lundi 18 septembre 2023
mardi 12 septembre 2023
Comme des trains dans la nuit
Allez, un bel anniversaire que celui que nous souhaitons à Jacqueline Bisset, en souvenir des premiers émois ressentis lors d'une nuit très américaine.
jeudi 7 septembre 2023
L'homme sans monde
"Étaient et sont des « hommes sans monde » ceux qui sont contraints de vivre à l’intérieur d’un monde qui n’est pas le leur, d’un monde qui, bien qu’ils le produisent et le maintiennent en marche par leur travail quotidien, n’est pas « construit pour eux », n’est pas là pour eux, un monde pour lequel ils sont pensés, utilisés et « là » mais dont les standards, les objectifs, la langue et le goût ne sont pas les leurs, ne leur ont pas été donnés."
Günther Anders
On trouvera la suite de ces pénétrantes observations sur l'excellent site des Amis de Bartleby.
vendredi 21 juillet 2023
Dans le fleuve du temps
Comme passent une époque et sa chance, la mémoire cherche à renouer le fil du temps pour sortir du labyrinthe de trouble et de griefs dont le suspens d’une révolution inachevée prolonge indéfiniment les détours.
Discours préliminaire de l’Encyclopédie des Nuisances, novembre 1984.
lundi 17 juillet 2023
lundi 10 juillet 2023
Au dessus du volcan
Grotte de Pech Merle
Le constat est désormais banal : la société–monde s’abîme dans ses crises. Jamais dans l’histoire une société n’avait imaginé prévoir si précisément l’agenda de son effondrement. Que ce soit l’ampleur du réchauffement climatique, l’épuisement des ressources naturelles, l’empoisonnement généralisé de la planète ou la certitude de futurs Fukushima, chaque mois amène son lot de détails sur les contours et le timing de l’inéluctable. On y avait accoutumé les populations. Les États et leurs supplétifs verts se faisaient rassurants. Ils en faisaient leur affaire : il y aurait encore de beaux jours, moyennant une désagréable mais inévitable période d’adaptation. Des «décroissants» s’en remettaient à l’Etat pour imposer les restrictions et la rééducation utiles au retour de la joie de vivre.
Tout ceci a volé en éclats en moins d’une décennie. Ce qui n’avait pas été calculé c’est la vitesse d’expansion du chaos géopolitique lié à la guerre mondiale pour le contrôle des ressources naturelles (pétrole, uranium, terres rares, terres agricoles, eau), la somalisation qui court maintenant d’Afrique en Afghanistan, et surtout l’ampleur et la rapidité, que la crise financière de 2008 a seulement fait entrevoir, de la désintégration sociale précipitée par la mondialisation de l’économie. Ce ne seraient toutefois là qu’inconvénients mineurs pour un système qui entend gérer ce chaos sans autre ambition que d’y préserver ses intérêts les plus immédiats, si ne se développait en même temps, à l’échelle de la planète, la conscience qu’il n’y aura plus de lendemains qui chantent, que l’activité irrésistible du complexe économico-industriel ne fera qu’approfondir le désastre ; et qu’il n’y a rien à attendre d’Etats, excroissances cancéreuses où se mêlent à différentes doses les castes technocratiques parasitaires, corrompues ou mafieuses, qui affichent froidement leur refus de faire mine d’infléchir cette course à la destruction de tout et sont visiblement réduits à leur fonction première : l’exercice du monopole de la violence.
Il n’est plus temps de voir là les théorisations extravagantes d’apocalyptiques éco-catastrophistes, d’irrécupérables extrémistes anti-autoritaires ou d’intellectuels réactionnaires reclus dans leur tour d’ivoire. Toutes ces questions sont désormais sur la place publique ; le constat devient universel, s’insinue irrémédiablement dans toutes les couches de la société totale déliquescente. On ne l’en évacuera pas. C’est bien ce qui nourrit l’inquiétude de tous les États, et non la catastrophe rampante.
La domination, qui touche à la pureté de son concept dans la convergence fusionnelle de l’Etat, de l’économie et des médias, fait donner son artillerie lourde, martèle qu’il n’y a plus d’alternative, que les dés sont jetés, qu’il faut s’adapter ou périr, qu’il ne s’agit désormais que de gérer la catastrophe, et que ceux dont l’emploi est de la provoquer et de l’entretenir sont les mieux qualifiés pour cette tâche. Comme l’assassin qui se flatterait d’être seul habilité à conduire l’autopsie de sa victime. Et c’est rien moins qu’une métaphore dans le cas, ici, de Rémi Fraisse tué à 21 ans par un gendarme mobile, assuré du maintien de son emploi par un gouvernement socialiste qui célèbre ainsi un siècle de trahisons, ailleurs de 43 étudiants mexicains livrés par la police aux tortionnaires des cartels de la drogue ou encore des journalistes indépendants de la Russie de Poutine (chacun pourra poursuivre l’énumération ad libitum). Les personnels politiques doutent de leur pérennité, ils savent qu’ils règnent sur un volcan (dans cette Chine qui fait l’admiration universelle des tenants du maintien de l’ordre, le budget de la sécurité intérieure est supérieur au budget militaire) et qu’il faut absolument museler, rendre invisible ou silencieuse toute opposition un peu sérieuse à l’ordre établi, c’est à dire qui viendrait à prendre au mot la fiction de sa nécessité.
Que ces victimes soient essentiellement des jeunes n’étonne que ceux qui ne l’ont jamais été. Cette jeunesse qu’on disait si intégrée à l’ordre marchand et à sa survie dématérialisée, dressée à se vendre au plus offrant, à se détacher de toute solidarité, à se reconnaître dans la monade solitaire de l’utopie capitaliste, commence à comprendre dialectiquement qu’elle n’aura pas sa place au festin de l’abondance factice, qu’il n’y aura plus vraiment de festin et qu’il était de surcroît immangeable — ce qu’une part demeurée irréductible de la jeunesse a toujours su et proclamé. Elle accède à la visibilité (plus tard en France que dans les pays méditerranéens voisins) avec une vigueur qui lui vaut d’être disqualifiée pour sa « violence », au demeurant légitimement défensive et très largement symbolique. Dans quels rangs imaginerait-on la faire rentrer ?
Celles des luttes dites « anti-industrielles » dirigées contre les projets trop manifestement absurdes d’éradication de ce que n’avait pas encore ravagé le rouleau compresseur de l’artificialisation de la vie et des faux besoins (des zones naturelles restées en partie pré- industrielles), parce qu’elles expriment un sentiment partagé de perte irrémédiable agrègent d’autant plus vite une myriade d’opposants. Si les naïvetés non violentes et participatives des opposants de départ prêtent à sourire, on conviendra qu’elles sont vite balayées par le mépris des décideurs et la violence des pouvoirs. On laissera aux versaillais qui éructent ces jours-ci leurs appels à la répression la condescendance des assis devant les bigarrures, les cagoules et les hésitations de cette jeunesse. Les faits sont là : certes encore très minoritaire elle a déjà fait sécession avec la société. Qu’elle le subisse ou le choisisse, elle n’y a aucun avenir, elle n’en veut pas et elle n’a rien à perdre ; sauf éventuellement la vie, on vient de le lui rappeler. Ce qui va de soi pour elle, le refus de l’Etat, du primat de l’économie sur la vie, de l’artificialité technologique sur l’intensité des rapports humains, la détestation de toute hiérarchie fut-elle militante, le refus du vedettariat, la solidarité concrète entre tous les opposants quelles que soient leurs pratiques, rien de cela ne peut tromper : il s’agit de la naissance d’une conception de la vie radicalement hostile à celle qu’impose la domination.
Quand s’affrontent deux conceptions de la vie si antagoniques s’affirme aussi l’inéluctabilité du conflit central des temps à venir : celui qui va opposer les fanatiques de l’apocalypse programmée à ceux qui ne se résignent pas à l’idée que l’histoire humaine puisse finir dans leur fosse à lisier.
Jacques Philipponneau et René Riesel
vendredi 30 juin 2023
Jamais surpris, toujours déçus
mercredi 7 juin 2023
L'Histoire en marche
Le maire de Carnac, Olivier Lepick, également président de l’association Paysages de Mégalithes, a délivré un permis de construire pour l’installation d’un magasin Mr Bricolage au sud de la Z.A. de Montauban (Carnac), détruisant ainsi une quarantaine de menhirs.
Le site du chemin de Montauban comprenait deux files de petites stèles en granite se déployant sur une cinquantaine de mètres de long. L’une était exactement dans sa place d’origine depuis 7000 ans. Ces petits alignements de menhirs accompagnaient, semble-t-il, deux tombeaux néolithiques encore inexplorés. Ces menhirs constituaient l’un des ensembles de stèles les plus anciens de la commune de Carnac : 5480-5320 avant J.-C., soit la datation la plus haute obtenue pour un menhir dans l’ouest de la France.
Ce site illustrait ainsi la structuration du territoire dès le Néolithique, une période aujourd’hui considérée par les chercheurs comme l’aube de l’Histoire, 4500 avant les Gaulois et l’Empire Romain.
Afin de documenter plus précisément cette destruction, ainsi que d'autres projet de nettoyage par le vide de ce pays là, vous trouverez ici de quoi vous renseigner.
jeudi 1 juin 2023
Tolerme : l'eau kidnappée
Cette année encore, alors que la sécheresse va rythmer l'été, un projet touristique aberrant va voir le jour sur les rives du lac du Tolerme, une retenue d'eau de 38 ha située dans le Ségala, un des plus beaux pays du Lot. L'entreprise Sandaya, franchise gérant des campings de luxe1 prévoit la privatisation d'un espace naturel de 16,8 ha sur la rive nord du lac.
Si l'accès public aux rives est maintenu – jusqu'à quand ? - la surface naturelle privatisée par Sandaya sera artificialisée avec l'habituelle panoplie consumériste des bases de loisirs : restaurants et bars, espace aquatique, commerces, construction de 200 bungalows et de 130 emplacements de camping. Les promoteurs de cette occupation prévoient de mirifiques retombées économiques avec la création de... 10 emplois2.
À raison d'une fréquentation prévue de 1200 personnes par jour3, on peut s'interroger sur l'impact que produira ce complexe touristique sur son environnement. Aux nuisances causées par une telle fréquentation (circulation routière, déchets, enlaidissement du paysage, etc.) s'ajouteront la pollution, l'envasement et le gaspillage de l'eau. Quand on sait qu'un touriste consomme, en moyenne, 230 litres d'eau par jour dans ce genre d'établissement, le calcul est simple : pour la seule saison estivale, un gaspillage de millions de litres d'eau est à prévoir.
Ce soucis, François Georges, directeur de Sandaya, ne semble guère le partager : avec la franchise décomplexée de celui qui sait qu'il ne trouvera guère d'opposition, celui-ci avouait, lors d'une réunion publique en août dernier, que c’est bien parce qu’il y a « de la flotte » ici que son groupe vient s'installer4. Et, d'opposition, il n'en trouvera guère puisque, à l'exception de l'association Tolerme nature, ce projet, est soutenu par la communauté de commune du Grand Figeac, et s'est vu approuvé, le 6 mars 20225, par les habitants des douze villages du Haut Ségala, à l'issue d'une consultation pour avis.
Une triste nouvelle de plus pour ce pays là car les nappes phréatiques du Ségala, cette véritable fontaine à eaux du Lot, sont déjà en butte à une pollution provoquée par l'épandage de digestat, un déchet liquide produit par les cinq méthaniseurs installés non loin de là depuis quelques années. Un digestat qui s'infiltre facilement dans le mince sol lotois et contamine les captages d’eau potable, déjà régulièrement souillés par les effluents de l’agriculture intensive6.
À cette pollution il faut aujourd'hui ajouter l'assèchement, de plus en plus important chaque année, de ces nappes phréatiques. On pourrait donc s'étonner du soutien officiel que rencontre un projet qui ne s'appuie que sur le seul appât du gain si on ignorait l'aveuglement, souvent coupable, de nos élus et de celles et ceux qui les élisent. Ici, comme ailleurs, l'avidité et le déni semblent généreusement partagés.
Dernière heure : janvier 2024, le projet a finalement été abandonné par le groupe Sandaya pour des raisons qui semblent mêler manque de viabilité économique, opposition décidée des habitants lotois et surtout l'action de l'association Tolerme nature.
1 Sandaya est une filiale du groupe immobilier ACAPACE fondé par François Georges et Xavier Guilbert.
2 Dossier d'information, Projet d'hôtellerie de plein air au lac du Tolerme, Syndicat mixte du lac du Tolerme, 6 mars 2022.
3 Nouvelles lettre ouverte aux élus du Lot, Assocation Tolerme nature, 10 avril 2023.
4 Idem.
5 Lot. Projet Sandaya au Lac du Tolerme : le « oui » l'emporte à 70%, Actu Lot, 7 mars 2022.
6 Méthanisation dans le Lot : le grand emmerdement, Reporterre, 5 octobre 2021.
mardi 9 mai 2023
Il faudra toujours
Il faudra toujours, sans lui demander un avis qu’il ne peut pas donner, arracher le nouveau-né à son monde, lui imposer – sous peine de psychose – le renoncement à sa toute-puissance imaginaire, la reconnaissance du désir d’autrui comme aussi légitime que le sien, lui apprendre qu’il ne peut pas faire signifier aux mots ce qu’il voudrait qu’ils signifient, le faire accéder au monde tout court, au monde social et au monde des significations comme monde de tous et de personne.
Cornelius Castoriadis, L’institution imaginaire de la société
Egalement, plus spécifiquement, bien que très tardivement, cet ouvrage sur le sujet.














