mardi 14 juin 2016

Une sorte de profession de foi


Je donnerais la moitié de la littérature qui se publie actuellement pour quelques pages de Roberto Bolano, d'Arno Schmidt, de David Bosc, d'Ahmed Zitouni, de Georges Perros, de Thomas Pynchon ou de Paco Ignacio Taibo II. Cette évidence, cette expression d'un goût certain, n'ont même pas à être discutées.


"La ville crachait ses troupes sur les avenues. Elle ne pardonnait pas les heures de sommeil mal dormies, le froid, ce grand manque de chaleur dans tout le corps. Elle ne pardonnait pas les mauvaises humeurs, les petits déjeuners pris au lance-pierre, les brûlures d'estomac, la mauvaise haleine du matin et la lassitude.
La ville envoyait ses hommes tous les matins à la guerre. Les uns avec tout le pouvoir dans les mains, les autres avec une ridicule bénédiction quotidienne. La ville était une vraie merde."

Paco Ignacio Taibo II, Cosa facil.


mercredi 8 juin 2016

Nineteen Hundred and Eighty Five



La voix, au premier abord, n'est pas aisément identifiable puis, à mieux tendre l'oreille (et en regardant quel est le nom du groupe), on reconnaît alors l'ami Paul dans ses oeuvres ailées.


lundi 6 juin 2016

Huni Kuin




Un chaman Huni Kuin lors d'une cérémonie autour de l'ayahuasca. L'homme vit dans l'Acre au Brésil et la photo est de Géraldine Rué


jeudi 2 juin 2016

Courbes variées



Ne le nions pas : l'apparition de fesses, ou de seins, à la surface de ce blogue a l'effet du vinaigre sur certaines mouches. Les chiffres sont là : une naïade dénudée fait doubler la fréquentation du Promeneur.
Ami des femmes mais aussi de la culture, le Promeneur a décidé d'illustrer ces deux passions par la grâce d'une seule image et de joindre ainsi l'utile à l'agréable.

Des héros


Il y a, chaque jour, des centaines de raisons de convoquer nos héros d'enfance préférés pour venir nous donner un coup de main et bouter les salauds hors de notre espace vital et, pourquoi pas, avancer la date du Grand Soir.

C'est ce que fait le narrateur du Rendez-vous des héros depuis sa chambre d'hôpital, quelques temps après la répression sanglante du mai 68 mexicain et au sortir d'une rencontre contondante avec un tueur de putes. Bien sûr, comme dans la plupart des romans de Paco Ignacio Taibo II, Mexico, le District Fédéral est là, très présent, au point de composer un personnage à part entière.

" Si tu n’étais pas là, où serais -tu ?
Sur le pont d’Insurgentes, par exemple, du côté où la nuit n’agite pas cette insipide lumière mercurielle : sur l’avenue División del Norte, où l’obscurité se brise sur la ligne continue des phares de voitures (dix mètres et, tout en bas, le Viaducto) ; un fleuve urbain avec le rugissement requis. Tu lances le mégot et tu le regardes tomber, avec le secret espoir de le voir rebondit sur le toit d’une auto (c’est raté). D’une certaine manière, l’espoir comme la cigarette a mis sept minutes à se consumer. À présent, l’envie te prend de monter sur le parapet et de pisser sur les automobiles. Au-dessous, un camion de déménagement soulève des trombes d’eau en roulant dans les flaques. Il a recommencé à pleuvoir…".

Paco Ignacio Taibo II, Au rendez-vous des héros.

mardi 31 mai 2016

Han



L'imprégnation répétée et massive, par le capitalisme, de l'ensemble des sphères de notre existence - politique, économique, écologique, morale, subjective, esthétique, intellectuelle... - mène à ce que Dany-Robert Dufour n'hésite pas à qualifier de véritable mutation anthropologique : la disparition de l'individu critique et névrosé, tel que nous le connaissons depuis le XIXe siècle, et l'apparition d'un être acritique subissant, en son for intérieur, de fortes poussées psychotiques. Bref, un nouveau sujet, flexible, qui s'accorde bien mieux que l'ancien sujet critique aux flux toujours mouvants de la circulation de la marchandise.

D.R. Dufour en a causé brillamment dans quelques-uns de ses ouvrages :
  • L'Art de réduire les têtes : sur la nouvelle servitude de l'homme libéré à l'ère du capitalisme total, Denoël, 2003 ;
  • On achève bien les hommes : de quelques conséquences actuelles et futures de la mort de Dieu, Denoël, 2005 ;
  • Le Divin marché, Denoël, 2007, Folio, 2012 ;
  • La Cité perverse, Denoël, 2009, Folio, 2012.

Dans son livre La Société de la fatigue, parût en 2014 chez Circé, le philosophe Byung-Chul Han arrive à un constat qui n'est pas très éloigné de celui de D.R. Dufour. 

Voici ce que dit la quatrième de couverture de l'ouvrage :

Nous assistons aujourd'hui, sans nous en rendre compte, à un changement de paradigme. La société de la négativité est en train de céder sa place à une société dominée par une surcharge de positivité. Partant de ce changement, Han décrit le paysage pathologique de notre société actuelle dominée par des affections neuronales comme la dépression, le syndrome de déficit d'attention, le trouble de la personnalité borderline ou le burn-out. Ce ne sont pas des infections, ce sont des infarctus, non pas conditionnés par la négativité d'un autre immunologique mais par une surcharge en positivité. Ils se dérobent donc à toutes les techniques immunologiques de prophylaxie et de défense immunitaire. L'analyse de Han aboutit finalement à la vision d'une société qu'il appelle, dans une ambivalence intentionnelle, une « société de la fatigue ».


dimanche 29 mai 2016

Service compris



Les collègues grenoblois de Pièces & Mains d'Oeuvre causent dans le poste de France Culture dans l'émission Terre à terre.

Le sujet : le transhumanisme.


jeudi 26 mai 2016

Ecce homo



Je dis que l'homme qui est capable, grâce à son intelligence, de sentir tout le poids de la tyrannie, mais se trouve en même temps incapable, par son propre manque de force et par l'absence de celles d'autrui, d'en secouer le joug, cet homme doit avant tout se tenir loin du tyran et de ses satellites, de ses infâmes honneurs, de ses charges iniques, de ses vices, mensonges et corruptions, de ses terres, des murs qui l'entourent et même de l'air qu'il respire. Il faut que cet homme, dans un austère et complet éloignement, qui ne sera jamais exagéré, recherche moins sa propre sécurité que l'estime de lui-même et la pureté de sa réputation ; l'une et l'autre étant toujours plus ou moins contaminées quand on approche, d'une manière quelconque, de l'atmosphère pestilentielle des cours.

[Il doit] penser, pour se soulager, et pour retrouver dans le juste orgueil de celui qui pense une compensation à l'humiliation de celui qui sert ; parler aux quelques individus qui se révèlent bons et qui sont dignes de connaître la vérité ; écrire enfin, d'abord pour se libérer soi-même, mais lorsque les écrits ont une certaine élévation, savoir tout sacrifier à la louable gloire d'être vraiment utile à tous.

Vittorio Alfieri, De la tyrannie.