vendredi 22 décembre 2017
mercredi 20 décembre 2017
Une ouverture sans réserve
La raison ne peut résister que dans le désespoir et l'excès ; il faut de l'absurde pour ne pas être victime de la folie collective. [...] l'aptitude à l'angoisse et l'aptitude au bonheur sont la même chose : une ouverture sans réserve, jusqu'au sacrifice de soi, à l'expérience où celui qui succombe se retrouve.
Theodor W. Adorno, Minima moralia
mardi 19 décembre 2017
mercredi 13 décembre 2017
L'effort pour rendre l'autre bête
En janvier 2015,
dans le revue du MAUSS, Marilia Amorim, professeur à Paris VIII,
publiait L'effort pour rendre l'autre bête. Elle y elle faisait
l’hypothèse que certaines formes d’intelligence actuelles, très
répandues, sont analysables comme des efforts, souvent couronnés de
succès, pour rendre l’autre bête.
Elle mettait
ainsi en rapport les formes de savoirs et de discours bien connues
telles que Logos (l’intelligence démonstrative), Mythos
(l’intelligence narrative) et Mètis (l’intelligence rusée) et
la façon dont elles jouent sur l’appareil formel de l’énonciation,
la structure ternaire « je, tu et il », au cœur des
processus de subjectivation et de socialisation.
Son propos
l'amenait à montrer qu’une certaine forme actuelle de Mètis
(souvent mise en œuvre dans les industries culturelles actuelles)
permet non pas de donner la parole à un interlocuteur (comme
tout bon espace démocratique est supposé le permettre), mais
littéralement de la lui prendre et de parler ainsi à sa
place.
On trouvera
l'intégralité de son intervention là.
Marilia Amorim
est aussi l'auteur de :
. Raconter,
démontrer, …survivre. Formes de savoir et de discours dans la
culture contemporaine ;
. Petit
traité de la bêtise contemporaine, qui
traite de la bêtise non pas individuelle, mais induite socialement.
Le tout est publié chez Erès.
jeudi 7 décembre 2017
jeudi 30 novembre 2017
Nihilisme et capitalisme
Accoudé au Comptoir, on écoutera Alfredo Gomez-Muller, l'auteur de Nihilisme et capitalisme, nous causer du nihilisme, rejeton certifié du capitalisme.
Pour la bonne bouche, on lira, ci-dessous, quelques extraits de son propos. Quant à l'intégralité de l'entretien, on la trouvera ici.
*
Nietzsche resignifie le mot
“nihilisme”, qui existait déjà avec une tout autre
signification, pour en faire un concept qui confère une première
forme intelligible à ce phénomène du vide de sens ou – dans
le langage des philosophies de l’existence du XXe
siècle – de l’absurdité de l’existence. Il ne
s’agit pas d’une expérience purement “individuelle” ou
subjective car la subjectivité se constitue dans l’intersubjectivité
et se construit socialement, dans les interactions quotidiennes des
uns avec les autres au sein d’une certaine société et d’une
certaine culture. Le nihilisme est produit socialement et
“culturellement” au sein des sociétés européennes les plus
industrialisées (Nietzsche parle de « nihilisme
européen ») ainsi que des États-Unis, une société qui
reproduit en Amérique l’essentiel du modèle économique et social
instauré par le capitalisme industriel en Europe. Le nihilisme est
la vision du monde inhérente au capitalisme, qui enferme la vie
humaine dans un monde de finalités sans fin, de finalités
dépourvues de sens.
*
Dans ce monde toute chose est saisie
comme susceptible d’une appropriation privée et accumulative
permettant d’accroître l’influence et le pouvoir sur les
autres ; le monde est par là même le lieu de la lutte de tous
contre tous. Le monde en tant que tel est assigné à la
signification unique de l’appropriable au service du
pouvoir sur les autres, c’est-à-dire de la domination. Le
monde n’a pas de sens, il possède exclusivement la signification
de l’appropriable au service de la domination. Au
XVIIe siècle, au moment de la première expansion du
capitalisme, Hobbes avait déjà posé l’avoir et le
pouvoir comme finalités ultimes de la vie humaine, et
affirmé que ces deux finalités font système. Le nihilisme
capitaliste produit et est à la fois produit par une forme de
subjectivité individualiste et possessive (« l’individualisme
possessif » étudié par C.B. Macpherson), qui a perdu la
capacité de créer du sens et des valeurs. L’eau, la terre et déjà
l’air que nous respirons deviennent ressources pour
l’accroissement du Capital, tout comme les êtres humains qui
deviennent "ressource" et marchandise. Le nihilisme n’est pas un état de la culture, car
le propre de la culture est sa capacité à recréer sans cesse du
sens et des valeurs qui disent l’exigence éthique de la
solidarité. Le nihilisme capitaliste est plutôt un état de
l’anti-culture.
*
La modernité capitaliste, et non
pas “la” modernité en général, tend à chasser de
l’espace public et de la conscience des personnes tout
questionnement sur le “pourquoi”, à tel point que le sens de la
question elle-même tend à disparaître dans un monde d’individus
affairés et soucieux des meilleurs moyens permettant de maximiser
profits et performances. Reste cependant, en dehors du problème de
l’invasion de la rationalité instrumentale, la question de la
configuration proprement capitaliste de la technique. La technique
moderne est très largement configurée par l’intérêt capitaliste
de maximisation du rendement et du profit privé, et, plus
précisément, par le fait que cet intérêt prime sur l’intérêt
général de la société. La technique industrielle configurée par
le capitalisme a pu fabriquer des machines et des formes
d’organisation du travail qui sont peu respectueuses de la nature
et de l’intégrité des humains qui sont, par exemple, asservis à
des rythmes imposés par la machine, c’est-à-dire par les agents
techniques de l’intérêt capitaliste. L’organisation technique
capitaliste du travail pousse à l’extrême la division du travail,
produisant ainsi des tâches confinées et répétitives dont le sens
échappe au travailleur. Déjà observé par Castoriadis dans les années 1960, ce phénomène s’étend et prend aujourd’hui
la forme des bullshit jobs ou des “jobs à la con”.
L’absence de sens dans la société est aussi la généralisation
du non sens dans le travail.
Der Mann ohne Eigenschaften
Robert Musil
Ce livre étincelant, qui maintient de la façon la plus exquise le difficile équilibre entre l'essai et la comédie épique, n'est plus, Dieu soit loué, un "roman" au sens habituel du terme : il ne l'est plus parce que, comme l'a dit Goethe « tout ce qui est parfait dans son genre transcende ce genre pour devenir quelque chose d'autre, d'incomparable ». Son ironie, son intelligence, sa spiritualité relèvent du domaine le plus religieux, le plus enfantin, celui de la poésie.
Thomas Mann, 1932,
à propos de L'Homme sans qualités
mercredi 15 novembre 2017
Contre la réforme du travail
Dans la Plèbe Hâte, déjà va, l'ami Wrob, avec quelques camarades, s'est fendu d'un tract concernant la réforme du travail. Il y rappelle, entre autre chose, que les raisons de se mobiliser contre cette réforme ne manquent pas :
- les ordonnances vont faciliter les licenciements et dégrader les conditions de travail ;
- baisse des APL jusqu’à 60 euros par mois ;
- état d’urgence inscrit dans le droit commun qui met gravement en danger nos droits, nos libertés ;
- 150 000 contrats aidés supprimés ;
- retour au service militaire.
- baisse des APL jusqu’à 60 euros par mois ;
- état d’urgence inscrit dans le droit commun qui met gravement en danger nos droits, nos libertés ;
- 150 000 contrats aidés supprimés ;
- retour au service militaire.
On lira avec profit ce tract là. A diffuser comme on peut et tant qu'on veut.
vendredi 10 novembre 2017
Bei freunden sein
Frei sein (être libre) signifie
originellement bei freunden sein (être auprès d'amis). Freiheit
(liberté) et Freund (ami) ont la même racine. Fondamentalement, la
liberté est relation. On ne se sent véritablement libre que dans
une relation réussie, dans le bonheur d'être ensemble avec
d'autres.
Byung-Chul Han, Psychopolitique, Le
néolibéralisme et les nouvelles techniques de pouvoir
Communauté
C'est seulement dans la communauté avec d'autres que chaque individu a les moyens de développer ses facultés dans toutes les directions. C'est donc seulement dans la communauté que la liberté personnelle est possible.
Karl Marx, Friedrich Engels, L'idéologie allemande
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