mercredi 4 février 2026

Tous contre tous

 


Glané sur le site de RFI et sur celui du WashingtonPost, un bel exemple, hélas devenu classique, de l’usage que peut faire un pouvoir de certaines classes désoeuvrées ou désireuses de soulager l’angoisse de leur propre paupérisation par la violence sur encore plus faible que soit. Prolétariat, sous prolétariat, lumpen prolétariat… 

Si les étiquettes plus ou moins marxiennes semblent incomplètes pour comprendre cette guerre de tous contre tous, on pourra penser ces derniers évènements à l'aune de ce que les historiens Christian Ingrao et Yohann Chapoutot disent des prodromes du nazisme, ce moment complexe où "un grand projet libère et permet, chez les acteurs politiques, un soudain et immense désangoissement ".

Ainsi, avec des milliers de vies brisées ou placées sous le régime de la peur, deux morts survenues à Minneapolis en janvier — Alex Pretti, tué alors qu’il filmait une intervention policière, et Renee Good, abattue au volant par un agent — sont à ajouter au compte des agissements de l’ICE, une agence qui a vu son budget exploser, passant de 10 à 85 milliards de dollars sur quatre ans, et qui a engagé une campagne de recrutement massive qui lui a permis de doubler ses effectifs en peu de temps.

Ce recrutement précipité, aux critères abaissés, attire des profils parfois peu qualifiés ou attirés par la violence : l’agence propose de fortes primes (pour rembourser ses crédits), supprime les limites d’âge et réduit drastiquement la formation des agents, passée de cinq mois à 42 jours

Selon un document révélé par le Washington Post, l’institution mène une stratégie de « recrutement en temps de guerre » largement relayée sur les réseaux sociaux, avec des appels à accomplir son « devoir sacré » et à « défendre la patrie » en repoussant les « envahisseurs étrangers ». Des clips inspirés de jeux vidéo de tir à la première personne (…) ont été aussi publiés, comme des publicités qui présentent les migrants comme des Pokémons à attraper.

Afin de recruter plus de 10 000 personnes, l’ICE a également utilisé une technique publicitaire appelée le « géorepérage » pour diffuser des publicités sur les navigateurs web et les réseaux sociaux des portables de personnes situées à proximité de bases militaires, de courses Nascar, de campus universitaires ou de salons professionnels d’armes à feu.

Sont également utilisées des publicités diffusées auprès de personnes intéressées par « les affaires militaires et les anciens combattants », « l’entraînement physique » ou « l’actualité et la politique conservatrices », et ciblant des individus dont le mode de vie est « patriotique » ou « à tendance conservatrice » mais aussi des auditeurs « d’émissions de radio conservatrices, de musique country et de podcasts liés au patriotisme, aux intérêts masculins et aux faits divers, ainsi que des comptes s’intéressant aux leaders d’opinion conservateurs, aux organisations de défense des droits des armes à feu et aux marques d’équipement tactique ».


2 commentaires:

steka a dit…

En fait et pas seulement avec ICE mais avec l'ensemble des forces de répression dans le monde entier, on peut constater que c'est en grande part dans ce qu'anciennement on nommait la pègre que sont recrutés ces gens.

C'est à dire chez des profils qui, pour des raisons diverses, ont perdu toute forme de conscience sociale et sont mus par un ressentiment aveugle qui se cherche des cibles.
Chalamov, à l'époque du totalitarisme stalinien, a très bien décrit le phénomène et l'on peut constater que toutes les tendances totalitaires fonctionnent plus ou moins sur le même mode

Ce n'est que dans ces milieux que l'État, censé fictivement représenter l'Ordre, ainsi que le capitalisme, peuvent trouver leurs soutiens. Ce qui en dit long sur leur nature réelle.

Le Promeneur a dit…

Varlam Chalamov, oui, vous avez raison de le mentionner, cher Steka, a bien décrit l'usage que le pouvoir totalitaire fait de la pègre. Nous conseillons, ici, la lecture de ses Souvenirs de la Kolyma.