On se fera une petite idée du rodéo élyséen de ce week-end en visionnant les images recueillies par le site Taranis news.
mardi 19 mars 2019
Se souvenir de Murray Bookchin (1921-2006)
Le
fait capital, c'est que l'homme est en train de défaire l'oeuvre de
l'évolution du vivant. En créant de vastes agglomérations de
ciment, de métal et de verre, en dévastant ou en minant les
écosystèmes complexes et subtils qui constituent toute la diversité
locale du monde naturel, bref en remplaçant un environnement
organique et complexe par un environnement inorganique et simplifié,
l'homme est en train de démonter la pyramide biotique qui l'a porté
durant d'innombrables millénaires. Lorsqu'il remplace les liaisons
écologiques complexes dont dépendent tous les êtres vivants
supérieurs par des liaisons plus élémentaires, l'homme ramène peu
à peu la biosphère à un stade qui ne permettra plus que la survie
d'êtres vivants beaucoup plus simples. Si ce grand renversement du
processus évolutif devait se poursuivre, il n'est nullement
fantaisiste de penser que les conditions qui permettent les formes
supérieures de vie seront détruites à jamais et que la terre ne
sera plus en mesure d'assurer la survie de l'espèce humaine.
Ecologie et pensée révolutionnaire, 1964.
jeudi 14 mars 2019
Pense bêtes
Un homme, un bilan.
Dans vos dîners en ville, il est toujours bon d’avoir quelques
chiffres à jeter au visage des macroniens que vous aurez soin de houspiller. Voici la plupart des mesures décidées par Macron et
ses sbires depuis leur accession aux affaires. Cette liste est primaire, hâtive, et plutôt étatiste, mais elle pourra vous aider à battre en brèche le déni de
certain(e)s.
Alors, apprenez ceci par coeur,
lancez-vous et, dans le feu des débats, n’oubliez pas de
prononcer la célèbre formule : « J’ai des chiffres, moi
monsieur ! (ou madame) » avant de terrasser votre adversaire sous l’un des poids les plus contondants du réel. Bon appétit !
. Suppression de
l’impôt de solidarité sur la fortune : sous la pression
des milieux d’affaire E. Macron remplace l’ISF par l’impôt sur
la fortune immobilière. Or, les plus riches possèdent la majorité
de leur fortune en valeur mobilière (assurance vie, actions,
obligations…). L’ISF rapportait 5,4 milliards d’€, l’IFI
n’en rapporte que 800 millions. Manque à gagner pour l’État :
4,6 milliards d’€.
. Défiscalisation
des revenus du capital (PFU) : avant, un actionnaire
touchant des intérêts déclarait ses revenus qui étaient ensuite
imposés selon la tranche à laquelle il appartenait. Le PFU est un
impôt à taux unique de 12,8 % alors qu’avant le taux était
de 45 % pour les revenus de plus de 156.000 €. Manque à
gagner pour l’État : 5 milliards d’€.
. Suppression de
l’Exit Tax, dispositif contre l’évasion fiscale :
manque à gagner pour l’État évalué entre 800 millions et 6
milliards d’€.
. Baisse des
impôts sur les sociétés : d’ici 2022, il passera de
33,3 % à 25 %. Manque à gagner pour l’État : 11
milliards d’€.
. Maintien du
CICE : inventé par E. Macron alors qu’il était
conseiller de F.Hollande, ce crédit d’impôt pour les société
est égal à 6 % de la masse salariale pour tous les salaires
inférieurs au SMIC. 100 milliards d’€ ont été distribués
depuis 2013.
. Baisse de la
taxe sur les salaires pour entreprise non soumise à la TVA :
les banques et les fonds spéculatifs ne paient plus que 13,6 %
au lieu de 20 %. Manque à gagner pour l’État : 250
millions d’€.
. Suppression de
la 4e tranche sur les hauts salaires :
manque à gagner pour l’État : 137 millions d’€ par an.
. Baisse d’1
millions d’€ pour les crédits alloués aux contrats aidés :
suppression de 120.000 emplois en 2018.
. Baisse des
APL de 1,7 milliards d’€ : les bailleurs sociaux se
voyant privé ainsi d’une part de leur recette risquent de ne plus
engager de nouvelles constructions de logements.
. Baisse de 57
millions d’€ sur 4 ans pour les crédits de 740 centres
d’hébergement.
lundi 11 mars 2019
La guerre des pauvres
Les collègues de Lundi matin s'entretiennent avec Eric Vuillard, l'auteur de l'excellent 14 juillet et du non moins précieux La guerre des pauvres qui décrit, comme l'écrivent les lundistes, la guerre des paysans qui secoua l'Allemagne de 1524 à 1526. Vuillard y évoque puissamment la figure de Thomas Müntzer, "prédicateur subversif qui entendait les paroles de Dieux comme autant d'appels à abattre les riches et les puissants". Parut récemment, et volontairement plus tôt que prévu, il est peu de dire que ce court texte colle au temps présent et en fait résonner ses échos les plus vifs.
mardi 12 février 2019
Banalités de base
François Bégaudeau, que nous ne connaissions que de loin, énonce à la Grande Table de France Culture certaines "banalités de base" avec clarté. Dans une époque où émerge à nouveau la question sociale, ce genre d'intervention n'est jamais inutile et gagne à être diffusée auprès de celles et ceux qui s'illusionnent encore sur le fonctionnement de notre démocratie.
Merci aux Âmes d'Atala, site sur lequel nous avons glané cet entretien.
lundi 11 février 2019
Cadeau d'un Passant de fortune
Dans le foyer de ma nuit noire
Une étincelle provocante
Heurte le tablier de cuir
Que je gardais par habitude
Autour de mes reins désoeuvrés.
Sans doute un mot bas de Cassandre !
Utile à quel avenir ?
Fallait-il qu'il se révélât
Entre cinq de mes différences
Au terme d'une parabole
De mensonge et de vérité ?
Se protéger est un acte vil.
Lève la tête, artisan moite
A qui toute clarté fut brève !
Cette source dans le ciel,
Au poison mille fois sucé,
N'était pas lune tarie
Mais l'étoile frottée de sel,
Cadeau d'un Passant de fortune.
René Char, Chant de la Balandrane.
vendredi 8 février 2019
Sevrage à venir
Dans
son blog Oil Man, Matthieu Auzanneau livre des éléments aussi
intéressants qu’alarmants sur le déclin
de la production mondiale de pétrole.
Il montre
notamment que 50% au moins de des importations de pétrole de l'Europe sont menacées de déclin et que notre organisation sociale et technique, basée
principalement sur l’usage de l'or noir, va devoir bientôt faire
face à un sevrage sévère.
Et Matthieu Auzanneau de s’interroger
sur les effets de la raréfaction du pétrole : « Rendre
d’urgence nos systèmes techniques (beaucoup) plus sobres est un
enjeu vital, non seulement pour le climat, mais aussi pour nous
éviter un monde à la Mad Max. La démocratie est-elle capable de
faire des choix rationnels qui lui réclament de s’écarter de la
pente de plus faible résistance qu’elle a jusqu’ici suivi ? …
Y’a du boulot. La démocratie moderne a germé dans
un bain d’abondance énergétique. Il me semble raisonnable de
craindre que l’hiver de cette ère soit tout proche. Je propose une
fois encore que nous examinions le danger sérieusement ».
jeudi 31 janvier 2019
Premier appel de l’Assemblée des assemblées
Émanant de l’Assemblée des assemblées qui, réunissant
quelque soixante-quinze délégations, mais aussi de très nombreux
observateurs, s’est tenue, les 26 et 27 janvier, à Commercy (Meuse), cet appel sera proposé à l’adoption dans chacune des assemblées locales qui la constituent.
Nous, Gilets Jaunes des ronds-points, des parkings, des places, des assemblées, des manifs, nous sommes réunis ces 26 et 27 janvier 2019 en « Assemblée des assemblées », réunissant une centaine de délégations, répondant à l’appel des Gilets Jaunes de Commercy.
Depuis le 17 novembre, du plus petit village du monde rural à la plus grande ville, nous nous sommes soulevés contre cette société profondément violente, injuste et insupportable. Nous ne nous laisserons plus faire ! Nous nous révoltons contre la vie chère, la précarité et la misère. Nous voulons, pour nos proches, nos familles et nos enfants, vivre dans la dignité. 26 milliardaires possèdent autant que la moitié de l’humanité, c’est inacceptable. Partageons la richesse et pas la misère ! Finissons-en avec les inégalités sociales ! Nous exigeons l’augmentation immédiate des salaires, des minimas sociaux, des allocations et des pensions, le droit inconditionnel au logement et à la santé, à l’éducation, des services publics gratuits et pour tous.
C’est pour tous ces droits que nous occupons quotidiennement des ronds-points, que nous organisons des actions, des manifestations et que nous débattons partout. Avec nos gilets jaunes, nous reprenons la parole, nous qui ne l’avons jamais. Et quelle est la réponse du gouvernement ? La répression, le mépris, le dénigrement. Des morts et des milliers de blessés, l’utilisation massive d’armes par tirs tendus qui mutilent, éborgnent, blessent et traumatisent. Plus de 1 000 personnes ont été arbitrairement condamnées et emprisonnées. Et maintenant la nouvelle loi dite « anti-casseurs » vise tout simplement à nous empêcher de manifester. Nous condamnons toutes les violences contre les manifestants qu’elles viennent des forces de l’ordre ou des groupuscules violents. Rien de tout cela ne nous arrêtera ! Manifester est un droit fondamental. Fin de l’impunité pour les forces de l’ordre ! Amnistie pour toutes les victimes de la répression !
Et quelle entourloupe que ce grand débat national qui est en fait une campagne de communication du gouvernement, qui instrumentalise nos volontés de débattre et décider ! La vraie démocratie, nous la pratiquons dans nos assemblées, sur nos ronds-points, elle n’est ni sur les plateaux télé ni dans les pseudos tables rondes organisées par Macron. Après nous avoir insultés et traités de moins que rien, voilà maintenant qu’il nous présente comme une foule haineuse fascisante et xénophobe. Mais nous, nous sommes tout le contraire : ni raciste, ni sexiste, ni homophobe, nous sommes fiers d’être ensemble avec nos différences pour construire une société solidaire. Nous sommes forts de la diversité de nos discussions : en ce moment même des centaines d’assemblées élaborent et proposent leurs propres revendications. Elles touchent à la démocratie réelle, à la justice sociale et fiscale, aux conditions de travail, à la justice écologique et climatique, à la fin des discriminations. Parmi les revendications et propositions stratégiques les plus débattues, nous trouvons : l’éradication de la misère sous toutes ses formes, la transformation des institutions (RIC, constituante, fin des privilèges des élus…), la transition écologique (précarité énergétique, pollutions industrielles…), l’égalité et la prise en compte de toutes et tous quelle que soit sa nationalité (personnes en situation de handicap, égalité hommes-femmes, fin de l’abandon des quartiers populaires, du monde rural et des outres-mers…).
Nous, Gilets Jaunes, invitons chacun avec ses moyens, à sa mesure, à nous rejoindre. Nous appelons à poursuivre les actes (acte 12 contre les violences policières devant les commissariats, actes 13, 14...), à continuer les occupations des ronds-points et le blocage de l’économie, à construire une grève massive et reconductible à partir du 5 février. Nous appelons à former des comités sur les lieux de travail, d’études et partout ailleurs pour que cette grève puisse être construite à la base par les grévistes eux-mêmes. Prenons nos affaires en main ! Ne restez pas seuls, rejoignez-nous ! Organisons-nous de façon démocratique, autonome et indépendante ! Cette assemblée des assemblées est une étape importante qui nous permet de discuter de nos revendications et de nos moyens d’actions. Fédérons-nous pour transformer la société ! Nous proposons à l’ensemble des Gilets Jaunes de faire circuler cet appel.
Si, en tant que groupe gilets jaunes, il vous convient, envoyez votre
signature à Commercy (assembleedesassemblees@gmail.com). N’hésitez pas à
discuter et formuler des propositions pour les prochaines « Assemblées
des assemblées », que nous préparons d’ores et déjà.
Macron démission !
Vive le pouvoir au peuple, pour le peuple et par le peuple !
L’Assemblée des assemblées
Commercy, le 27 janvier 2019.
mardi 15 janvier 2019
On ne parle pas avec n'importe qui
Un
ami nous écrivait récemment, concernant le débat, plus que borné,
auquel nous invite l’inénarrable Macron, à nous procurer et à
méditer le dernier ouvrage de Grégoire Chamayou, La
société ingouvernable.
En
s'appuyant essentiellement sur les écrits des défenseurs,
états-uniens pour la plupart, du capitalisme réellement existant,
Chamayou rend compte des « efforts » (comme dirait Zeus) déployés
par ces apôtres du système de la libre entreprise pour le défendre
contre les assauts qu'il essuyait dans les années 1960-1970. Le
travail abattu par Chamayou est impressionnant, et le résultat,
remarquable.
Dans
un
passage du
bouquin, " Chamayou, nous
dit l’ami, détaille la stratégie adoptée par la firme Nestlé pour annihiler
une campagne de boycott de ses produits. Totalement désemparés par
cette attaque, les dirigeants envisagèrent dans un premier temps de
recourir à un psychanalyste (ils étaient particulièrement
déprimés), avant de se rabattre plus sagement sur un ancien
officier du renseignement de l'armée américaine spécialiste de
Clausewitz et de Sun Tzu : Rafael Pagan.
L'expérience
aidant, Pagan élabora une typologie des activistes en quatre
catégories : les radicaux ; les réalistes ; les idéalistes ; les
opportunistes. L'objectif est d'isoler les premiers avec lesquels il
est impossible de discuter, afin de les marginaliser et de les rendre
ainsi inoffensifs ; pour cela, il faut entamer des discussions avec
les réalistes, les convaincre des bonnes intentions de la firme, et
feindre de leur accorder des concessions. Une fois qu'ils ont été
neutralisés, les deux dernières catégories s'alignent sur leur
position.
Bien
évidemment, il faut donner à ces interlocuteurs l'impression de
participer à une négociation alors que les dirigeants de
l'entreprise n'ont nullement l'intention de modifier leur programme.
Toute cette tactique, résume Chamayou, est fondée sur le dialogue, auquel il attribue six « vertus » en tant que stratégie de pouvoir : fonction de renseignement ; fonction de cantonnement ; fonction de diversion ; fonction de cooptation ; fonction de disqualification ; fonction de légitimation. Pagan et ses acolytes ont ainsi permis à Nestlé de continuer à vendre du lait en poudre pour bébés dans la brousse africaine. Ils ont ensuite fait bénéficier de leur savoir-faire Monsanto, Union Carbide, Shell, etc.
Comme
il est parfois écrit au début d'un livre ou d'un film, toute
éventuelle similitude avec des faits réels ou des événements
récents serait purement fortuite ».
jeudi 10 janvier 2019
L'acte IX, donc...
De passage dans la bonne ville de Lyon, nous nous sommes rendus au quartier de la Guillotière, à la librairie La Gryffe, lieu que nous avons fréquenté, il y a bien longtemps, lors de quelques réunions.
L'accueil chaleureux, ainsi que l'excellence du choix des livres, nous ont mis de bonne humeur.
Entre autre chose, nous avons rapporté de cette plaisante escale trois opuscules de la revue Temps critiques qui éclairent, avec acuité, l'actuelle révolte des Gilets jaunes.
On pourra les lire sur le site de la revue.
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