lundi 2 décembre 2019

André Breton, passe...



On trouvera une série de photomatons de la centrale surréaliste et de ses beaux satellites sur le site


mercredi 20 novembre 2019

La mort pour tous et toutes


"De France Télécom à Lubrizol, en passant par l’AP-HP, l’éducation nationale, la SNCF, La Poste, Lidl, et finalement Anas, étudiant lyonnais, le capitalisme tue. En direct ou en différé. Le plus souvent en différé, parfait moyen d’effacer les traces. Ce qui fut jadis une obscure directive européenne ouvrant les services publics à la concurrence deviendra dix ans plus tard un carnage à France Télécom. Mais qui pour rétablir le lien des causes et des effets ? Qui, dans quinze ou vingt ans pour rapporter un supplément « inexplicable » de cancers rouennais à l’explosion d’une bombe chimique en pleine ville ? En réalité qui pour seulement se souvenir et en parler ? Et qui pour mettre en relation le destin d’un étudiant poussé à bout de désespoir avec les Grandes Orientations de Politique Economique ?

Ici l’imbécile régulier objecte que c’est tout mélanger. Lubrizol, France Télécom : privé ; AP-HP, éducation nationale, Crous : public, enfin ! Mais il y a belle lurette que plus rien ne rentre dans la tête de l’imbécile régulier. Comment alors pourrait-il y entrer que le propre du néolibéralisme c’est de mettre le public sous condition du privé, d’organiser l’arraisonnement privé du public ? D’un côté la surveillance des déficits et des dettes par le duo Commission européenne / marchés de capitaux, de l’autre la baisse forcenée des recettes fiscales pour faire ruisseler les riches (mais de plaisir seulement) : l’ajustement se fera nécessairement par la colonne « dépenses ». 

Ainsi l’on massacre les services publics au nom des Traités européens, des investisseurs non-résidents, et des fortunes résidentes. Quand, après tout de même 20 milliards de CICE et 3 milliards d’ISF, les cinglés de Bercy s’opposent à ce que Macron lâche le moindre fifrelin aux « gilets jaunes » en décembre 2018, c’est pour la ligne budgétaire (sous surveillance de la Commission et des marchés). Quand, ayant lâché malgré tout, Macron fait rattraper le supplément de dépense par un supplément d’économie à charge de la Sécu !…, c’est pour la ligne budgétaire (sous surveillance de la Commission et des marchés). Les médecins et les personnels soignants, et puis les enseignants, les facteurs, les forestiers de l’ONF, les pompiers, et jusqu’aux usagers, comprennent donc maintenant que toute protestation contre la paupérisation des services publics finira par un supplément de paupérisation des services publics".

Heureusement, l'IGPN a été saisie...


jeudi 7 novembre 2019

"Le film le plus anticapitaliste jamais produit depuis des années"



Celles et ceux qui seront allés voir Joker, le film de Todd Phillips, auront sans doute remarqué l'étonnant parallèle de cette oeuvre avec l'air du temps

Loin de la paille à foin des productions Marvel, ce sombre brûlot étonne par sa radicalité (il était amusant de constater le désarroi de jeunes spectateurs, venus voir ici l'étalage habituel de super pouvoirs, face à un film que ne renierait pas un Ken Loach). 

Ainsi, "Kill the richs" n'est pas l'un des moindres slogans que l'on trouve écrits sur les murs de cette ville ravagée par un capitalisme qui sabre tout et tous, crédits publics comme hommes de la rue, créant par son mépris des pauvres et son avidité nihiliste le malheur, la catastrophe et une immense colère. 

On comprends mieux, comme l'explique Guillaume Basquin dans son article consacré au film, les réactions outrées (apeurées ?) de nos médiatiques de garde : 

"Du côté de France Culture (dans l’émission "Signes des temps"), on demandait : « Qui est Joker ? Un “Involuntary Celibate” misogyne qui fantasme sur des femmes racisées ? Un pauvre, habitant d’un quartier pauvre, et qui va se révolter contre les riches ? » Depuis quand une femme noire est une femme « racisée » ? Descendu à ce niveau-là, la très belle possibilité d’amour pour notre Joker (qui a beaucoup plus à voir avec un clown – forcément triste – qu’avec le personnage éponyme de la série Batman) devient du caviar (de l’infini, comme disait Céline) donné à des caniches (une certaine « critique »)… L’émission grand public « Le Masque et la Plume », sur France Inter, a réussi à descendre encore plus bas : « Il n’y a pas de scénario, c’est le nihilisme pour les imbéciles. » Que le « film le plus anticapitaliste jamais produit depuis des années » (Jacques Mandelbaum dans Le Monde, qui a bien rehaussé le débat, merci à lui) puisse être traité de « nihilisme pour les imbéciles » ne laisse pas d’étonner…

Les Gilets jaunes – car il s’agit bien de cela, dans la dernière et très inquiétante scène du film où tout Times Square est mis à sac par des gens révoltés et masqués (d’un masque de clown, il faut le souligner) – feraient-ils peur à ce point à nos « élites » de Sciences Po ? Pour les disqualifier, on fait dévier le vrai débat, les qualifiant ici d’« antisémites », là de « misogynes ». Ah bon ? mais où ont-ils vu cela ? Le Joker du film est un être totalement innocent dans un monde complètement coupable, comme tous les héros hitchcockiens".

L'Amérique pourrait-elle encore nous surprendre ?


mercredi 30 octobre 2019

La réification

 

L’essence de la structure marchande a déjà été souvent soulignée ; elle repose sur le fait qu’un rapport, une relation entre personnes prend le caractère d’une chose, et, de cette façon, d’une « objectivité illusoire » qui, par son système de lois propre, rigoureux, entièrement clos et rationnel en apparence, dissimule toute trace de son essence fondamentale : la relation entre homme. 

Georg Lukács, Histoire et conscience de classe



lundi 21 octobre 2019

L'hôtel de la plage



Alors que nous voilà sur le point de disparaître, sacrifiant la Nature et ce qui fait société sur l’autel du retour sur investissement, des philosophes, ou se proclamant tels, brodent de livres en blogs sur leur désengagement. On les voit ainsi hausser le sourcil face au militant, ce factotum des Grands soirs, ce piéton parfois lourdingue des horizons programmés, ce sans grade sacrifiant le plus précieux de lui même pour des causes qui, parfois, valaient la peine. 
 
L’exercice date des Trente glorieuses. La figure honnie du militant est née chez les Situs. D’abord utile à dénoncer l’abrutissement stalinien et ses rhizomes, elle fut vite récupérée par le système comme un instrument utile de démobilisation. De savoir penser par soi-même, hors de la ligne d’un parti, jusqu’à l’excellente raison de ne plus faire grand-chose... le chemin fut vite accompli. Et certains, à la façon d’un Oscar Wilde, auraient pu reprendre à leur compte cette célèbre antienne : « Je suis pour le socialisme, ce qui m’ennuie c’est les réunions le soir ». 
 
Quant à nos philosophes désengagés (Comte-Sponville, Schiffter, Ferry, Glucksmann, Rosset, Enthoven et alii), et visiblement accros à l’après-shampoing, nous viennent ces paroles de Diogène : « A quoi peut bien nous servir un homme qui a déjà mis tout son temps à philosopher sans jamais inquiéter personne ? ».


jeudi 10 octobre 2019

L'évidence

Une entreprise qui créé des emplois

Comme le fait remarquer, fort justement, Frédéric Lordon dans son article du 7 octobre, "Détruire le capitalisme avant qu’il ne nous détruise (à propos de Lubrizol)" :  " On se croyait en start-up nation. On se retrouve à Tchernobyl. Qu’en un instant tout le glamour de pacotille de la Station F et des écrans tactiles s’écroule pour faire revenir d’un coup des images d’URSS n’aura pas été le moindre des paradoxes de l’explosion Lubrizol.

Il faut pourtant s’y rendre : des pompiers envoyés en toute méconnaissance de ce qui les attendait, avec pour tout équipement « spécial » de pauvres masques de bricolage pareils à ceux des manifestants, à piétiner des heures dans la sauce qui troue les bottes et leur promet des pieds comme des choux-fleurs — et tout ceci, parfaite ironie, alors que la série Chernobyl venait de remporter un succès de visionnage bien fait pour consolider la commisération réservée aux régimes soviétiques et le sentiment de supériorité capitaliste (au prix tout de même de devoir oublier que Tchernobyl était en sandwich entre Three Miles Island et Fukushima).

Emmanuel Macron, un président de StartUp nation

Mais plus encore que les bottes et les masques, il y a le mensonge, le mensonge énorme, le mensonge partout, sans doute le propre des institutions en général, mais la marque de fabrique de ce gouvernement qui, en tous domaines, l’aura porté à des sommets inouïs. Jusqu’au stade de la rodomontade obscène : si elle avait été rouennaise, nous assure Sibeth Ndiaye, « elle serait restée ». On croirait entendre un secrétaire régional du PCUS d’Ukraine juste avant de fourrer d’urgence sa famille dans un autocar — mais les images de CRS en masque à gaz pendant que le préfet assurait de la parfaite normalité de la situation avaient déjà tout dit.

Warren Buffet, un propriétaire heureux

Sibeth Ndiaye n’a pas eu à « rester » puisqu’elle n’était pas là. Mais il n’est pas trop tard pour un acte de bravoure rationnelle, et il est encore temps d’y aller ! On peut même l’aider : un « Pot commun » devrait rassembler sans difficulté de quoi lui offrir une semaine dans un Formule 1 des environs, avec vue sur le sinistre et cadeau de bienvenue, une bouteille de Château Lapompe, directement tirée au robinet, un peu grise sans doute mais assûrement goûteuse, en tout cas certifiée potable par toutes les autorités. "

 Isabelle Striga, une directrice générale et Laurent Bonvallet, un directeur de site. 

La suite est  ici sur le site du Monde Diplomatique.

Un homme d'entre deux



Une petite église de campagne vous remet d'aplomb. Pourvu qu'elle soit vide. Sans curé. Sans homme. J'en connais.

Georges Perros


 

mardi 8 octobre 2019




A Rouen, l'usine Lubrizol continue à distiller ses poisons. Le site Révolution permanente a interviewé un ancien employé de l'entreprise. Ses propos confirment toutes les craintes que l'on peut avoir sur cette catastrophe. Une fois encore, on y décèlera sans peine la logique d'Etat (et du Capital) qui a produit ce délétère enchaînement des causes.

Highwomen, of course


A écouter cette reprise du Fleetwood Mac par The Highwomen, on modifiera un tantinet son jugement sur la country, genre prétendument peuplé de bourrins consanguins étoilés à l'alcool de contrebande. The chain, ici bonnement exécuté, donne envie d'écouter plus avant ce quatuor de dames.