mercredi 8 juillet 2020
mardi 7 juillet 2020
mercredi 17 juin 2020
Les "héros" oubliés...
«Cette
femme, c’est ma mère. 50 ans, infirmière, elle a bossé pendant 3 mois
entre 12 et 14 heures par jour. A eu le covid. Aujourd’hui, elle
manifestait pour qu’on revalorise son salaire, qu’on reconnaisse son
travail. Elle est asthmatique. Elle avait sa blouse. Elle fait 1m55».
Imen Mellaz
Glané sur le site du percutant Moine bleu.
lundi 15 juin 2020
Nevermore
Quels
avènements
confortent en vous l'idée que l'aimée vous va ? Est-ce un mot dans
le courant d'une conversation ? L'atmosphère qu'elle sait créer
autour de vous ? Cette façon, pour l'air, de se densifier quand
elle entre dans la pièce ? Un acte ? Une façon de réagir ? Où,
comme le dit Truffaut, ce moment où vous réalisez que vous agissez
contre vos intérêts – preuve absolue dans une époque qui voue un
culte féroce au retour sur investissement ?
Amélie avait, dans
le balancement du plaisir, un sourire qui en épurait les scories.
Son bonheur recouvrait notre chambre d'or tranquille. Dans le roulis,
ses seins étaient comme deux barges de débarquement. Ce n'était
pas rien, ce don, dans l'océan où nous nous débattions. J'ai aimé
son calme, son habileté à détailler la beauté, cette attention
aux souffles les plus légers. Elle écrivait un mémoire sur les
hôtels particuliers de la vieille ville. Ai-je dit que nous aimions
les livres ?
C'est au soir de je
ne sais quel hiver. Au-dehors la neige n’a cessé de tomber depuis
le matin et recouvre tout. Le pays voit ses routes et
l’électricité coupées. Le monde a repris taille humaine, il se
meut désormais à la seule force des pieds. Amélie est assise face
à la cheminée. Son profil danse doucement. Il n’y a plus de
téléphone, plus de mensonges, il n’y a plus que les collines et
les arbres autour de la maison immobilisée par les flocons. Sur la
table, il y a un bol empli de noix, deux livres et son paquet de
cigarettes. Je suis allé chercher du bois. Demain, je n’irai pas
travailler. Amélie me regarde : voilà le monde que nous désirons.
Nous nous enlaçons face aux flammes. Son parfum est une poudre
étoilée, sa bouche se pose sur mon cou. Le silence nous enveloppe.
Tissé par l’instant, le présent redevient quelque chose de
possible.
Nous sommes allé
dîner au Puy après une journée à lézarder devant la maison qu'on
nous a prêté près du lac du Boucher. Dans un restaurant de la
vieille ville, nous mangeons deux pigeons accompagnés d'une
bouteille de ce Chanturgue qu'Amélie a voulu me faire connaître. Ce
vin m'étonne, Amélie m'assure que César en fait mention dans la
Guerre des Gaules. J'aime la façon dont sa main entoure son verre et
décortique la chair du volatile. Elle boit jusqu'à en avoir les
joues roses et me donne à chaque fois l'impression de laper une
source. Quand nous sortons, les lampadaires qui éclairent la ruelle
sont éteints. Nous sommes un peu saouls. L’air sent le feu de bois
et la pierre humide. Amélie m’embrasse et son rire s’élève
pour annoncer l’An mille.
vendredi 12 juin 2020
Démasquez les scientifiques ! Videz les laboratoires !
« Il y a un scénario probable qui émerge. Le virus de chauve-souris a été collecté dans des grottes du Yunnan. Ce virus étant peu infectieux, les Chinois l’ont modifié pour l’étudier et faire au passage une publication dans Nature. Ils l’ont rendu transmissible à l’homme en trafiquant la spike- la probabilité que la séquence de la spike soit d'origine naturelle est à peu près égale à zéro- et en insérant un site furine très visible et quasi impossible à acquérir naturellement. On voit la main du correcteur et les bricolages moléculaires. Ils ont infecté des animaux pour voir. Un jour, un animal a toussé ou respiré près d’un chercheur, qui a ensuite contaminé les gens près du marché de Wuhan ».
Faisant fi de tout soupçon de complotisme, les collègues de Pièces & Main d'Oeuvre nous invitent à réfléchir un peu en examinant les pièces d'un dossier qui démontrerait la responsabilité de la Science, et de ses serviteurs aussi zélés qu'intéressés, dans l'actuelle pandémie.
Cet exercice salutaire n'est pas aisé, tant le domaine est complexe et les implications politico-financières tortueuses. Mais enfin, en cette époque où le flou cousine avec le n'importe quoi, il n'est pas mauvais que les pékins de base que nous sommes tentent d'y voir clair par leur propres moyens.
Au boulot !
P.S. : S'il nous a été difficile de trancher sur cette question - virus "augmenté" ou virus naturel - , il demeure cependant que la responsabilité de l'homme, et d'un système qui a fait du retour sur investissement et de l'exploitation/destruction de la nature son corollaire, est totale dans l'apparition de ce virus. A la lecture du dossier de Pièces & Main d'Oeuvre il nous est bien évidemment apparu que notre lecture de cette sinistre pantomime devait être d'abord et surtout politique.
P.S. : S'il nous a été difficile de trancher sur cette question - virus "augmenté" ou virus naturel - , il demeure cependant que la responsabilité de l'homme, et d'un système qui a fait du retour sur investissement et de l'exploitation/destruction de la nature son corollaire, est totale dans l'apparition de ce virus. A la lecture du dossier de Pièces & Main d'Oeuvre il nous est bien évidemment apparu que notre lecture de cette sinistre pantomime devait être d'abord et surtout politique.
vendredi 5 juin 2020
L'art de croire
Je fus longtemps impressionné par les gens ayant l'art de croire à leur réalité. D'où vient qu'on puisse faire de ce rien qu'est notre présence sur terre un monument ?
Georges Perros
mercredi 20 mai 2020
17 juin - Agir contre la réintoxication du monde
Nous avons aperçu pour la première
fois dans nos existences ce qui serait encore possible si la machine
infernale s’arrêtait enfin, in extremis. Nous
devons maintenant agir concrètement pour qu'elle ne se relance pas.
Certes, nous ne reviendrons pas sur les
espèces disparues, les millions d'hectares de terres ravagées, de
forêts détruites, sur les océans de plastique et sur le
réchauffement planétaire. Mais de manière inédite dans le
capitalocène, les gaz à effet de serre ont diminué partout ou à
peu près. Des pans de mers, de terres ont commencé doucement à se
désintoxiquer, tout comme l'air des villes suffoquées de pollution.
Les oiseaux sont revenus chanter.
Alors, pour qui se soucie des
formes de vie qui peuplent cette planète plutôt que d'achever de la
rendre inhabitable, la pandémie mondiale dans laquelle nous sommes
plongé.es, en dépit de tous les drames qu'elle charrie, pourrait
aussi représenter un espoir historique. Nous avons paradoxalement vu
se dessiner le tournant que l’humanité aurait dû prendre depuis
bien longtemps : faire chuter drastiquement la nocivité globale de
ses activités. Ce tournant, même les incendies de territoires
immenses, les sécheresses consécutives ou les déflagrations à la
Lubrizol des mois derniers n’avaient pas réussi à nous le faire
prendre.
Cependant, ce tournant que nous
désirions tant, nous n'avons généralement pas pu l'éprouver dans
nos chairs parce que nous étions enfermé.es. Car mis à part dans
certains territoires ruraux et espaces urbains solidaires où
existent déjà un autre rapport au collectif, à la production ou au
soin du vivant, le confinement a été pour la majorité de la
population le début d'un cauchemar. Une période qui renforce encore
brutalement les inégalités sociales, sous pression policière. Et
le drame absolu c’est que, malgré tout ce que la situation a de
bouleversant, nos gouvernants n'en étaient pas moins déterminés à
relancer dès que possible tout ce qui empoisonne ce monde et nos
vies - tout en nous maintenant par ailleurs isolé.es et contrôlé.es
dans des cellules numériques, coupé.es de ce qui fait le sel et la
matérialité de l'existence.
Rien ne les fera bifurquer, si on ne
les y contraint pas maintenant
Au cours des deux derniers mois, les
exposés et tribunes se sont accumulés sur nos écrans à une
rapidité inversement proportionnelle à notre capacité à se
projeter sur des actions concrètes. Les analyses nécessaires
ont été faites sur le lien entre cette épidémie et les flux
économiques mondialisés et leurs dizaines de milliers d'avions, la
déforestation et l'artificialisation des milieux naturels qui
réduisent les habitats des animaux sauvages ou encore l’élevage
intensif. Tout a été dit sur la dimension annonciatrice de la
pandémie, sur la suite de confinements et de désastres à venir si
nous n’en tirons pas les leçons. D'autant que la marche courante
de l'économie et des productions sur lesquelles reposent notre mode
de vie, va continuer à tuer dans les décennies à venir bien
davantage et plus durablement que le covid-19 (2).
Mais pour l’État
et pour les lobbys agro-industriels, aéronautiques, chimiques ou
nucléaires qui guident ses politiques, les conséquences à tirer de
la crise sanitaire sont visiblement toutes autres. Ils en ont tout
simplement profité pour faire sauter quelques lois environnementales
et déverser des pesticides encore plus près des maisons, pour
relancer la construction d’avions ou l’extraction minière en
Guyane… Il est donc maintenant avéré qu’aucune crise, aussi
grave soit-elle, ne les fera dévier du nihilisme absolu de leur
obsession économique. Nous avons eu deux longs mois pour nous en
rendre compte. A nous maintenant d’agir et d’y mettre fin.
Le gouvernement parle du mois de juin
comme d’une "nouvelle marche" dans un déconfinement qui
n'est pour lui qu'une remise en marche de l'économie et de la
destruction du vivant. La seule "marche" sensée c’est au
contraire d’agir concrètement pour l’arrêt des secteurs de
productions les plus empoisonnants. Nous appelons donc à une
première série de mobilisations simultanées le mercredi 17 juin.
Comment agir ?
Le déconfinement en cours doit être un
élan historique de reprise en main sur nos territoires, sur ce qui
est construit et produit sur notre planète. Il doit permettre de
dessiner ce qui est désirable pour nos existences et ce dont nous
avons réellement besoin. C'est une question de survie, davantage que
toutes les mesures et tous les nouveaux types de confinements que
l'on nous fera accepter à l’avenir. Cela signifie construire de
nouvelles manières d'habiter le monde, chacun de nos territoires,
mais aussi accepter de rentrer en conflit direct avec ce qui les
empoisonne. Il y a des industries qui ne se sont pas arrêtées
pendant le confinement et qui doivent aujourd’hui cesser. Il y en a
d’autres qui ont été interrompues et dont l'activité ne doit pas
reprendre. Cela ne pourra se faire sans constituer chemin faisant des
liens avec les travailleurs qui en dépendent économiquement.
L’urgence sociale c’est de penser avec elles et eux les mutations
possibles des activités et les réappropriations nécessaires des
lieux de travail. C'est aussi de contribuer à maintenir un rapport
de force permettant de garantir les revenus pendant les périodes de
transition et les besoins fondamentaux de ceux dont la crise aggrave
encore la précarité. Nous n'atteindrons pas immédiatement toutes
les productions qui devraient l'être. Mais il faut commencer, en
stopper un certain nombre aujourd'hui pour continuer avec d'autres
demain.
Nous appelons en ce sens, les
habitant.e.s des villes et campagnes à déterminer localement les
secteurs qui leur semblent le plus évidemment toxiques -
cimenteries, usines de pesticides ou productions de gaz et grenades
de la police, industrie aéronautique, publicitaire ou construction
de plates-formes amazon sur des terres arables, unité d'élevage
intensif ou installations de nouvelles antennes 5G, clusters
développant la numérisation de l’existence et un monde sans
contact avec le vivant, destructions de forêts et prairies en
cours...
Nous invitons chacun.e localement à dresser de premières
cartographies de ce qui ne doit pas redémarrer, de ce qui doit
immédiatement cesser autour d'eux, en s'appuyant sur les cartes et
luttes existantes (1). Puis nous appelons le 17 juin à une première
série d'actions, blocages, rassemblements... occupations...Viser
sérieusement à se défaire de certains pans du monde marchand,
c’est aussi se doter des formes d’autonomies à même de répondre
aux besoins fondamentaux de celles et ceux que la crise sanitaire et
sociale plonge dans une situation de précarité aggravée. Nous
appelons donc aussi le 17 juin, dans la dynamique des campagnes
covid-entraide et « bas les masques », à des occupations
de terres en villes ou dans les zones péri-urbaines pour des projets
de cultures vivrières, ainsi qu’à de réquisitions de lieux pour
des centres de soins et redistributions.
Nous devons trouver des formes
de mobilisations adéquates à la situation. Nous traversons une
période où chacune d’entre elle peut avoir une portée décuplée.
On peut initier beaucoup à peu (3) mais on doit aussi se donner les
moyens d'être nombreux-ses. Nous nous appuierons sur la ténacité
des zads, la fougue des gilets jaunes, l'inclusivité et
l'inventivité des grèves et occupations climatiques d'une jeunesse
qui n'en peut plus de grandir dans un monde condamné. Nous agirons
en occupant l'espace adéquat entre chaque personne et pourquoi pas
masqués.es quand cela s'avère nécessaire pour se protéger les
un.es les autres, mais nous agirons !
Si vous souhaitez le signer aussi,
nous envoyer un appel à mobilisation locale ou un texte d’analyse
complémentaire, vous pouvez écrire à 17juin@riseup.net.
Ils seront mis à jour et apparaîtront entre autres sur le site
https://17juin.noblogs.org/
et la page facebook https://www.facebook.com/Agir17juin.
Merci pour tout relais !
(1) On peut aller chercher pas mal
d'infos dans la carte superlocalhttps://superlocal.team/
(2) Multiplication des cancers dus
aux pesticides et aux substances toxiques, surpoids, diabète et
hypertension tous trois liés à l’alimentation industrialisée
(qui touche un tiers de l’humanité et se trouve être aussi la
principale co-morbidité des malades atteints du covid-19), morts
prématurés de la pollution atmosphérique, résistance bactérienne
liée à la surconsommation d’antibiotiques, et à une échelle
autre qu’humaine, effondrement de la biodiversité, sixième
extinction de masse, un milliard d’animaux tués dans les incendies
australiens sans fin l’été dernier.
(3) Voir par exemple le lien vidéo
sur l’occupation d’une cimenterie Lafarge par « partagez
c’est sympa » peu de temps le début du confinement :
https://blogs.mediapart.fr/partager-cest-sympa/blog/110320/fin-de-chantier-lafarge-est-bloque
et d'autres
samedi 9 mai 2020
Paradoxes de base
Les hommes d'aujourd'hui semblent ressentir plus vivement que jamais
le paradoxe de leur condition. Ils se reconnaissent pour la fin suprême à
laquelle doit se subordonner toute action : mais les exigences de
l'action les acculent à se traiter les uns les autres comme des
instruments ou des obstacles : des moyens. Chacun d'entre eux a sur les
lèvres le goût incomparable de sa propre vie, et cependant chacun se
sent plus insignifiant qu'un insecte au sein de l'immense collectivité
dont les limites se confondent avec celles de la terre ; à aucune époque
peut-être ils n'ont manifesté avec plus d'éclat leur grandeur, à aucune
époque cette grandeur n'a été si atrocement bafouée. Malgré tant de
mensonges têtus, à chaque instant, en toute occasion, la vérité se fait
jour : la vérité de la vie et de la mort, de ma solitude et de ma
liaison au monde, de ma liberté et de ma servitude, de l'insignifiance
et de la souveraine importance de chaque homme et de tous les hommes.
Puisque nous ne réussissons pas à la fuir, essayons donc de regarder en
face la vérité. Essayons d'assumer notre fondamentale ambiguïté. C'est
dans la reconnaissance des conditions authentiques de notre vie qu'il
nous faut puiser la force de vivre et des raisons d'agir.
Simone de Beauvoir, Pour une morale de l'ambiguïté
dimanche 26 avril 2020
vendredi 24 avril 2020
L’autonomie contre la technologie
Le Medef veut confiner l’écologie.
Le Canard enchaîné,
mercredi 22 avril 2020.
La modernité s’est
développée à travers l’antagonisme grandissant entre
l’imaginaire de l’autonomie et l’imaginaire de la maîtrise
« rationnelle ». L’imaginaire de l’autonomie motive
le projet d’une société s’autolimitant au travers de la
réflexivité et de l’action délibérée, individuelles et
collectives. La maîtrise « rationnelle » anime
l’élargissement illimité de l’emprise de l’industrialisme sur
l’ensemble de l’existence humaine et non humaine.
Dans ses composantes
collaborant activement à la démesure industrielle, « La
science offre un substitut à la religion » en incarnant
« l’illusion de l’omniscience et de l’omnipotence –
l’illusion de la maîtrise1. »
Est ainsi tenu pour acquis qu’en tendant asymptotiquement vers la
vérité, elle garantit progressivement et universellement aux
humains, grâce à ses applications industrielles systématiques, la
maîtrise technologique de la nature, de même que la maîtrise
technocratique des sociétés et de leur dérive historique.
Le confort
connecté/aliéné se redouble ainsi du sentiment lénifiant produit
par l’assimilation de tout incident et de toute contrariété à un
problème technico-économique dont la résolution, bien que pouvant
être transitoirement problématique, n’en est pas moins assurée.
Plus l’autonomie se détériore, plus les hommes industriels
sombrent dans l’indifférence, la répétition et le somnambulisme,
plus la légitimité des gouvernements technocratiques tient à la
perpétuation de ce sentiment, et plus les gouvernés volontaires
sont prêts à leur reprocher amèrement le moindre écart à
l’accomplissement de cette chimère.
L’expansion illimitée
de l’industrialisme tient donc à l’illimitation d’une
illusion. Rappelons que pour Freud, une illusion est une croyance
pour laquelle « la réalisation d’un désir est prévalente »
et qui, de ce fait, « renonce à tenir compte de la réalité2. »
Pourtant, malgré le
nombre grandissant des « maîtrises » technologiques
partielles, les hommes industriels – gouvernants et gouvernés –
deviennent toujours plus démunis devant l’ensemble des
contre-effets des actions titanesques qu’ils ne cessent d’exercer
sur la nature, sur les Autres et sur eux-mêmes. Quel événement de
rupture brisera le déni ? Quelle catastrophe leur fera
(re)découvrir que le Progrès est comme un
« scorpion qui se perce lui-même avec sa terrible queue3 » ?
Que nulle
Providence, divine ou marchande, guide les pas de la condition
humaine, indissociable de la contingence, du merveilleux et du
terrifiant, dans un monde angoissant dont le sens est voué à
demeurer un insondable mystère.
Il est indéniable que
les humains doivent recouvrir ce monde d’une signification
exclusivement humaine, qu’ils ont en permanence à « se
défendre contre l’écrasante supériorité de la nature » (Freud)
et ne peuvent, pour cela, « éviter
de travailler, d’agir sur et de tuer certaines parties de la nature
pour y établir leur foyer4. »
Mais ces invariants peuvent aussi bien galvaniser qu’assoupir
l’exigence d’instituer des rapports sociaux cherchant, dans et
par l’autonomie, à instaurer un commerce avec la nature fait
d’attentions perspicaces, d’intimité et de réserves.
Le
Covid-19 peut
être considéré comme l’avant-garde spectaculaire des
contre-effets dévastateurs de l’expansion industrielle, de ses
technopoles surdimensionnées, énergivores et polluantes, et de leur
dépendance à l’agro-business. En dévoilant la fragilité de
l’industrialisme face à ses propres conséquences, il est
l’annonciateur de l’extension du domaine de l’immaîtrisable
enfanté par l’illusion de la maîtrise. L’élément le plus
déstabilisant, davantage encore que Tchernobyl et Fukushima, d’une
série d’événements de rupture aussi certains qu’imprévisibles.
Car en
forçant les éléments et les rythmes naturels, en allant à rebours
de leurs déploiements spontanés, plutôt qu’en les accompagnant,
les hommes industriels les détruisent et, en les détruisant,
s’anéantissent, de catastrophe en catastrophe.
Seule
la renaissance collective du projet d’autonomie (politique,
culturelle et
matérielle)
peut contrebalancer – mais pour combien de temps ? – le fait
que « la domination acquise sur la nature devenue domination de
l’homme, excède de loin en horreur ce que les hommes eurent jamais
à craindre de la nature5. »
Jacques
Luzi, auteur de Au
rendez-vous des mortels. Le déni de la mort dans la culture
occidentale, de Descartes au transhumanisme,
Éditions de la Lenteur, 2019.
1
Cornélius Castoriadis, Le
monde morcelé, Seuil,
Paris, p. 98.
2
Sigmund Freud, L’avenir
d’une illusion, PUF,
Paris, 1971, p. 45.
3
Charles Baudelaire, « De
l’idée moderne de progrès appliquée aux beaux-arts. Exposition
universelle 1855 », Écrits
sur l’art, LGF, Paris,
1999, p. 260.
4 William
Cronon, Nature et récits.
Essais d’histoire environnementale,
Éditions Dehors, Bellevaux, 2016, p. 237.
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