, ainsi qu’à de réquisitions de lieux pour des centres de soins et redistributions.

Nous devons trouver des formes de mobilisations adéquates à la situation. Nous traversons une période où chacune d’entre elle peut avoir une portée décuplée. On peut initier beaucoup à peu (3) mais on doit aussi se donner les moyens d'être nombreux-ses. Nous nous appuierons sur la ténacité des zads, la fougue des gilets jaunes, l'inclusivité et l'inventivité des grèves et occupations climatiques d'une jeunesse qui n'en peut plus de grandir dans un monde condamné. Nous agirons en occupant l'espace adéquat entre chaque personne et pourquoi pas masqués.es quand cela s'avère nécessaire pour se protéger les un.es les autres, mais nous agirons !

Si vous souhaitez le signer aussi, nous envoyer un appel à mobilisation locale ou un texte d’analyse complémentaire, vous pouvez écrire à 17juin@riseup.net. Ils seront mis à jour et apparaîtront entre autres sur le site https://17juin.noblogs.org/ et la page facebook https://www.facebook.com/Agir17juin. Merci pour tout relais !


(1) On peut aller chercher pas mal d'infos dans la carte superlocalhttps://superlocal.team/

(2) Multiplication des cancers dus aux pesticides et aux substances toxiques, surpoids, diabète et hypertension tous trois liés à l’alimentation industrialisée (qui touche un tiers de l’humanité et se trouve être aussi la principale co-morbidité des malades atteints du covid-19), morts prématurés de la pollution atmosphérique, résistance bactérienne liée à la surconsommation d’antibiotiques, et à une échelle autre qu’humaine, effondrement de la biodiversité, sixième extinction de masse, un milliard d’animaux tués dans les incendies australiens sans fin l’été dernier.

(3) Voir par exemple le lien vidéo sur l’occupation d’une cimenterie Lafarge par « partagez c’est sympa » peu de temps le début du confinement : https://blogs.mediapart.fr/partager-cest-sympa/blog/110320/fin-de-chantier-lafarge-est-bloque et d'autres



samedi 9 mai 2020

Paradoxes de base



Les hommes d'aujourd'hui semblent ressentir plus vivement que jamais le paradoxe de leur condition. Ils se reconnaissent pour la fin suprême à laquelle doit se subordonner toute action : mais les exigences de l'action les acculent à se traiter les uns les autres comme des instruments ou des obstacles : des moyens. Chacun d'entre eux a sur les lèvres le goût incomparable de sa propre vie, et cependant chacun se sent plus insignifiant qu'un insecte au sein de l'immense collectivité dont les limites se confondent avec celles de la terre ; à aucune époque peut-être ils n'ont manifesté avec plus d'éclat leur grandeur, à aucune époque cette grandeur n'a été si atrocement bafouée. Malgré tant de mensonges têtus, à chaque instant, en toute occasion, la vérité se fait jour : la vérité de la vie et de la mort, de ma solitude et de ma liaison au monde, de ma liberté et de ma servitude, de l'insignifiance et de la souveraine importance de chaque homme et de tous les hommes. Puisque nous ne réussissons pas à la fuir, essayons donc de regarder en face la vérité. Essayons d'assumer notre fondamentale ambiguïté. C'est dans la reconnaissance des conditions authentiques de notre vie qu'il nous faut puiser la force de vivre et des raisons d'agir.

Simone de Beauvoir, Pour une morale de l'ambiguïté