mercredi 20 novembre 2019

La mort pour tous et toutes


"De France Télécom à Lubrizol, en passant par l’AP-HP, l’éducation nationale, la SNCF, La Poste, Lidl, et finalement Anas, étudiant lyonnais, le capitalisme tue. En direct ou en différé. Le plus souvent en différé, parfait moyen d’effacer les traces. Ce qui fut jadis une obscure directive européenne ouvrant les services publics à la concurrence deviendra dix ans plus tard un carnage à France Télécom. Mais qui pour rétablir le lien des causes et des effets ? Qui, dans quinze ou vingt ans pour rapporter un supplément « inexplicable » de cancers rouennais à l’explosion d’une bombe chimique en pleine ville ? En réalité qui pour seulement se souvenir et en parler ? Et qui pour mettre en relation le destin d’un étudiant poussé à bout de désespoir avec les Grandes Orientations de Politique Economique ?

Ici l’imbécile régulier objecte que c’est tout mélanger. Lubrizol, France Télécom : privé ; AP-HP, éducation nationale, Crous : public, enfin ! Mais il y a belle lurette que plus rien ne rentre dans la tête de l’imbécile régulier. Comment alors pourrait-il y entrer que le propre du néolibéralisme c’est de mettre le public sous condition du privé, d’organiser l’arraisonnement privé du public ? D’un côté la surveillance des déficits et des dettes par le duo Commission européenne / marchés de capitaux, de l’autre la baisse forcenée des recettes fiscales pour faire ruisseler les riches (mais de plaisir seulement) : l’ajustement se fera nécessairement par la colonne « dépenses ». 

Ainsi l’on massacre les services publics au nom des Traités européens, des investisseurs non-résidents, et des fortunes résidentes. Quand, après tout de même 20 milliards de CICE et 3 milliards d’ISF, les cinglés de Bercy s’opposent à ce que Macron lâche le moindre fifrelin aux « gilets jaunes » en décembre 2018, c’est pour la ligne budgétaire (sous surveillance de la Commission et des marchés). Quand, ayant lâché malgré tout, Macron fait rattraper le supplément de dépense par un supplément d’économie à charge de la Sécu !…, c’est pour la ligne budgétaire (sous surveillance de la Commission et des marchés). Les médecins et les personnels soignants, et puis les enseignants, les facteurs, les forestiers de l’ONF, les pompiers, et jusqu’aux usagers, comprennent donc maintenant que toute protestation contre la paupérisation des services publics finira par un supplément de paupérisation des services publics".

Heureusement, l'IGPN a été saisie...


jeudi 7 novembre 2019

"Le film le plus anticapitaliste jamais produit depuis des années"



Celles et ceux qui seront allés voir Joker, le film de Todd Phillips, auront sans doute remarqué l'étonnant parallèle de cette oeuvre avec l'air du temps

Loin de la paille à foin des productions Marvel, ce sombre brûlot étonne par sa radicalité (il était amusant de constater le désarroi de jeunes spectateurs, venus voir ici l'étalage habituel de super pouvoirs, face à un film que ne renierait pas un Ken Loach). 

Ainsi, "Kill the richs" n'est pas l'un des moindres slogans que l'on trouve écrits sur les murs de cette ville ravagée par un capitalisme qui sabre tout et tous, crédits publics comme hommes de la rue, créant par son mépris des pauvres et son avidité nihiliste le malheur, la catastrophe et une immense colère. 

On comprends mieux, comme l'explique Guillaume Basquin dans son article consacré au film, les réactions outrées (apeurées ?) de nos médiatiques de garde : 

"Du côté de France Culture (dans l’émission "Signes des temps"), on demandait : « Qui est Joker ? Un “Involuntary Celibate” misogyne qui fantasme sur des femmes racisées ? Un pauvre, habitant d’un quartier pauvre, et qui va se révolter contre les riches ? » Depuis quand une femme noire est une femme « racisée » ? Descendu à ce niveau-là, la très belle possibilité d’amour pour notre Joker (qui a beaucoup plus à voir avec un clown – forcément triste – qu’avec le personnage éponyme de la série Batman) devient du caviar (de l’infini, comme disait Céline) donné à des caniches (une certaine « critique »)… L’émission grand public « Le Masque et la Plume », sur France Inter, a réussi à descendre encore plus bas : « Il n’y a pas de scénario, c’est le nihilisme pour les imbéciles. » Que le « film le plus anticapitaliste jamais produit depuis des années » (Jacques Mandelbaum dans Le Monde, qui a bien rehaussé le débat, merci à lui) puisse être traité de « nihilisme pour les imbéciles » ne laisse pas d’étonner…

Les Gilets jaunes – car il s’agit bien de cela, dans la dernière et très inquiétante scène du film où tout Times Square est mis à sac par des gens révoltés et masqués (d’un masque de clown, il faut le souligner) – feraient-ils peur à ce point à nos « élites » de Sciences Po ? Pour les disqualifier, on fait dévier le vrai débat, les qualifiant ici d’« antisémites », là de « misogynes ». Ah bon ? mais où ont-ils vu cela ? Le Joker du film est un être totalement innocent dans un monde complètement coupable, comme tous les héros hitchcockiens".

L'Amérique pourrait-elle encore nous surprendre ?